Le fonds de « secours » de la zone euro est une calamité pour les peuples européens

par J-J-R
jeudi 28 juillet 2011

Une gouvernance économique européenne visant à nationaliser les pertes et à privatiser les profits bancaires grâce à un vaste fonds européen de stabilité financière qui rachètera les obligations grecques, irlandaises, portugaises...sur les marchés est une calamité pour les peuples européens. La convergence économique souhaitée par le chef de l’État est maintenant une réalité. Cette violation manifeste du traité de Lisbonne dénoncée par la Cour Constitutionnelle allemande va pérenniser la tutelle des intérêts financiers sur les politiques économiques des États européens. Or, conformément à ce même traité, les États membres ne seront toujours pas autorisés à emprunter directement auprès de la BCE aux mêmes taux (du 1%) que les prêts consentis aux banques privées.

Voyez un peu l’aberration, la nouvelle arnaque adoptée [Après celles déjà dénoncées par Nicolas Dupont-Aignan dans la continuité du 2ème plan de "sauvetage" de la Grèce ! La BCE ne peut prêter aux collectivités publiques mais rachètera aux banques les emprunts que les collectivités publiques ont souscrit aux banquiers. Sachant que le fonds de stabilité financière sera alimenté par l’imposition des peuples européens, ce procédé équivaut à une taxation déguisée des contribuables européens au profit du système bancaire.

""La hausse brutale des dettes souveraines vient de la crise financière

La hausse brutale des dettes souveraines a pour origine la crise financière, dont les causes sont la spéculation et les prises de risque excessives de la part des acteurs financiers. La gestion de la crise par les gouvernements en 2008-2009 a consisté pour l’essentiel à substituer de la dette publique à la dette privée afin d’assurer la survie du système bancaire. On peut également ajouter, notamment dans le cas de la France, qu’une partie importante de la dette publique antérieure à la crise à pour origine les exonérations fiscales (baisses d’impôts et de cotisations, dont le coût budgétaire est estimé à 100 milliards). Pour ces différentes raisons, une part importante de ces dettes souveraines peut être considérée comme illégitime : l’immense majorité des citoyens n’a pas à en subir le coût. Au contraire, il apparaît légitime que les créanciers supportent une part du fardeau de l’apurement de dettes souveraines dont ils sont largement responsables.

De ce point de vue, un précédent crucial a été créé par deux référendums islandais, au terme desquels les citoyens de ce pays ont refusé de rembourser la dette contractée par leurs banques. Ils montrent que lorsque les citoyens d’un pays sont consultés, ils ne se considèrent pas comme redevables d’une dette (privée ou publique) causée par la spéculation et les prises de risque insensées de banquiers prédateurs poursuivant leurs intérêts particuliers."

"Le cas d’espèce islandais - Un redressement réussi

Irlande et l’Islande, deux pays de taille modeste, ont vécu une crise bancaire d’une ampleur inégalée. Mais ils ont réagi de façon opposée. Le tigre celtique a choisi de soutenir ses banques à 100 %. Résultat : les contribuables doivent payer l’essentiel de la facture de la crise via un plan de rigueur sans précédent. L’Islande a quant à elle décidé de faire payer une partie de la facture aux créanciers. Elle a par ailleurs dévalué sa monnaie et combattu la fuite des investisseurs en contrôlant les entrées et sorties de capitaux. Aujourd’hui la petite île arctique semble avoir en partie maîtrisé sa sortie de crise : son taux de chômage reste en deçà de 8 % et son déficit public s’est limité à 6.3% en 2010 contre plus de 30 % en Irlande à cause du sauvetage des banques. L’Islande a vu ses taux d’intérêt baisser et se finance désormais à des conditions beaucoup moins pénalisantes que l’Irlande : la prime de risque que lui font payer les marchés était deux fois moindre que celle de l’Irlande à la fin 2010. Pourtant, parmi les pays du nord en difficulté, l’Islande est celui qui a enregistré le plus gros excès en terme de dette. Cependant, grâce aux effets de la dévaluation et de la restructuration des dettes bancaires, elle s’en sort mieux que les autres."

"Quels enseignements tirer de l’analyse de la crise islandaise et de son mode de résolution particulier ?

Tout d’abord l’analogie entre l’Islande et l’Irlande est à souligner concernant les origines et les causes de la crise. Dans les deux cas, c’est grâce à un cadre réglementaire très lâche et pratiquement aboli par la libéralisation financière que des « petits pays » ont cru pouvoir construire des pôles bancaires et financiers disproportionnés, alimentés par l’appel à la dette sur les marchés financiers internationaux. Dans les deux cas, une certaine prospérité a pu, pendant un temps, se développer à la faveur de bulles immobilières et d’engagements dans des montagnes de dettes qui, bien sûr, se sont révélées un jour non solvables. Dans les deux cas, les règles d’« autorégulation » que les banques avaient imposées – en remplacement des règles antérieures – ont eu des effets catastrophiques. Dans les deux cas, enfin, le FMI et l’UE ont pesé de tout leur poids pour convertir (ou pousser à convertir) les dettes bancaires privées en dettes publiques et ainsi contraindre les peuples à payer les frasques des banquiers, au lieu de chercher à les faire payer par ces derniers.

Mais là s’arrête les analogies. Car, à la différence du cas irlandais, le cas islandais est un cas majeur de restructuration générale de la dette. Deux directions ont été suivies. D’une part, les grandes banques ont été mises en liquidation. Les créanciers ne se rémunéreront qu’à hauteur des actifs disponibles. Ils assumeront donc le risque qu’ils ont encouru, après avoir tiré tout le bénéfice des prêts auxquels ils ont procédé à travers les taux très élevés qui leur avaient été consentis. D’autre part, dans l’affaire de la banque en ligne Icesave, malgré la pression exercée par le Royaume-Uni, le FMI et l’UE, la mobilisation du peuple islandais a modifié la donne. Un premier référendum obtenu de haute lutte - 93 % des électeurs ont voté contre le remboursement en mars 2010 - a permis de remettre en chantier les compromis initiaux et de parvenir à un accord nettement plus favorable à la population islandaise. Il se traduisait par un échelonnement significatif de la dette et par un taux d’intérêt bien plus bas que celui initialement négocié. Pugnace, le Président islandais a refusé de promulguer l’accord. Dans le second référendum, 58 % des islandais lui donnent raison et refusent le remboursement.

Ces éléments combinés au fait que l’Islande, non membre de la zone euro, peut désormais bénéficier d’un taux de change abaissé, expliquent le mieux de l’économie islandaise que l’on constate aujourd’hui. Après sept trimestres consécutifs de recul, l’activité a recommencé à progresser au troisième trimestre 2010, tirée par la consommation des ménages et les exportations, que stimule une couronne plus compétitive. L’inflation qui avait culminé au-delà de 10 %, est redescendue aux alentours de 2.5 % en fin d’année. L’objectif de la banque centrale étant atteint, le taux d’intérêt directeur à fortement diminué. Le chômage a également reflué et ne dépassait déjà plus les 6 % au troisième trimestre 2010.""
 

(Les infos publiées ici sont largement extraites du dernier ouvrage des économistes atterrés : 20 ans d’aveuglement. L’Europe au bord du gouffre, par Les économistes atterrés. Les liens qui libèrent, 2011, 176 p., 8,50 euros.)

Première publication sur Altermonde-Sans-Frontières


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