Le “plan Paulson”, plus grand hold-up du siècle ?

par Olivier Rimmel
samedi 20 septembre 2008

 

Le 19 septembre 2008 est un jour historique, on ne le dira jamais assez.

Toutes les bourses du monde affichent d’indécentes hausses, incohérentes et surréalistes en tenant compte de la situation économique mondiale. Interrogez les traders et ils vous répondront qu’ils sont outrés et bleuffés par un événement surprenant qui les dépasse totalement. Personne n’a jamais vu ça auparavant.

Le “plan Paulson” imaginé par le Secrétaire américain au Trésor Henry Paulson est passé par là. Ma conviction est qu’on assiste plutôt impuissants au plus grand hold-up du siècle, applaudit évidemment par tous les médias internationaux (surtout occidentaux) tous dupés. J’ai de la tristesse pour nos amis contribuables américains, je ne suis pas convaincu qu’ils savent ce qui les attend au tournant.

Partout on vous explique que le “plan Paulson” a probablement sauvé la finance américaine et donc mondiale, alors qu’en réalité, il fait peser une nouvelle charge de plus de 1,000,000,000,000.00 de dollars (1000 milliards, et probablement bien au delà) sur les contribuables américains, en “isolant” les “fonds toxiques” des établissements financiers, en les faisant supporter par les fonds publics, qui vont les assumer dans une “structure” créée à cet effet. Selon les experts, le coût de cette opération pourrait atteindre 3500$ par américain, ou les dépasser.

Mais ce plan interdit également ce qu’on appelle la “VAD”, la vente à découvert, ce mystérieux mécanisme (spéculatif puisqu’on parle de bourse) bien connu des traders qui permettait de vendre ce qu’on ne possède pas, avant de l’acheter un peu plus tard, à bon compte. Qu’est-ce que permettait la VAD ? Tout simplement de gagner de l’argent lorsque le marché était baissier, mais aussi de “réguler à la baisse”, de contenir les dégringolades de cours et d’empêcher leur brutalité, car il y avait toujours des acheteurs, même à la baisse. Ainsi, en bourse, on gagnait toujours, que ça monte, ou que ça descende. Malheureusement, le revers de la médaille c’est que dans un marché profondément baissier où tout le monde venait à parier sur les baisses, faire en sorte qu’il reparte à la hausse relevait de l’utopie, et c’est bien dans cette situation là que nous étions.

Désormais, les gendarmes boursiers aux USA (SEC), en Angleterre (FSA) et en France (AMF) ont décidé, en 48h d’interdire la VAD... “temporairement” disent-ils.

Du coup, les hausses historiques enregistrées, à mon avis, sont essentiellement dues aux rachats de titres liés à ces nouvelles règles du jeu, et pas du tout à la confiance retrouvée dans les marchés. J’imagine au contraire que suite à ces opérations, la confiance sera encore plus limitée désormais. La bourse, c’est une grande part de psychologie, et tout le monde est effrayé, tétanisé même !



On peut discuter beaucoup de l’opportunité ou non de la vente à découvert et de la spéculation financière dans les deux sens, et on peut entendre ici ou là dire que c’est une bonne décision et finalement du bon sens de supprimer la possibilité de gagner de l’argent dans un mouvement baissier, et qu’en bourse, il est moral de ne gagner de l’argent que dans un mouvement haussier.

N’oublions pas les fondamentaux de la crise. Le plan imposé au monde par les autorités américaines n’élimine absolument pas le problème de fond, il ne sauve que les capitalistes stratégiques, et ceux que j’appelle les banquiers supérieurs. En aucun cas il ne résout les problèmes des gens anonymes, qui perdent ou vont perdre leur job, qui sont surimposés et abusés par toujours plus de taxes, qui n’ont plus accès au crédit, qui ont perdu ou vont perdre leur maison, et qui ne peuvent plus consommer. Le “plan Paulson” ne résout pas la crise, c’est une décision de courte-vue uniquement pour sauver très temporairement le système.

Pour ma part, je parie que la crise systémique globale sera plus forte encore, et que tout ceci ne contribuera qu’à l’attiser davantage.

Quoi qu’on en dise, la tendance lourde mondiale, surtout en occident, c’est la baisse. La décroissance, et sûrement pas la hausse dans les conditions actuelles.

La majorité des traders pariaient sur un enfoncement des marchés, au moins à moyen terme. S’ils ne peuvent plus faire gagner de l’argent à leurs patrons en misant sur les baisses, que le marché est baissier et qu’on leur impose de gagner sur les hausses, comment le système financier va-t-il pouvoir générer des profits dans un tel marché ?

Le système financier mondial, ultra-capitaliste et ultra-libéral est cette fois définitivement remis en question. Le “plan Paulson” a le mérite de le démontrer, il donne raison aux détracteurs du système global, car c’est bien une institution publique qui vient au secours d’une institution privée, impensable. Maintenant il faut repenser la finance mondiale, très vite, car c’est elle qui assure le développement exponentiel qu’on a connu jusqu’alors (et dont il sera très douloureux, pour ne pas dire dramatique, de se passer).

Certains spécialistes évoquent la piste du système utilisé dans le monde arabo-musulman, avec les principes de la Charia transposés en matière bancaire et financière. Mais qui serait prêt à franchir le pas, en occident, en Europe, aux USA ?...

Pour aller encore plus loin dans la recherche des conditions qui ont amené le gouvernement américain à une action stratégique majeure et à son interventionnisme en milieu privé, il existe d’autres hypothèses.

En effet, il y a une autre façon d’interpréter les mesures hallucinantes prises par les régulateurs des marchés en occident visant à interdire la vente à découvert. On peut très bien imaginer que ce changement brutal de règle du jeu cache en réalité une “contre-mesure militaire” (active ou préventive) en pleine guerre économique mondiale ?

Qui peut affirmer aujourd’hui que le monde occidental n’était pas attaqué dernièrement au cœur de son système (ou ne le serait pas prochainement), là où ça fait le plus mal, par une ou des puissances qui visaient les intérêts économiques et financiers, en profitant d’une économie déjà malmenée, et en les faisant s’effondrer, par des opérations massives, continues et diluées, toutes baissières.

Mais dans le même temps, qui peut affirmer que le monde occidental n’a pas essayé de frapper, avec les mêmes armes, peut-être avec plus ou moins de succès, dans l’antre financière de ses ennemis ?

Observons bien ce qui se passe, les péripéties récentes de la place financière russe sont un bon exemple à mon avis, de ce qu’il est possible de faire dans ce domaine.

Olivier RIMMEL
Analyses & Stratégies


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