Le professeur Schweitzer nous explique : le nucléaire

par NewsofMarseille
samedi 26 novembre 2011

Peu de sujets déchaînent autant de passions que le nucléaire. L’origine de cette dimension émotionnelle se situe dans le fait que cette énergie est associée aux bombes nucléaires de 1945.

Le débat est aussi gravement pollué parce que politisé. On devrait pouvoir en discuter avec des arguments rationnels relatifs à la technologie déployée, ou à la sécurité de cette forme d’énergie, ou encore évoquer la question des coûts. Mais c’est oublier que nous sommes en France et que nous avons deux passions : la politique et l’Etat.

Exemple  : comment transformer une question aussi rationnelle (ou logique) que le traitement de la tuberculose en question piégée ? En confiant ce dossier à l’Etat et, de ce fait, en le politisant. Et pourtant, qu’est-ce que la politique a à voir dans le meilleur moyen de s’éclairer ou de se chauffer ?

Le débat sur l’énergie oppose essentiellement deux camps qui n’ont que faire de la logique et qui épuisent leur dialectique dans des anathèmes en étant de plus persuadés qu’ils ont raison.

D’un côté il y a la secte des adorateurs du nucléaire, non pour telle ou telle raison, mais parce que l’Etat gaullo-pompidolien-giscardien l’a décidé en son temps, armé de son bras séculier EDF et la filière nucléaire – à l’époque entièrement nationalisée – et qui l’est encore largement. Ajoutez-y le thème de l’indépendance de la France. Fermez le ban. Circulez ! Il n’y a rien à voir. Le débat est terminé.

On se demande bien pourtant ce que l’indépendance nationale vient faire ici puisqu’il est tout aussi vital d’avoir de l’acier en cas de guerre, et que le même argument n’est pas employé pour autant.

De l’autre côté se trouvent les ayatollahs de l’antinucléaire. Il s’agit, pour l’essentiel, de José Bové à Daniel Cohn-Bendit, de rouges repeints à la hâte en verts.

Pour des raisons tout aussi irrationnelles, ils ont décidé, quels que soient les chiffres, que le nucléaire allait faire plus de morts que le charbon ou la coupe du bois en forêt. Vous pouvez leur opposer tous les arguments, leur démontrer qu’extraire du charbon est l’activité énergétique la plus meurtrière, ils n’en démordent pas.

A défaut d’une apocalypse chaque jour annoncée, ils nous prédisent le pire pour demain et poussent même la mauvaise foi à oser affirmer que Fukushima est un accident nucléaire alors qu’il s’agit d’un tsunami. Sans ce dernier élément, il n’y avait pas de Fukushima. Font-ils peser les mêmes accusations sur les ponts qui ont été emportés ou les maisons détruites ? Mais là, ils disent que c’est le tsunami.

Finalement, la seule inquiétude réelle véhiculée par les Verts ce sont eux-mêmes. Comment des gens aussi peu sérieux, à peine plus que Paco Rabanne et la fin du monde, peuvent-ils avoir autant d’adeptes ? Il est vrai qu’il s’agit d’une secte et chacun est libre d’y adhérer. Si nous laissons les intégristes du « tout nucléaire » et du « tout antinucléaire » dont la violence des arguments n’a qu’un but, interdire le débat, nous pouvons livrer quelques réflexions de bon sens qui sont des acquis scientifiques et, en final, poser la seule et vraie question : celle de la liberté de choisir.

- Est-ce que le nucléaire est une technologie aboutie, performante et largement maîtrisée ?

Cela ne fait aucun doute. On ne peut pas déplorer les ravages effrayants de la bombe atomique et dire simultanément que cette technologie n’est pas maîtrisée, performante. Une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps.

- Est-ce que le nucléaire est une technologie économe en vies humaines ?

Nous avons évoqué ce point et pour s’en tenir à la seule comparaison avec l’extraction charbonnière, il vaut mieux être employé et même riverain d’une centrale nucléaire que mineur de fond.

Evidemment, les esprits forts citeront immédiatement Tchernobyl et les cimetières de sous-marins nucléaires. Vous êtes-vous jamais posé la question de savoir pourquoi ces deux faits se sont passés dans une économie planifiée ? Réfléchissez, demandez-vous s’il y a des droits de propriété et faites la déduction pour savoir si la mise en œuvre de la responsabilité était omniprésente ou absente ?

- S’agissant du coût, c’est un choix relativement pertinent, en tout cas largement concurrentiel par rapport à d’autres choix d’énergie, donc viable.

Au total, il s’agit d’un choix qui est raisonnable, techniquement correct, sûr et financièrement défendable.

Alors, penserez-vous, qu’est-ce qui peut gêner gravement un économiste ?

Simplement le fait capital que quelques individus, dans les années 70, aient décidé seuls – (un peu aidé par le corps des X-Mines, un Etat dans l’Etat …) -, et pour nous tous que c’était la bonne et la seule option possible. S’ils avaient fait ce choix avec leurs capitaux : aucun problème. Ils nous proposent ce choix que l’on accepte ou pas. Mais c’est avec l’argent de l’impôt que ce choix a été mis en œuvre. La rationalité reste à démontrer ainsi que l’accordance avec nos désirs puisqu’il eut suffi d’une autre majorité pour que le choix fût différent. Le problème de ce choix de l’option du « presque tout nucléaire » est qu’elle a été décidée d’en haut, de façon arbitraire, du fait du Prince-Président. Bref, il s’agit d’une décision politique. Le peuple aurait eu un vrai choix si le marché fonctionnant, des entrepreneurs nous avaient proposé leurs solutions et leurs prix dans un climat de concurrence.

En nous disant « tel est le bon choix » – et la droite et la gauche ont tort. Le bon choix est celui que nous faisons avec notre argent. Que l’un nous propose du charbon, l’autre le fuel, le troisième le solaire, le quatrième l’électricité, le cinquième le bois, le sixième l’éolien, le septième le gaz, etc. et notre choix sera le bon puisque tel est notre choix.

Je vous vois devant votre écran. Vous bondissez en pensant : « mais comment est-on capable de bien choisir sa forme d’énergie ? » C’est peut-être vous qui avez raison. Mais alors de grâce, allez au bout de votre logique et de votre cohérence. Si en fonction de mes goûts, de ma philosophie et de mon budget je ne sais pas choisir comment me chauffer ou m’éclairer, enlevez-moi vite l’éducation de mes enfants car ce sont des choix autrement difficiles et cruciaux. Ou nous savons ce qui est bon pour nous et laissez-nous choisir, ou nous ne le savons et que d’autres décident pour nous. Les hommes de l’Etat ne rêvent que de ça.
 

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Serge Schweitzer - News Of Marseille


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