Le revenu universel ou « l’Helicopter Money » ?

par Christian Lombard
samedi 30 janvier 2016

 

Décembre dernier, le gouvernement finlandais annonçait vouloir expérimenter un « revenu universel », à savoir une allocation de 800 euros versée par l’État à tous les citoyens sans considération d’âge ni de richesse. En réalité, la situation économique catastrophique de la Finlande amène ses autorités à introduire une nouvelle méthode non-conventionnelle pour redresser la barre.

 

Sous couvert de lutte contre la pauvreté, le gouvernement finlandais a annoncé avoir l’intention d’introduire un revenu dit « universel » qui serait adressé à tous les citoyens sans contrepartie. À l’origine défendu par la Gauche, cette mesure visait a priori à supprimer les écarts de richesses et resserrer les revenus autour d’un « salaire » de bien-être. Mais quelle est réellement la situation économique en Finlande ?


La Finlande est membre de la zone euro depuis janvier 2002. Elle est l’un des pays les plus à l’agonie de l’Europe avec quatre années de récession consécutives et un taux de chômage mirobolant, ayant dépassé le taux symbolique de 10% en 2015. Nous nous souvenons de la mesure adoptée par la Banque centrale européenne (BCE) il y a plusieurs mois de cela, qui consiste à injecter 1 500 milliards d’euros dans l’économie via le Quantitative Easing (Q.E). Ce projet vise donc à donner un nouveau souffle aux économies de l’eurozone notamment en redressant l’inflation bien trop basse.


PIB de différents pays développés
Source : The Telegraph


Doit-on rappeler que de telles mesures ont échouées plusieurs années de suite au Japon et aux États-Unis ?

 

En effet, voici plusieurs années que la Banque centrale japonaise et la Fed américaine ne se donnent qu’à des politiques d’assouplissement, qui ne fonctionnent pas. Pire encore, l’économie japonaise s’enfonce dans les abysses et l’économie américaine est en difficulté malgré ce que l’on peut croire[1].

Quoi qu’il en soit, la Finlande s’engouffre dans une récession sans en voir le bout. L’agence américaine Standard & Poor’s a déjà dégradé la note de l’État finlandais en 2015 et menace de l’abaisser à nouveau, ce qui la ferait passer de AA+ à AA.

De plus, le coût du travail est l’un des plus élevés de la zone euro d’après les données de l’OCDE, faisant ainsi planer un grand doute sur une possible inflexion de la courbe du chômage. Le gouvernement finlandais avait annoncé il y a presque un an son intention de faire baisser le coût du travail par un plan d’austérité. Plusieurs coupes ont d’ores et déjà été appliquées comme la suppression de deux jours fériés ou l’abaissement de la durée de versement de l’allocation chômage.

Coût unitaire du travail
Source : The Telegraph
 

Dans ce climat désastreux, l’ultime solution avancée par certains économistes (tels que Willem Buiter, l’économiste en chef de Citigroup) est « l’Helicopter Money ».

Cette technique non-conventionnelle consiste littéralement à « larguer de l’argent » aux consommateurs (d’où l’expression de l’hélicoptère). Plus précisément, la Banque centrale émet de la monnaie directement aux individus, là où le Q.E consiste à émettre de l’argent pour racheter de la dette gouvernementale. En soi, le Q.E est un processus temporaire puisqu’il peut être en théorie réversible mais l’autre est permanent puisque la Banque n’émet pas de prêts mais des « chèques ».

« L’Helicopter Money » suppose donc d’augmenter la consommation des ménages puisque ceux-ci trouveraient une source de revenu supplémentaire et « gratuite ». N’en déplaise aux experts, rien n’assure que la somme versée sera dépensée en consommation. De plus, monétiser la dette de l’État amplifiera le déséquilibre du bilan de la Banque centrale puisque les bons achetés seront simplement entassés dans actif. La pseudo-solution à cela consiste à maintenir les taux d’intérêt proches de zéro de sorte à rémunérer ces bons au strict minimum. Cependant, cette solution est viable sur le court/moyen-terme puisqu’à force d’entasser la dette souveraine, les recettes fiscales de l’État sont de plus en plus absorbées.

Sous le prétexte d'instaurer un super État-providence, la Finlande s’apprête à sortir l’arme nucléaire économique, qui n’avait jamais été utilisé à si grande échelle. D’autres pays ont également émis l’idée de suivre cette voie. Le constat est flagrant : les politiques économiques non-conventionnelles ont toutes échouées jusqu’à présent, mais comme un toxicomane dépendant de sa drogue, nos politiques et économistes ne s’en passent plus.

 

 

[1] : À quoi joue la Fed ? par Abdou Rasmouki, Agoravox, 5 octobre 2015


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