Le sens de la baisse des taux 10 ans

par Laurent Herblay
jeudi 15 octobre 2015

C’est sans doute une des courbes économiques les plus importantes à suivre : celle des taux d’emprunts à 10 ans des Etats. Les soubresauts de la crise de la zone euro s’y lisent avec précision. Mais aujourd’hui, elle indique beaucoup d’autres choses, tout aussi cruciales.

 
Indicateur avancé de croissance
 
En avril, les taux à 10 ans ont touché des plus bas historiques, à peine 0,25%, alors qu’ils étaient encore à plus de 1% en novembre 2014  ! En mai, les taux sont revenus autour de 0,8%, avant de bondir au-delà de 1,3% juste avant l’effondrement de la bourse de Shanghai, qui a touché son point le plus haut, à 5166 points le 12 juin, avant de tomber sous les 3000 points fin août, une baisse de plus de 40% en moins de trois mois. Mais, comme on pouvait l’anticiper, nous en sommes restés à un ajustement très violent, à relativiser, qui plus est, par le fait que le marché reste plus haut qu’il ne l’était il y a un an (l’indice étant alors au-dessus de 2300 points). A partir de la mi-juillet, les taux à 10 ans, qui oscillaient entre 1,1 et 1,3%, ont baissé d’un cran, autour de 1%, avant de passer sous les 0,9% en octobre.
 
 
Ces évolutions récentes disent plusieurs choses intéressantes pour les prochains mois. En effet, des taux sous le cap des 1%, c’est la poursuite de la baisse de la facture des intérêts sur la dette publique pour l’Etat. Cela pourrait faciliter les équations budgétaires du gouvernement. Mieux, la baisse des taux peut apporter un soutien à la croissance en diminuant les coûts d’emprunts, des entreprises pour investir, des ménages pour investir dans l’immobilier comme pour consommer. Bref, cette information qui passe inaperçue est pourtant un élément déterminant pour la croissance des prochains trimestres. Et sachant que les derniers résultats confirmaient les hypothèses de Bercy, on peut juger que cette nouvelle baisse des taux, avec le faible niveau du prix des matières premières, les conforte.
 
Indicateur avancé de bulle
 
D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que les banques centrales baissent les taux pour relancer l’économie. Et donc, une baisse des taux est plutôt annonciatrice d’une progression de la croissance, un nouvel élément qui peut permettre d’atteindre les 1,5% de croissance du PIB en 2016. Bien sûr, cela ne permettra pas une croissance forte, mais cela devrait assurer la poursuite de la légère accélération de la croissance atteinte cette année. En revanche, le maintien de taux au plancher risque de nourrir une nouvelle bulle financière. Les très faibles taux permettent toute sorte d’opérations typiques des périodes de bulles, comme le rachat de SAB-Miller par AB-InBev, ou les rachats de leurs propres actions. Le robinet à crédit est grand ouvert et on ne peut pas dire que les précédents sont rassurants.
 
D’ailleurs, la Chine en a fait l’expérience ces derniers mois, avec la chute de 40% de la bourse de Shanghai. Mais paradoxalement, même si la correction a été brutale, elle est venue trop tôt pour provoquer un véritable krach. Même si les marchés ont bien baissé, cela n’a fait que réduire temporairement la pression spéculative qui, à part en Chine, n’avait pas encore atteint un sommet d’où toute glissade ne pouvait que se transformer en krach. Cependant, le niveau tellement faible des taux d’intérêt porte en lui les germes du prochain krach en finançant à un si faible coût toutes les opérations financières, spéculatives comprises, mais elle apportera quelques miettes à la croissance économique…
 
 
Malheureusement, la faiblesse des taux n’apportera pas grand chose à l’immense majorité de la population, qui n’y trouvera que quelques bénéfices secondaires très limités. Mais elle peut en revanche avoir un effet significatif sur la conjoncture des prochains mois et certaines échéances. A suivre de près donc.
 

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