Les illusions malhonnÍtes des rÍveurs de l’euro moins cher

par Laurent Herblay
vendredi 9 mai 2014

Le PS, jusqu’au premier ministre et au président, continue à plaider pour une baisse du cours de la monnaie unique européenne. Las, ils ont été sévèrement douchés cette semaine par les déclarations du porte-parole du gouvernement allemand et de la BCE, les plaçant devant leurs contradictions.

Déclarations contradictoires
 
Pour être honnête, cette mauvaise foi ne se limite pas au Parti Socialiste. Il faut rappeler ici que Nicolas Sarkozy avait fait campagne en 2006-2007 en dénonçant la cherté de l’euro, avant de ne rien faire lors de la négociation du traité de Lisbonne, où il aurait pu demander à ce que les gouvernements aient un droit de regard sur la politique monétaire, tout en ayant l’extrême culot de reprendre son antienne anti-euro cher en 2012. Il y a des gens qui osent tout… Manuel Valls, suivant son modèle, a réclamé fin avril « une politique monétaire plus active et une politique de change plus réaliste au niveau européen ». Il faut dire que la monnaie unique, qui dépassait à peine 1,2 dollars début 2012, approche les 1,4 aujourd’hui, une hausse de 15%, bien supérieure aux efforts de compétitivité du gouvernement.
 
Le porte-parole de la chancellerie allemande a ainsi déclaré que « le cours de l’euro n’est pas du ressort des politiciens nationaux, c’est une question pour la Banque centrale européenne, qui, dans ce domaine, agit de manière indépendante et n’a pas de conseils à recevoir sur ce qu’elle doit faire  ». Mario Draghi, après les conseils de plusieurs dirigeants, et notamment de la France, de l’OCDE et du FMI, a surenchéri : « nous sommes reconnaissants pour ces conseils, et nous respectons sans aucun doute l’opinion de toutes ces personnes, mais vous savez, de par les traités nous sommes indépendants, donc ces personnes devraient être conscientes du fait que si (ces conseils) sont vus comme une menace de notre indépendance, cela pourrait causer à long terme des dommages à notre crédibilité ».
 
Le comble de la mauvaise foi

Ces échanges sont proprement stupéfiants. Les dirigeants du PS et de l’UMP ont quand même un sacré culot de critiquer la politique menée par la BCE, résultat des traités qu’ils sont votés. Ce sont eux qui ont donné à la BCE son indépendance, ce sont eux qui ont accepté un mandat uniquement limité à l’inflation, ce sont eux qui ont nommé ces dirigeants qui ont mené des politiques aussi néfastes. Bref, il y a un moment, il faudrait que PS et UMP assument des politiques dont ils sont totalrement responsables, qu’ils n’ont jamais concrètement proposé de réformer dans un sens pouvant aller dans le sens qu’ils indiquent en parole. Leur volonté exprimée de voir baisser l’euro est profondément malhonnête.

Ensuite, il faut bien voir que, malheureusement, la cherté de l’euro est logique étant donnés les excédents de la zone et la politique monétaire moins accommodante de la BCE, par rapport à ses homologues. En outre, cela souligne le grand écart qu’il y a entre les pays de la zone euro. Si l’inflation est en moyenne de 0,7%, les prix baissent en Espagne et en Grèce (-1,3%). L’Allemagne, pour une fois, a plus d’inflation que la moyenne, à 1,3%, ce qui va de pair avec la prochaine introduction du SMIC et la forte hausse des prix de l’immobilier. Du coup, l’hétérogénéité de la zone euro pose encore une fois un problème puisque chaque pays a une situation différente et donc des attentes différentes.
 
Bien sûr, un euro moins cher ne serait pas un mal (les économistes le juge surévalué, même si cela repose sur des raisons rationnelles), mais le problème fondamental de cette Europe, c’est de n’avoir qu’une seule monnaie pour des pays dont les différences justifient plutôt que chacun d’entre eux ait la sienne.

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