Les Plans MARSHALL d’hier et d’aujourd’hui : les RÉALITÉS oubliées et les MYTHES présents !

par hugo BOTOPO
samedi 16 janvier 2021

 

Le plan ERP (Programme de Rétablissement de l'Europe) connu sous le nom de son principal investigateur, promoteur, coordinateur et contrôleur, le Général Marshall, aurait financé -de 1948 à 1951- le rétablissement des économies de 16 pays européens affaiblis par la seconde guerre mondiale. Plan vendu comme étant une entreprise altruisme des USA envers les pays européens, les retours étant admis comme de peu d'importance ! Avis qui n'est pas partagé par tous les historiens et politiques : ARTE dans un documentaire présenté le 12-01-2021, qui pour une fois faisait la part belle aux déclarations et actions des acteurs américains de l'époque, présente une autre face, brillante pour certains, bien moins reluisante pour d'autres ! Ce documentaire amène à mieux appréhender la réelle politique américaine de l'époque et les projets actuels de "plans Marshall" pour lutter contre les déréglements climatiques, le réchauffement de la planète, les diverses pollutions (eaux, air, sols) les famines systémiques et le sous-développement chronique... plans formulés par les élites occidentales néolibérales, et par le gouvernement de la Chine (déjà fortement engagé dans les mises en oeuvre sur le terrain à l'image des USA de 1948/51).

En 1945, après le 8 mai, l'Allemagne nazie était écrasée, son économie fortement dégradée par les bombardements intensifs de l'aviation, de l'artillerie et des chars de tous les alliés, URSS comprise. Les soviétiques, vaillants combattants au sol, occupaient Berlin, une bonne partie de l'Allemagne et des pays de l'Est de l'Europe. Leurs victoires bien perçues par les peuples leur permettait de présenter leur régime communiste aussi éfficace que le capitalisme américain, surtout dans les pays qu'ils avaient libérés au prix d'énormes sacrifices humains.

Depuis les philosophes et économistes du XIXième siècle (Marx, Proud'hon, Engels, Hegel) puis Lénine, Trotsky et la révolution russe de 1917, le monde capitaliste (ses élites, ses cadres et ses profiteurs), surtout anglo-saxon, fier de son régime politico-économique, se mobilisait contre toute emprise communiste bien perçue par les masses exploitées et par les pauvres, surtout après la crise boursière US de 1929 (contaminant toute l'Europe), génératrice de chômages et de faillites pour le plus grand nombre, et d'accroissements de fortunes pour quelques grands profiteurs. La politique de relance Keynésienne adoptée par ROOSEVELT allait dans le bon sens mais insuffisante en moyens pour évacuer la crise économique. Les achats limités d'armements de la France (jusqu'à l'armistice) et les importants achats de la Grande-Bretagne en vivres, armements et munitions, complétés par la montée en puissance militaire des USA, ont été des compléments majeurs de la politique keynésienne, en temps de paix. Puis en temps de guerre, l'économie américaine a tourné à fond, avec l'apport des femmes dans les usines (comme en France en 14/18) effaçant la grande crise. La fabrication massive d'avions, de navires, de tanks, de camions, de Jeep, de munitions était phénoménale, et l'agriculture s'était mécanisée et motorisée afin de dégager de la main-d'oeuvre et en faire des soldats. La paix revenue la reconversion de toutes ses usines dédiées à l'effort de guerre devenait impérative pour éviter une grande vague de licenciements et une nouvelle crise type 1929/33 !

Dans le cadre européen de lutte contre les communistes, bien implantés en France (avec la Résistance) et en Italie (En Allemagne et en Espagne, Hitler et Franco avaient "à leur façon", éradiqué les mouvements communistes) les Américains avaient déjà prévus en 1944 de partager la France en zones administrées par des militaires/gestionnaires américains. De Gaulle, leur avait coupé l'herbe sous le pied pour mettre en place une administration totalement française, avec des fonctionnaires gaullistes, communistes et "neutres" (en place sous le régime de Vichy). L'insurrection communiste restait une probabilité à prendre en compte. L'Allemagne, quant à elle, était administrée par les vainqueurs. Les communistes soviétiques restaient très actifs et après la prise de pouvoir en Tchécslovaquie par un coup d'état, les USA devaient riposter fermement avec de grands avantages à la clef (que ne pouvait offrir Staline, avec la Russie et l'Ukraine dévastées).

 

Les grandes lignes du Plan Marshall

Le général George Marshall présenta le plan de rétablissement de l'économie européenne le 5 janvier 1947 à l'Université de Harvard dans une conférence donnée pour la réception de sa nomination de docteur Honoris Causa, présentant des positions contraires aux dominantes et avec la bénédiction de Truman.

Au lieu d'obliger l'Allemagne à payer des réparations énormes comme après la première guerre mondiale (et avec les effets délétères induits à terme), Marshall préconise une aide principalement apportée par les USA, grands vainqueurs sans destructions massives (hors Pearl Harbor), pour tous les pays européens qui adhéreraient à la politique de marché et des échanges, donc à la politique capitaliste libérale des USA, et qui devraient s'éloigner des politiques nationalistes (et communistes) contrôlées par les États. 16 états adhérèrent à ce plan de recontruction (conférence de Paris du 20/09/47) et Truman le signa le 3 avril 1948, après de nombreuses clauses restreignant la souveraineté économique des États et imposant le contrôle strict des USA sur les mises en oeuvre, avec la structure ECA (European Cooperation Administration) sise à Paris et constituée de fonctionnaires américains. Cette ECA devint de plus en plus tatillonne et exaspérante avec la montée de la guerre froide, surtout après l'explosion de la première bombe atomique soviétique en 1949, avec un contrôle puis une interdiction de commercer (embargo dicté par les USA) avec les pays de l'Est. Les fournitures US comportèrent alors une part de réarmement.

En dehors de cette fonction de contrôle du bon usage des fonds du plan Marshall et de ses contraintes et compensations, l'ECA devient rapidement la base de la CIA nouvellement créée et sa couverture financière : l'ECA prélevait 5% du montant de toutes les fournitures américaines aux pays européens. cette somme servait à ses frais de fonctionnement mais surtout à "financer" des achats de minerais stratégiques à livrer aux USA : minerais extraits, pour la France du Maroc, de Madagascar, de Nouvelle-Calédonie et d'Indochine, pour le Chrome, le Nickel, et les terres rares (Tonkin). Pour le Royaume-Uni les principales mines étaient en Afrique du Sud.

Les contraintes US imposées pour le bénéfice des USA et de son idéologie

Pour faire valider le plan, Marshall et ses partisans le présentèrent à leurs collègues américains comme un plan destiné a éviter la crise qui se pointer, à renforcer les USA, et à imposer leur domination au minimum au monde libre qu'il fallait éloigner à tout jamais des sirènes communistes !

Pour l'économie US, la livraison de matériels US (tracteurs, machines agricoles motorisées, camions et véhicules de chantier, équipements industriels...) et de nourriture, permettait d'éviter la grave crise économique qui aurait suivi la fermeture des usines d'armements. Certaines productions européennes et françaises (motos et certaines voitures) ont dû être arrêtées. Le transport des fournitures entre l'Amérique et l'Europe devant être assuré par des armateurs US (avec des prix surfaits) : les négociateurs européens ont négociés pour obtenir un droit de transport national jusqu'à un maximum de 50%. Les pays "acheteurs" ou bénéficiaires ayant une certaine liberté de choix, les factures étant envoyées à l'ECA, cette dernière fit des contrôles sévères dans les ports pour éviter des surfacturations (les bénéfices allant vers les fournisseurs et/ou les acheteurs (avec partage mutuel ?)) et surtout vérifier que les produits étaient bien destinés aux marchés intérieurs et non par réexpédiés (en totalité ou intégrés dans des équipements) vers des pays du bloc communiste.

En dehors de la fourniture de minerais stratégiques (gratuits dans le cadre des 5% de l'ECA), le gouvernement US imposa l'ouverture sans droits de douanes aux produits culturels américains, avec par exemple un minimum de 30% de films US diffusés dans les salles de cinéma. La propagande pour le système économique US (capitaliste, libéral, réduction des industries et services nationalisés, liberté du commerce et des échanges selon la loi des marchés..) et le dénigrement du système soviéto-communiste allaient croissant avec la montée de la guerre froide. La CIA se démena dans les élections comme en Italie (promotion de la Démocratie chrétienne contre les communistes) et participa activement à la création et au financement de syndicats "amis" (compatibles avec les syndicats US (sans l'emprise de la maffia)) comme FO en France à l'époque ! Toutefois l'emprise de la CIA en Europe est restée limitée par rapport à l'emprise du FBI à l'intérieur des USA avec la chasse aux sorcière du Mac-Carthysme !

Une contrainte majeure : la contre-valeur

Le plan Mashall comprenait plus de 80% de subventions américaines, le solde en emprunts à faible taux (en dollars) émis par le FMI et la Banque Mondiale où seuls les USA avaient un droit de veto sur les montants et leurs destinations. Les pays bénéficiaires recevaient "gratuitement" les fournitures et équipements qu'ils avaient commandés et les revendaient (en monnaie locale) à leurs entreprises et commerçants, et encaissaient de l'argent selon les valeurs. Les USA imposèrent la règle contraignante de la contre-valeur, à savoir que le pays acheteur/bénéficiaire s'engageait à financer, chez lui,des équipements, des investissements, à hauteur du double du montant encaissé. Et l'ECA veillait au grain ! De plus, la seconde partie doublant la valeur devait provenir des impôts et non pas de la planche à billets, pour prévenir l'inflation.

Si la contre-valeur posait problème en France, que dire de l'Allemagne où les Allemands ont dû déposer leur stocks plus ou moins importants de reichsmark nazis en contre-partie de deutschmarks (imprimés dans le plus grand secret aux USA), avec une forte décôte (1 pour 1 pour les 40 premiers reichsmarks puis 1 pour 10 pour les suivants) d'où des fortes coupes dans les pouvoirs d'achats. De plus la RFA, après sa création en 1949, devait financer en grande partie le coût des troupes américaines d'occupation (pardon "de protection" au vu de la guerre froide avec l'explosion de la bombe atomique soviétique le 29/08/49), sans oublier les contraintes imposés par le plan Marshall.

Les montants engagés par le plan Marshall

Sur 4/5 ans de 48 à 51/52, les USA ont financés annuellement le plan à hauteur de 4% de son PIB, soit un total d'environ 11,8 Md$ soit en valeur 2020 plus de 200 Md€, à comparer avec les plans de relance de l'UE et des pays membres. Les emprunts étaient de l'ordre de 3 Md$, avec intérêts et remboursements en $ d'origine (sans l'effet d'inflation à la française). Heureusement seule une petite partie (20%) des emprunts ont été remboursés, le solde étant transformé en dons !

 

Autres contraintes américaines :

Pour soutenir le RU et lui fournir vivres et armements Roosevelt a imposer à Churchill le démantèlement de l'Empire britannique, principalement de l'Inde, des Caraïbes, du Canada, de l'Australie et de la Malaisie, Birmanie et Thaïlande. Pour l'Afrique du Sud du fait des grandes ressources minérales stratégiques (et de la ségrégation américaine envers les noirs appliquée au RU dans les casernes de soldats américains en attente du débarquement) la pression n'a pas eu lieu pour éviter d'être mis en contradiction interne.

Pour la France, Roosevelt s'est contenté après le débarquement en Algérie (en 1943) de soutenir le mouvement de libération vers l'indépendance. Du fait des ressources minérales stratégiques, le Maroc et la Tunisie sous protectorat devant conduire à l'indépendance, la Nouvelle-Calédonie, et l'Indochine ( très vite devenue un bastion contre l'expansion communiste chinoise ou soviétique, jusqu'à la guerre américaine du Vietnam) furent exclues d'un diktat américain, qui de plus, à l'époque, ne voulait pas prendre position dans des pays de l'Afrique noire !

Les contraintes liées au plan ont survécu à ce plan, avec celles imposées par l'Otan concernant le commerce avec les pays de l'Est, et surtout la décision américaine de pouvoir poursuivre devant les tribunaux US, toute entreprise commerçant en $ (comme unité de facturationn), qui ne suivrait pas les méticuleusement règles imposées par Washington envers les pays frappés par des décisions US d'embargo (aujourd'hui Iran, Russie, Corée du Nord, et toujours Cuba) ou pour des commissions commerciales assimilées à de la corruption. La Justice US a condamné fiscalement des entreprises américaines pour corruption dans des ventes à l'étranger, mais le Gouvernement US compense en passant de nouveaux contrats juteux à ces pauvres entreprises. Par contre, les entreprises étrangères ne recoivent pas de compensation et sont alors affaiblies devant la concurrence US.

 

Les projets de "plans Marshall" pour résoudre certains problèmes mondiaux

Le plan Marshall étant réduit, dans des cerveaux rétrécis, à un vaste de plan de financement gratuit offert par un pays très riche (les USA hier), certains rèvent à des formules similaires pour développer les pays du Sud, les sortir de la famine et des calamités, ou pour financer de vaste programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique !

Pour les pays du Sud, en proie à de nombreuses difficultés, financer les investissements pour sortir de la pauvreté en imposant de s'approvisionner chez les donateurs et de mettre en oeuvre les investissements internes de contre-valeur serait très vite condamné comme impérialiste, liberticide et colonialiste. Donner l'argent des riches contributeurs occidentaux aux États, sans contre-partie, c'est financer une grande majorité d'achats en Chine et une partie "d'évasion fiscale massive" des dirigeants vers les paradis fiscaux : ce serait, in fine, transférrer des $ et € en Chine pour que les acteurs de ce pays se portent acquéreurs des entreprises et du patrimoine européeen ! Les gouvernements du monde libéral capitaliste ne sont pas si idiots qu'ils ne peuvent s'en apercevoir !

Par contre, l'empire chinois, très actif en Afrique et en Asie du Sud-Est et Centrale (route de la soie) est déjà dans une pseudo-démarche de simili plan Marsahall, avec des dons très réduits, des prêts importants (avec intérêts) se transformant en prise de possession par bail emphitéotique de très longue durée en cas de défaillance de paiement. Les investissements "offerts" par la Chine, sont réalisés par des travailleurs chinois, "la barrière de la langue ne permettant pas l'embauche de travailleurs locaux". Les remboursements sont effectués par des redevances (ports, ligne de chemein de fer) et l'achat de matières premières minières et agricoles. S'il n'y a pas une "CIA chinoise" pour surveiller les forces hostiles et contrôler les bonnes applications et les politiques mises en place, par contre, la Chine dispose d'une diaspora installée de longue date capable de fournir des renseignements, et surtout de ses énormes capacités informatiques pour espionner tous les échanges de data et de conversations, tous les déplacements des individus, bien au-delà des capacités du big Brother de "1984" ! De plus, la Chine affirme clairement sa volonté de voir le yuan en monnaie d'échanges internationnaux, concurrent du $, tout en oubliant de dire qu'elle appliquera les mêmes règles juridiques chinoises envers les utilisateurs du yuan (comme les USA pour le $).

Enfin, en ce qui concerne la lutte contre le réchauffement climatique mondial, les caractéristiques intrinsèques du plan Marshall ne sont pas applicables. À la limite, les pays les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, pourraient convenir de créer massivement sur une longue période de la monnaie pour financer les investissements nécessaires, en donnant dans chaque pays une priorité aux entreprises du pays, dérogeant aux règles de la libre concurrence (en fait toujours faussée).

 

CONCLUSIONS

Les conditions d'application du plan Marshall sont enfin exposées (ARTE) 70 ans après sa mise en oeuvre.

Les premiers bénéficiaires en furent les USA, qualifiés en outre de généreux donateurs.

La transposition pure et simple aux financements d'investissements pour lutter contre le sous-développement, la famine et le réchauffement climatique, n'a pas de sens : il faut trouver d'autres montages financiers.

Actuellement, en toute discrétion et sans la moindre critique, la Chine met en place sa propre version -très profitable- d'un plan comparable au plan Marshall, dans son projet de routes de la soie et de développement connexes : et elle sait bien le faire accepter par les "bénéficiaires" comme hier les européens avec le plan Marshall !


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