Les subprimes Ó la franšaise

par Didier Cozin
mardi 23 août 2011

Si un éminent consultant professeur au CNAM (Michel Godet) a pu parler à propos du système de retraite par répartition en France d’un système pyramidale à la Madoff (les derniers entrants paient le capital et les intérêts des premiers parvenus à la retraite), il est un autre sujet économique et social où l’on peut faire des analogies avec les dérives américaines : celui des Subprimes.

 Rappelons en quelques mots que les Subprimes étaient des titres échangées entre acteurs financiers sur des créances « pourries » prises par des pauvres qui s’endettaient dans les banlieues américaines en espérant que la hausse des prix de l’immobilier leur apporterait enfin richesse et prospérité.

En gros on peut dire que le système financier américain après avoir poussé à un endettement massif la classe moyenne (pour masquer la baisse des revenus mais aussi de la compétitivité américaine), ce système s’appuyant sur une Loi sociale qui obligeait les banques à prêter aux personnes défavorisées, ce système avait trouvé un nouveau débouché fantastique : prêter à des personnes aucune possibilité de rembourser mais en  tablant sur une hypothétique et continuelle hausse du prix  des biens immobiliers.

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel et il n’en a rien été évidemment. Cette crise américaine s’est ensuite transmise à la planète entière du fait de la titrisation et de l’échange de ces créances douteuses.

Mais en France nous avons aussi nos subprimes, à la différence des USA ce ne sont pas des créances de particuliers mais des dettes de l’Etat qui depuis 30 ans servent à masquer notre déclassement économique.

En effet sous l’effet des crises successives depuis les années 70, l’Etat a emprunté pour continuer à assurer un Etat providence au plus grand nombre, nos dettes sont évidemment gagée sur les générations futures (mais certains n’en ont cure).

Sous prétexte de traitement social du chômage (on organiser des stages de formations parking, on retient dans le système scolaire les jeunes tout en sortant les quinquas du monde du travail dès que possible) notre pays a massivement créé une richesse artificielle en s’endettant plus que de raison.

Il ne s’agissait pas malheureusement de dépenses d’avenir (depuis 20 ans nous avons assez d’autoroutes, de lignes de TGV  ou d’établissements hospitaliers) mais bien d’assurer un pouvoir d’achat conséquent (nous sommes dans les 10 premiers pays au monde pour le PIB par habitant) en assistant toujours plus le pays entier (les simples citoyens certes mais aussi les entreprises qui vivent souvent très largement des aides et subsides de l’Etat ou de l’Europe).

Notre pays s’est donc largement installé dans l’assistance (ou l’assistanat) et si l’on prend l’exemple de l’immobilier en Allemagne et en France on peut comprendre aisément dans quelle situation perverse nous nous sommes placés.

En Allemagne les travailleurs paient beaucoup moins cher leur logement qu’ils soient locataires ou comme accédants à la propriété. Malgré des salaires contenus depuis des années (et désormais le travail est globalement moins coûteux en Allemagne qu’en France) les allemands disposent d’un pouvoir d’achat supérieur. Quelques  sont les raisons de ce paradoxe ?

1) Le marché allemand est beaucoup plus ouvert aux nouveaux compétiteurs et le commerce allemand bien plus dynamique que le commerce français coincé entre des règlements lourds et quelques conglomérats de la grande distribution,

2) Les allemands dépensant 50% de moins pour se loger et payant moins cher leur nourriture comme beaucoup de produits ils ont donc en général un pouvoir d’achat supérieur à la France,

3) L’économie allemande par ailleurs est tournée vers la production de richesses. Un allemand fortuné trouvera bien plus d’intérêt à investir dans une entreprise (y compris ces grosses PME allemandes qui exportent à tout va dans le monde entier, exploit impossible pour nos PME sous capitalisée et où personne ne parle anglais) qu’à acheter des blocs d’immeubles à Munich ou à Berlin.

En France l’immobilier fait consensus et le président de la République a refusé dernièrement la taxation des plus value immobilières sur la résidence principale. De ce fait plutôt qu’investir dans la production (et donc le travail) notre pays (toute tendance politique confondue) investit largement dans l’immobilier, c'est-à-dire l’immobilisme et les situations acquises. A ce jeu du premier arrivé mieux servi les jeunes générations découvrent tout à la fois :

Au final ils n’ont guère le choix eux aussi que de s’installer dans l’assistance (encouragée par l’Etat qui solvabilise les locataires avec moult allocations logements).

Nous sommes donc à la fois des bourreaux (nous exploitons notre jeunesse précarisée) et des vierges effarouchées qui vitupérons contre la spéculation (tout en trouvant normal de revendre plus cher et sans impôts notre résidence principale).

En fait notre situation a beaucoup d’analogie avec  la situation américaine, la seule différence étant que c’est l’Etat français qui paie pour entretenir tout ce système qui marche sur la tête.

Pour en sortir ce ne sera pas simplement d’une règle d’or dont aura besoin notre pays, mais bien d’immenses efforts de remise à niveau (travailler plus, travailler mieux, moins prendre de vacances et tenter de rattraper nos retards). Ces efforts en serons-nous capables dans les 10 ans, rien n’est moins sûr tant la dette semble évidente et indolore à beaucoup de nos concitoyens.

Didier cozin

Ingénieur de formation professionnelle


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