Leurre de la dette publique

par Diego
lundi 23 juin 2008

Le 15 mai, les fonctionnaires débutent un long mouvement de grève pour protester contre la suppression de 22 900 postes. Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale ne daignant pas écouter un mouvement de contestation qui va donc en s’intensifiant tandis que commence à gronder un éventuel blocage des épreuves du bac.

Ces suppressions de postes sont justifiées par une volonté de revenir à l’équilibre budgétaire, but en passe d’être inscrit dans la Constitution, alors que Bruxelles menace la France d’une mise en garde.

Le mécanisme semble simple : trop de fonctionnaires, trop de dépenses, diminuer les fonctionnaires pour diminuer les dépenses. Mais il semblerait qu’en réalité d’autres mécanismes interviennent, qui viennent invalider les actions du gouvernement.

Le rapport Pébereau, en décembre 2005, posait les jalons de la pensée en vigueur : "Rompre avec la facilité de la dette publique pour renforcer notre croissance économique et notre cohésion sociale".

Ainsi, le rapport préconise une incitation à la production des entreprises par une baisse des cotisations employeur, mais aussi une baisse des dépenses publiques (actuellement par le biais de la diminution des postes de fonctionnaires).
Sur des relents moralisateurs, vulgarisateurs, comparant les finances publiques à un ménage pour une meilleure lisibilité du plus grand nombre, la commission d’étude réalise une énorme erreur.

En effet, ces mesures peuvent aboutir à un équilibre, au niveau d’un ménage ou encore d’une entreprise (on parle alors d’un niveau microéconomique). Cependant, elles se révèlent inefficaces quant il s’agit d’un Etat.


Expliquons-nous : de nombreux penseurs économiques ont mis en perspective le rôle de l’Etat dans l’économie, car l’Etat n’est pas un agent économique comme les autres, son action peut avoir une influence sur la société :

D’un point de vue social, il ne faut pas oublier que les postes de fonctionnaires sont des emplois, les diminuer augmenterait le chômage, or les personnes au chômage disposent d’aides reversées par l’Etat et financées par les administrations publiques. Baisser le nombre de postes ne serait dès lors pas pleinement positif.

Le déficit d’une année se calcule à partir de la dette de l’année précédente, auquel on ajoute l’intérêt de la dette, le déficit primaire (recettes moins dépenses) de l’année actuelle. Or, de ce déficit primaire dépendent les dépenses bien entendu, mais aussi les recettes récoltées au cours de l’année. Ces recettes dépendent du taux de croissance.

De ceci découle que le taux d’intérêt de l’année précédente exerce une forte influence sur le déficit de l’année actuelle. Il faut donc réaliser un excédent (recettes supérieures aux dépenses), qui s’obtient par un taux de croissance supérieur au taux d’intérêt : voici le fameux effet boule de neige ! Cette affirmation peut se vérifier quand l’on voit une stabilisation de la dette à la fin des années 1980, période de croissance.

La croissance apparaît comme le seul moyen de retour à l’équilibre. Les crises que traverse l’économie mondiale actuellement sont des crises dites de surproduction : en clair, les produits ne trouvent pas de débouchés, poussant les entrepreneurs à revoir leurs estimations à la baisse ce qui se traduit par une baisse de la production et des licenciements. L’Etat peut vaincre cette spirale en stimulant la demande (par le biais de salaires indirects notamment, il "augmente le pouvoir d’achat" comme chacun sait), en injectant des moyens dans l’économie, ce qui est possible grâce au déficit public.

Cependant tous les déficits ne sont pas profitables. Deux économistes, B. Tinel et J.-M. Monnier distinguent des déficits récessifs (déficit budgétaire provoqué par un allégement des charges fiscales, sur les revenus les plus aisés) et expansionnistes (augmentation des dépenses et réduction des prélèvements obligatoires sur les plus bas revenus ayant la plus grosse propension à consommer).

Dès lors, il apparaît clairement que le déficit actuel n’est pas souhaitable (paquet fiscal...), mais la solution n’est pas dans une diminution des postes de fonctionnaires, plutôt dans un déficit "utile".

Si les baisses de dépense prônées par le gouvernement ne présentent pas d’intérêt d’un point de vue économique, elles prennent tout leur sens quand on se place d’un point de vue idéologique : tout se passe comme si le gouvernement désirait se servir de la dette pour amorcer un désengagement progressif de l’Etat.

Mais n’est-ce pas là un "but" de la pensée libérale ?


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