Macron, président de la bulle de Davos

par Laurent Herblay
jeudi 8 février 2018

« La France est de retour », « Choisissez la France ! » : Macron se démène pour rappeler aux patrons qu’il mène la politique qu’ils souhaitent, en anglais bien entendu, puisque la langue est sans doute un détail pour ce robin des riches et des puissants, pour qui l’identité et la culture du pays qu’il dirige ont finalement moins d’importance que l’alignement sur un modèle profondément dysfonctionnel.

 
Poursuivre ce qui ne marche pas
 
L’actualité a pourtant été taquine avec Macron lors de son passage à Davos. Il faut remercier l’association Oxfam pour avoir publié un rapport montrant que 82% de la croissance de la planète est allé à 1% de la population, pour rappeler à quel point notre époque est inégalitaire. 42 personnes détiennent autant que la moitié la plus pauvre de la planète, leur fortune a augmenté de pas moins de 762 milliards en 2017. Enfin, si le nombre de personnes vivant dans l’extrême-pauvreté a été divisé par deux de 1990 à 2010, Oxfam note que si la création de richesse avait été réparti de manière égale, ce sont pas moins de 700 millions de personnes supplémentaires qui seraient sorties de la pauvreté.
 
Autre rappel taquin de l’actualité : le chômage a baissé de 0,5% en 2017, après une baisse de 3% en 2016. Pire encore, toutes catégories confondues, le nombre d’inscrits à Pôle Emploi a progressé de 5% en 2017, la baisse du chiffre partiel étant d’autant plus suspecte que le gouvernement précédent en avait modifié opportunément les règles. Pourtant, le gouvernement a consacré plus de 40 milliards à des baisses de taxes diverses et variées pour baisser le coût du travail, et largement entamé le démantèlement du droit du travail prolongé par Macron dès son arrivée. Bref, la politique de l’offre est un échec complet, comme on pouvait l’anticiper, et ce, malgré une certaine reprise économique
 
Mais cela n’empêche pas Macron, comme Trump, de poursuivre dans cette voie, démultipliant les baisses d’impôts pour des riches et des entreprises qui n’en ont pas besoin puisqu’ils n’ont jamais eu autant d’argent. Pas étonnant que le président français soit si populaire à Davos : sa politique sert les intérêts des 1%, en y ajoutant la forme, au contraire de Trump, véritable illusion populaire. Bien évidement, Pierre Gattaz protège le président en affirmant qu’il ne va pas assez loin, sans être en mesure de véritablement expliquer ce qu’il pourrait faire de plus… Il s’agissait sans doute d’un exercice de communication, à destination des média, du grand public, mais aussi des troupes du Medef.
 
Juan Sarkofrance a remarquablement chroniqué la séquence Versaille – Davos, dénonçant bien des angles morts de cette présidence. Il dénonce ses innombrables anglicismes et son double discours permanent. A Versailles, devant les grands patrons, naturellement, il omet de parler de désertion fiscale ou de travailleurs détachés… Et à Davos, il atteint des sommets d’hypocrisie en livrant un discours en français et un discours en anglais aux sens différents, le premier osant même inviter à « arrêter de détricoter le droit social  » et évoquant « désertion fiscale  » et une « crise du capitalisme  », quand le second, destiné à l’audience locale, plaide pour une « baisse du coût du travail et du capital  ».
 
 
On peut aussi mentionner l’interview d’Emmanuel Todd par Aude Lancelin, où l’intellectuel règle son sort au président avec le talent qu’on lui connaît. Il faudra se souvenir de cette séquence, car elle illustre si bien la réalité de cette présidence, qui ne tourne que pour les intérêts des grandes multinationales, oubliant tous les autres, auxquels elle ne réserve que sa langue de bois la plus éculée.

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