Mais au fait la Mondialisation, c’est quoi ?

par Grégoire Duhamel
mardi 18 octobre 2011

Tout le monde ne parle que de ça : rappel de quelques notions utiles !

Il est difficile de cerner le phénomène, complexe et pour une large part subi, de l’« économie-monde » décrite jadis par l’historien Fernand Braudel. Disons que la mondialisation concourt à étendre les relations commerciales à l’ensemble des continents, en amont (production) et en aval (consommation).

Selon l’OCDE, la mondialisation recouvre trois concepts :

• l’internationalisation, c'est-à-dire le développement des flux d’exportation

• La transnationalisation - l’essor des flux d’investissement et des implantations à l’étranger

• La globalisation, qui signe la mise en place de réseaux mondiaux de production et d’information, notamment les NTIC (Nouvelles Technologies d’Information et de Communication).

C’est une tendance ancienne chez l’humain - route de la soie, découverte des Amériques, etc. – que de développer son activité aux quatre points cardinaux.

A chaque phase de la mondialisation, on retrouve d’ailleurs les mêmes constantes : révolution des transports et des moyens de communication, rôle stratégique des innovations (les armes à feu et la construction de navires à étages au XVème siècle, le train au XIXème). Mais cette inclinaison a été bouleversée dans la période récente par plusieurs faits conjoints : l’extension planétaire des transports et la diminution de leurs coûts, l’unification des modèles culturels par la télévision, enfin la découverte de nouveaux moyens de communication, téléphone, Fax, puis le tsunami Internet, enfin le numérique portable, permettant de transférer l’information de manière instantanée sur soi.

Entre 1930 et 1990, le prix moyen facturé pour chaque mile de transport aérien a baissé de 0,68 à 0,11 dollar ; celui d’une communication téléphonique de trois minutes entre Londres et New York est passé de 244,65 à 3,32 dollars. Entre 1960 et 1990, le coût d’une unité de puissance informatique (Bit) a décru de plus de 99 %.

De ces améliorations techniques est née depuis les année 70 une nouveauté organisationnelle : la firme multinationale. Il devint courant que la matière grise d’une entreprise soit en Occident (emplois très qualifiés et rémunérés avec de fortes cotisations sociales) et sa partie industrielle délocalisée dans les pays émergents (emplois répétitifs, peu rémunérés, et à faibles coûts sociaux), ce grâce à l’instantanéité des moyens de « transcommunication » : on discute en temps réel en échangeant des images ou du texte sur son écran d’ordinateur, et la distance est abolie. Ce modèle est en train de devenir obsolète car les pays émergents depuis les années 2000 possèdent dorénavant leur propre élite formée.

Le commerce international a pris en compte ces évolutions et mis en place au niveau mondial une politique dite de « libre-échange ». Celle-ci prévaut aujourd’hui, et limite pour les Etats les possibilités de recours au protectionnisme ; la financiarisation des activités contourne la notion de pays de toute façon dans les faits.

Pourquoi la mondialisation s’est-elle produite ? Dans une large mesure, parce que les Etats ont choisi de retirer les barrières qui entouraient leurs marchés. Parfois, ils ont agi de concert - accords du GATT pour libéraliser le commerce international - parfois non : en 1979, l’arrivée conjointe au pouvoir de Ronald Reagan aux Etats-Unis et de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne va précipiter la libéralisation mondiale, d’autant que le modèle socialiste s’écroule. La mondialisation ouvrira sainement le monde à la concurrence, abolissant au passage quelques citadelles, car dans le modèle d'économie de marché, elle est la méthode d'organisation principalement retenue. Le développement de la concurrence s'est donc traduit par des vagues de privatisations et des restrictions des aides publiques. Ce fut le cas avec la libéralisation et l'ouverture à la concurrence des télécommunications, des transports ferroviaires, de l'énergie ou des services postaux en Europe. En application des directives Européennes sur l’énergie, par exemple, le cadre réglementaire de l’ancien moloch EDF- GDF a été profondément modifié par deux lois (du 10 février 2000, et du 2 février 2003) visant à instaurer l’efficacité économique.

L’unification des modèles économiques a gagné non seulement le monde « ancien », mais aussi les pays de l’Est et les pays émergeants. En 1984, la Chine ouvre ses premières zones économiques « spéciales » (en réalité capitalistes). Cinq ans après encore, la chute du mur de Berlin inaugure la fin de l’Union soviétique (1991) et de son modèle économique discutable, année où l’Inde, jusque-là protectionniste, se libéralise à son tour.

La mondialisation a des effets incalculables, notamment sur notre environnement. Prenons l’exemple tragi-comique des crevettes décortiquées : pêchées en mer du Nord, elles sont acheminées par camion réfrigérés au Maroc où un personnel bon marché en enlève les carapaces à la main. Elles retournent par le même chemin jusqu’aux assiettes des belges, allemands, suédois, etc. Le coût en fuel (et donc en émission de CO2) est exorbitant, mais sera absorbé par les marges ; la recherche de rentabilité conduit ici à une pratique de gaspillage, à la fois consciente (producteurs) et méconnue (consommateurs). L’avenir passe par une information « écologique » sur les étiquetages, qui éclairera le consommateur, puis, par ricochet, contraindra le producteur à la raison. La Commission Européenne, pour une fois inspirée, étudie ce projet. Les craintes d’un résultat de type « usine à gaz » sont toutefois à ne pas écarter.

La mondialisation est aussi financière, avec la création d’un marché planétaire des capitaux. Trois étapes sont notables : d’abord, la « déréglementation », c’est-à-dire la disparition en 1971 du système des parités stables entre les monnaies, qui se mettent à flotter au gré de l’offre et de la demande (voir à Argent) ; ensuite, la « désintermédiation », soit la possibilité pour les emprunteurs privés de se financer directement sur les marchés sans avoir recours au crédit ; enfin, le « décloisonnement » des marchés : via les liaisons par satellite et Internet, la mondialisation se traduit par l’instantanéité des transferts de capitaux. Les places boursières du monde étant interconnectées, le marché de la finance ne dort jamais. Une économie virtuelle existe dorénavant, et la rentabilité financière devient, dans une certaine mesure, prééminente à la fonction productive.

La mondialisation n’a pas que des avantages. Les exigences de l’actionnariat sont un des problèmes, indirects mais bien réels, posé par elle, avec des répercussions sur le pouvoir d’achat via un glissement des richesses. Une statistique du ministère fédéral allemand du travail montre que le salaire net toutes cotisations et impôts déduits, s'élevait en 2006 à en moyenne 15 845 Euros, alors qu'en 1992, il était encore de 17 251 Euros, données corrigées de l'inflation. La part des salaires dans le revenu national allemand a diminué au cours des dix dernières années de 4 %, pendant que la part des revenus de la fortune et des entreprises en revanche a augmenté de 42%.

L’essentiel des entreprises de moyenne et grande taille étant cotées, elles visent en priorité à des performances financières, et privilégient les délocalisations ou les économies d’échelle. Elles deviennent du reste elles mêmes, à partir d’une certaine taille, sans nationalité particulière. Bien entendu, il y a un bénéfice pour le particulier, lorsqu’il consomme, en achetant par exemple un lecteur de DVD pour cinquante euros dans un supermarché.

Mais l’inconvénient est que ce même consommateur est exposé s’il a un emploi peu qualifié dans l’industrie – ceux que l’on appelait « ouvriers » et dont le terme même tombe en désuétude, sont les premiers visés par la fermeture des usines en Europe, pour cause de charges sociales trop élevées. Cela dit, ce phénomène est plus circonscrit qu’on le le pense, car dans la plupart des pays 70 % au moins des emplois appartiennent au secteur tertiaire (services) et ne peuvent être délocalisées. Par surcroît, la fraction de la population active employée dans l’industrie est allée de manière inexorable en diminuant, à cause des progrès de la technologie (robots, machines complexes, etc .) : de 30 % à 20 %, entre 1970 et 1994, dans l’Union Européenne ; de 28 % à 16 %, entre 1965 et 1994, aux Etats-Unis. Néanmoins, une grande partie des industries traditionnelles de notre pays (textile, habillement, métallurgie) a déjà été déplacée dans les pays à main d'œuvre bon marché. La France a par exemple perdu 1, 533 million d'emplois industriels entre 1978 et 2002. Plus grave : le fait qu’une majorité de produits manufacturés soient fabriqués hors Europe entraîne un déficit croissant de la balance commerciale de la zone.

Enfin, lorsque’on parle de mondialisation, il faut évoquer le résultat le plus douloureux pour la vieille Europe, à savoir le transfert de richesses : les pays émergents accumulent de grands excédents financiers grace à la vente de leurs produits, qu'ils utilisent pour acquérir des sociétés, ou de l’immobilier, en Europe ou aux Etats-Unis. Ce retour de l’Argent dépensé par les consommateurs du vieux continent s’effectue directement, sur fonds publics, à l'exemple de ce qu'a décidé la Chine à partir de ses 1 000 milliards de dollars de réserves de change, ou indirectement, à travers entreprises ou quidams, comme ont commencé de le faire l'Inde, la Russie et d'autres. On estime à 300 milliards de dollars annuel ce que la patrie du « Grand Timonier » va consacrer à l'achat d'entreprises occidentales dans l’immédiat futur. En 5 ans, elle pourrait acheter la totalité du CAC 40, qui par parenthèse appartient déjà pour moitié à des capitaux étrangers. L’Europe devient ainsi, insensiblement, un supermarché de valeurs en vente libre pour ces nouveaux nababs – personnes morales ou physiques, où les habitants se transforment en obligés reconnaissants, ainsi qu’en financiers indirects . Il y a 6,5 milliards d’habitants sur terre, dont la moitié en âge de travailler. Malgré son union monétaire, douanière et politique, l’Europe a dégringolé ces dernières années, passant de 28 % à 20 % du PIB mondial, tandis que l’Asie a progressé de 16 à 28 %.

Dans ce contexte, le tourisme - première ressource d’une France paupérisée par les années 80/ 2000 - tiendra dorénavant, et non sans logique, la place de nos anciennes industries.


Lire l'article complet, et les commentaires