Michelin, une stratégie pneu orthodoxe

par ytty54
mardi 13 novembre 2007

« Construire une croissance de qualité », c’est par ces mots que l’illustre entreprise française fondée en 1889 par les frères Michelin, André et Édouard, vous accueille aujourd’hui.

En 2006, Michelin a produit 190 millions de pneumatiques dans 69 sites répartis dans 19 pays et imprimé 15 millions de cartes et guides. Une référence.
Dans la foulée de ces résultats prometteurs, Michelin annonce une hausse de 4,0% de ses ventes nettes consolidées à 12,6 milliards d’euros pour les 9 premiers mois de l’année 2007 (+7,2%, à taux de change constant).
Tout roule pour le maître du pneu qui peut même annoncer une amélioration de 2,2 points de sa marge opérationnelle à 10,2% pour le premier semestre 2007. Les chiffres positifs s’enchaînent irrésistiblement, depuis la croissance soutenue des volumes vendus : + 3,6% au maintien de l’effet prix-mix à un niveau élevé : +4,4%, jusqu’aux ventes nettes : + 4,7% (+ 8,2% à parités constantes) ou la hausse du résultat net : +58% et la nette amélioration du cash flow libre : +382 millions d’euros.
Ouf quel bonheur de pouvoir ainsi truster les performances.
Jusque sur le plan sportif, puisqu’au championnat du Monde MotoGP 2007, la victoire revient à Pedrosa et Michelin à Valence. Cerise sur le gâteau, Michelin a même reçu le prix du meilleur rapport annuel 2006, dans la catégorie CAC 40 lors de la 53e soirée de la communication financière organisée par La Vie financière en partenariat avec Les Echos. N’en jetez plus !


Les faits marquants de la multinationale de Clermont-Ferrand nous permettent de voyager de par le monde : Amérique du Nord : mesure d’optimisation industrielle, Etats-Unis : importants contrats avec l’armée américaine, Canada : investissement de productivité à l’usine de Bridgewater, Allemagne : accord sur l’avenir des sites de production, Japon : spécialisation de l’usine d’Ota...

Et l’Europe me direz-vous ? Ben là, d’un coup, c’est de restructuration dont on parle. Après toute cette litanie positive cela fait un poil désordre. On frôle la sortie de route. Le plan de réduction des coûts et d’amélioration de la rentabilité passe donc par la France et l’Espagne. La faute à 2006, année maudite où s’est passé quelque chose d’horrible : un recul des profits...

Dès lors, la logique financière se met en branle et les grands moyens sont de rigueur : non remplacement d’un départ à la retraite sur deux (sur les 20 000 prévus), renforcement de la présence dans les pays émergents.

C’est dans ce contexte drastique qu’est annoncée la fermeture de l’usine Kléber de Toul (Meurthe-et-Moselle) en 2009 : le fabricant de pneumatiques y est le principal employeur de la région avec 826 salariés et 40 intérimaires. Il fait aussi travailler directement une quarantaine de sous-traitants autour de cette ville de 17 000 habitants. Un drame absolu pour l’économie locale, un drame connu de ceux qui voulaient bien l’entendre puisque les investissements se faisaient très rares depuis plusieurs années. A qui la faute ? À de mauvais produits nous dit-on, des pneus "milieu de gamme" "très fortement concurrencés par des pneus importés de pays à faibles coûts de production" - la faute aux hommes également puisque "l’usine a un coût de production plus de 50% supérieur à celui de ses concurrents, et n’est plus compétitive". Même l’inénarrable député locale Nadine Morano, proche de Super Sarkozy, en déjante...

L’annonce sème la consternation chez les salariés, mais pas trop chez les investisseurs, l’action Michelin prenant en milieu de journée de l’annonce 0,90% à 99,26 euros à la bourse de Paris, dans un marché en légère baisse.

Mieux, le groupe indique déjà qu’il embauchera entre 2007 et 2011 plus de 4000 personnes en France, où sa production devrait progresser de plus de 7% sur cette période (et plus de 600 personnes en Espagne). Le bibendum tourne-t-il rond ? Deux milliards d’euros seront investis en Europe de l’ouest, dont 1,15 milliard en France et 320 millions en Espagne. Mais pas à Toul.

Depuis, Michelin a publié un chiffre d’affaires de 4,18 milliards d’euros en hausse de 2,5% contre une progression de 3,4% attendue par le consensus.

Ce doit être pour ça que Toul est condamné...

Edouard Michelin, un des fondateurs, disait pourtant :

"C’est souvent la solution écartée d’office qui aurait été la bonne."


Mais la roue tourne d’une drôle de façon, dans le sens de la croissance ou de la fermeture, avec la même efficacité mais la même froideur. A trop emprunter la route de ses profits, pas sûr qu’à la fin elle n’y risque pas la crevaison.


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