Mobilisation contre la privatisation d’ADP

par Laurent Herblay
samedi 2 mars 2019

Il y a un peu plus de quatre ans, je faisais partie de ceux qui dénonçaient la vente de l’aéroport de Toulouse à des investisseurs chinois. Aujourd’hui, malgré un rapport au vitriol de la Cour des Comptes sur cette vente, le gouvernement veut engager, entre autres la cession d’Aéroports De Paris. Une décision folle à laquelle s’opposer en signant la pétition de Coralie Delaume et David Cayla.

 
Peut-on prendre une plus mauvaise décision ?
 
L’idée de vendre Aéroports De Paris est une totale aberration, une preuve de plus du fait que la majorité a débranché son cerveau, suivant la doxa oligolibérale sans réfléchir deux secondes au sens de ce qu’ils font. A-t-on déjà vu une idée réunissant un panel aussi large de critiques ? D’un côté, la Cour des Comptes, qui a publié un rapport virulent contre le précédent récent de la vente de l’aéroport de Toulouse. L’institution, pourtant guère alternative, dénonce « le profil de l’acquéreur (qui) soulève des inquiétudes  », « son manque de transparence financière ». En quatre ans, le montant des dividendes a explosé, dont la majorité a carrément été prise sur les réserves de l’entreprise.
 
 
Et pour couronner le tout, l’actionnaire chinois réclame aujourd’hui une sortie au prix fort, lui permettant une plus-value de 200 millions. Bref, un comportement de fond vautour. Ce précédent absolument calamiteux devrait permettre d’enterrer toute idée de privatisation d’une infrastructure publique comme ADP. Mais pas dans cette macronie superficielle et dogmatique. Aujourd’hui, sur France Culture, cette privatisation est vue comme un volAlternatives Economiques affirme qu’il « est difficile de trouver des arguments qui la justifie  » et Benjamin Masse-Stamberger, dans le FigaroVox y voit une décision « inutile et dangereuse ». Une telle coalition devrait inciter nos dirigeants à la prudence…
 
Car sur le fond, la décision est bien aberrante. D’abord, comme le notent Coralie Delaume et David Cayla, notre constitution dit que « tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractère d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité ». Il est ridicule de vendre un aéroport, une infrastructure publique clé dans le territoire, une frontière majeure de notre pays, qui doit rester dans le giron public. En outre, il va de soi que si un acteur privé a intérêt à l’acheter, c’est bien qu’il pourra faire une bonne affaire, et que le rendement qu’il en tirera sera supérieur au prix d’achat, ce qui représente de facto une mauvaise affaire pour la collectivité.
 
Financièrement, l’histoire racontée par Bruno Le Maire, celle du financement d’un fond pour l’innovation, ne tient pas la route car les dividendes rapportés actuellement par les entreprises destinées à être vendues sont bien supérieurs. En clair, en restant dans le giron public, l’Etat aurait plus de moyens pour financer de nouveaux projets… En outre, la modalité choisie de vente d’ADP est une concession de 70 ans, à la durée extravagante, extrêmement favorable au futur acheteur. Bref, il semble que ce soit un nouveau fromage qui pourrait « remplir les proches de quelques entrepreneurs privés et amis », comme le note Christian Chavagneux, d’Alternatives Economiques, sur France Culture.
 
 
Macron a déjà reculé, à l’automne, sous la pression des Gilets Jaunes. Il est essentiel de se mobiliser pour le faire reculer sur ce funeste projet, en commençant par signer cette pétition. En effet, on voit aujourd’hui toutes les conséquences de ces privatisations du bien public, avec les profits faramineux faits au détriment de la collectivité par des destructions d’emplois sur les autoroutes, comme le note Marianne.

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