Moralisation des rémunérations : les sportifs se font discrets

par Henry Moreigne
mercredi 25 mars 2009

L’indignation peut être sélective. Alors que tout le monde en appelle à l’Etat, qui pour l’instant fait la sourde oreille, pour encadrer la rémunération des dirigeants d’entreprise, silence radio sur les salaires et avantages fiscaux réservés aux sportifs professionnels. Et pourtant ce qui est qualifié de dérive à l’égard des patrons n’est que le strict reflet des pratiques sportives.

Il y a belle lurette que dans les affaires comme dans le sport professionnel, la morale, la légitimité des rémunérations sont des notions qui passent au second plan. Dans les deux cas, les résultats économiques ou sportifs sont déconnecté des rémunérations. Dans les deux cas, certains salaires ne frisent plus l’indécence, ils la dépassent et se cumulent à des primes exorbitantes.

Trop payés les patrons français ? Certains peut être. Quelques-uns assurément. A l’aune de la crise, l’opinion publique joue les candides et mime de découvrir que nous vivons dans une société de l’argent roi. Faut-il pour autant jeter l’opprobre sur l’ensemble d’une profession qui contribue à l’enrichissement national ? Evidemment non. Une moralisation des pratiques est souhaitable mais elle ne doit pas se limiter à une seule catégorie. Si le débat est ouvert il doit être étendu à tous les secteurs, politiques et sportifs inclus.

40 000 euros mensuels pour un honnête footballeur de Ligue 1 (plus de 300 joueurs), cela ne semble choquer personne. Ce n’est pourtant qu’une moyenne. On change d’échelle avec les stars (pratiquement dix fois plus) dont les rémunérations annuelles laissent dubitatif : Thierry Henry (17,4 millions d’euros), Patrick Viera (8,2 millions d’euros) Nicolas Anelka (5,8 millions d’euros), Franck Ribéry (5 millions d’euros) Karim Benzema (2,8 millions d’euros), Lilian Thuram (4,8 millions d’euros), Claude Makelele (5,4 millions d’euros)…

10 000 euros par mois en moyenne pour un basketteur de pro A et des stars du championnat français autour de 20 000 euros. Les vedettes du top 14 en rugby ne sont pas moins bien loties. Les internationaux réguliers dépassent les 21 450 euros net mensuel. Et les rémunérations des sportifs ne sont pas constituées des seuls salaires. Viennent s’y ajouter les contrats de sponsoring et les primes très confortables versées par les fédérations lors des rencontres internationales.

On rétorquera que le temps de vie professionnelle des sportifs est de courte durée mais finalement guère plus qu’un dirigeant de grande entreprise exposé aux exigences de ses actionnaires. “Il faut bien payer les joueurs si on veut avoir les meilleurs et conserver l’élite française dans l’hexagone”. L’argument est applicable aux dirigeants d’entreprise. Bâti sur le modèle ultra-libéral, le sport professionnel est une caricature du capitalisme sauvage.

Il ne s’agit pas de stigmatiser les sportifs mais de replacer le débat actuel dans un cadre plus général au moment où même les Etats-Unis réfléchissent à un salaire annuel maximum de 500 000 € pour les dirigeants des banques renflouées par des crédits publics.

“Il ne doit pas y avoir d’exemptés de l’effort”, a déclaré Brice Hortefeux à l’Assemblée nationale en réponse aux accusations de la gauche de ne pas avoir  imposé de règles strictes aux entreprises aidées par des fonds publics et d’avoir rejeté à l’automne un encadrement plus strict des rémunérations des dirigeants de sociétés.

Une gauche à la cécité partielle lorsqu’elle est de retour dans ses bastions locaux. Sa main tremble rarement lorsqu’il s’agit d’allouer de confortables subventions aux clubs professionnels locaux.

Voir plus loin  : Le JDD- Foot : pas touche aux avantages fiscaux


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