« Notre Europe n’est pas la vtre », Albert Camus, Lettre un ami allemand, Avril 1944

par Eliane Jacquot
mardi 30 avril 2019

Nous voici à la veille des Élections Européennes des 23 au 26 Mai prochains. Nous vivons un moment où la France et l'Allemagne présentent de nombreux différents sur la gestion des flux migratoires, la politique énergétique et écologique, la politique économique de la zone euro, l'harmonisation fiscale, le Brexit …Où peut-on trouver de très belles pages en prose sur la vision d'un véritable esprit européen ? Dans la troisième de ces quatre ' lettres à un ami allemand ', publiée en Avril 1944 et où Albert Camus expliquait à un nazi imaginaire les raisons de la Résistance et de la France libre. Sous le règne de la barbarie aryenne, peu avant le cataclysme d' Hiroshima, à un moment où la violence des hommes place l'Histoire à un tournant décisif, la paix semble être le seul combat valant la peine d'être mené. Il est frappant de voir comment les mots d'Albert Camus résonnent prophétiquement et étrangement pour la création d'un véritable esprit européen “ce vouloir vivre ensemble” selon une belle formule de Jacques Delors, face aux diktats de la Banque Centrale Européenne et au vide politique abyssal des institutions européennes actuelles :

Extraits (1)

Et cette idée de l'Europe que vous avez prise aux meilleurs d'entre nous pour lui donner le sens révoltant que vous aviez choisi, il nous faut toute la force de l'amour réfléchi pour lui garder en nous sa jeunesse et ses pouvoirs.(…) Vous parlez de l'Europe, mais la différence est que l'Europe, pour vous, est une propriété tandis que nous nous sentons dans sa dépendance. Vous n'avez parlé ainsi de l'Europe qu'à partir du jour où vous avez perdu l'Afrique. Cette sorte d'amour n'est pas la bonne . (…)

Vous dites Europe, mais vous ne pouvez vous empêcher de penser à une cohorte de nations dociles menées par une Allemagne des seigneurs ( …) .

Mais elle est pour nous cette terre de l'esprit où depuis vingt siècles se poursuit la plus étonnante aventure de l'esprit humain.(...)

Cela me pousse à dire que votre Europe n'est pas la bonne. Elle n'a rien pour réunir ou enfiévrer. La nôtre est une aventure commune que nous continuerons de faire, malgré vous, dans le vent de l'intelligence.(...)

Je sais enfin que tout ne sera pas réglé lorsque vous serez abattus. L'Europe sera encore à faire. Elle est toujours à faire .(...)

Revenons en quelques mots au présent :

L'Europe se déploie autour de ses 27 pays qui refusent tout élargissement, c'est sa géographie. Au moment où la bienveillance américaine à l'égard de ses alliés Européens n'est plus assurée, avec l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, c'est à nous citoyens de conduire notre histoire. A l'encontre de l'Euroscepticisme ambiant, nous sommes toujours nombreux à penser que seuls les peuples européens unis ont une chance de marquer de leur culture, leurs valeurs et leurs intérêts partagés la préservation de l'influence européenne dans le concert mondial du 21ème siècle.

(1)Albert Camus -Œuvres – Quarto Gallimard , pages 479 à 482


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