Pandémie de panique boursière pour la troisième grande secousse économique depuis 1973

par Bernard Dugué
jeudi 11 août 2011

1973 fut l’année du choc pétrolier, annonçant l’achèvement des Trente glorieuses, marquées par un progrès social et économique tangible, avec un Japon lancé dans le productivisme et des Etats-Unis au sommet de la civilisation industrielle fondée sur les chaînes de production et l’automobile avec l’american way of life comme résultat social. Pas le temps de se reposer, les pressions économiques et géopolitiques eurent raison des aspirations à la douceur de vivre. Hantés par la crainte du déclin, les gouvernements Reagan et Thatcher ont voulu forcer la machine économique au risque de la casse sociale qui en découla. Le Royaume-Uni voulait en finir avec l’ère industrielle et passer à un dynamisme plus conséquent, alors que les States savaient pertinemment que l’URSS était en perte de vitesse mais pas l’Allemagne et encore moins le Japon, nation étonnante qui du point de vue financier, était considérée comme une menace par les Américains. Bref, après le choc pétrolier se dessina un second choc pétrolier sur fond de crise iranienne, une instabilité économique marquée par l’inflation, un Japon lancé comme une locomotive. Cette instabilité des années 1980 a engendré une grande secousse qui comme toutes les crises, a duré quelques années. Et d’ailleurs, l’économie n’a jamais été stable si bien que depuis 1973, trois secousses importantes ont mis à mal le système économique qui n’a jamais connu de dépression, tout au plus des récessions assez courtes et souvent sectorielles.

I. La secousse de 1985-1987 fut causée par les politiques étasuniennes et japonaises, avec une accumulation impressionnante de richesses financières par un Japon très offensif et conquérant, jouant d’un nationalisme économique le poussant à dominer la zone Asie, avec comme autre fond un dollar surévalué qui chuta suite aux accords de Plaza en 1985, pour reprendre de la valeur après les accords du Louvre en 1987, le tout orchestré par le G-7. Et au final, un krach boursier à Wall Street qui perd 20 points en une seule séance, marquée par trois fois plus de transactions qu’en un mois boursier. Puis, rapatriement des capitaux au Japon, bulle en 1989, dégonflement progressif et croissance molle. 20 points, c’est ce que viennent de perdre Paris et Frankfort ces derniers jours. La crise de 1985-1990 a été suivie par une guerre en Irak et en Europe, une morosité, une fin de mandat calamiteuse pour la gauche, laminée par les législatives de 1993, avec un chômage massif, une petite récession, et pour finir, la grosse crise sociale de décembre 1995. Sans oublier le désordre des monnaies du SME en 1992.

II. Les secousses multiples de 1997-2001. J’aurais tendance à mettre dans un même panier la crise asiatique de 1997, encadrée par les crises successives et locales au Mexique (1994), en Russie (1998), en Argentine (2001). Pour finir avec le dégonflement de la bulle des nouvelles technologies. Ces secousses ont des contours et des contextes distincts mais on trouve comme points communs des disparités dans l’accumulation de richesses, des désordres liés aux monnaies et aux dettes, des mouvements spéculatifs. Des analystes ont pensé que l’économie de l’Amérique du Sud, Brésil en tête, pouvait être coulée par l’effondrement financier de l’Argentine mais il n’en a rien été. Auparavant, la crise asiatique a fait craindre un effet domino sur les bourses mondiales mais ce n’a pas été le cas. Bien au contraire, les bourses européennes et surtout américaine ont continué à s’apprécier en se surévaluant et se sont coulées toutes seules avec le krach de la nouvelle économie. Ces événements permettent de relativiser la crise de la dette grecque qui, même ajoutée à celle de les banques irlandaises et de la dette portugaise, ne pèse par très lourd sur l’euro, comparée à la faillite de l’Argentine ramenée à l’économie de la zone sud-américaine. Pour la petite histoire, rappelons que la crise asiatique a touché les tigres, pays ayant eu une très forte croissance, puis s’est propagée aux dragons, ce qui représenta un pan important de l’économie d’Asie, puis par effet systémique à la Russie, un peu au Brésil et Inde, bien plus en Argentine ; mais pour Bill Clinton, ce ne fut qu’un simple écueil. En tous cas, la crise asiatique fut bien plus sévère que les pirouettes de la dette grecque et de la note américaine dégradée. D’ailleurs, il n’y a que 18 pays qui bénéficient de la note AAA, beaucoup étant de petites économies comme l’Autriche ou la Norvège. Pour être un peu plus complet sur ce volet de la « bulle internet » en 2000, notons que l’économie occidentale fut sensiblement affectée les années suivantes, avec une croissance très molle (légère et courte récession), un dégonflement très substantiel des indices boursiers, deux guerres, en Afghanistan et en Irak. En France, le marasme s’est traduit dans l’énorme secousse politique du FN au second tour lors de la présidentielle de 2002.

III. La secousse de 2008-2011. Deux éléments marquent le déclenchement de la crise financière amorcée en 2007 avec la chute de l’immobilier américain alors que les indices boursiers étaient à nouveau au sommet (surtout le Dow Jones, un peu moins les indices européens et pas top pour le Japon). Premièrement un produit financier nommé subprime, deuxièmement un événement marquant, la faillite de la banque Lehman Brothers. Puis la panique cette fois, dans les pays avancés, la crainte de l’effet domino, la perte de confiance. Des mesures de rafistolage qui ont lissé les fluctuations financières et économiques. Et à nouveau, la seconde secousse avec la crise des dettes, dans les pays faibles de l’Europe mais aussi aux Etats-Unis dont la note vient d’être dégradée. Pourtant, les fondamentaux de l’économie ne sont pas si dégradés mais force est de constater le déclin industriel continu des States, de l’Europe et même du Japon. Quant aux éventuels défauts de paiement des grandes et petites nations, leur impact sur les épargnants est largement supportable. La crise actuelle est due essentiellement à une économie en décalage. Il existe en effet une force tectonique séparant les désirs cupides de profits et la capacité économique à produire des richesses. De ce fait, les désirs cupides des plus aisés ont été réalisée par une finance factice, artificielle, découplée de l’économie réelle qui produit bien et service, une économie qui ne fait plus entrer assez d’argent pour assurer les besoins sociaux et public d’Etats dont la mauvaise gestion ne fait qu’accroître le problème. Ces Etats qui, malgré les dépêches médiatiques et les louanges de circonstance, n’ont rien résolu depuis 2008, aggravant même les problèmes au point de voir ressurgir la secousse financière sous forme de crise des dettes. Finalement, la secousse est derrière nous, avec la plongée des indices début 2009 et en 2011, la réplique moins intense de la première secousse.

IV. Déductions. Le déroulement médiatique de cette seconde secousse boursière montre une chose, c’est la sollicitude connivente des médias, des analystes, des décideurs économiques et politiques, envers les épargnants. Par contre, peu se soucient des dégâts occasionnés sur les travailleurs licenciés qui perdent beaucoup, leurs revenus et leur dignité. Le monde de la finance est abject, cupide mais il est assez subtil pour propager les peurs et contraindre les citoyens à fermer leur gueule. Seuls, ceux qui n’ont rien à perdre se révoltent. On le voit en Angleterre actuellement. Des événements qui ne sont pas sans lien avec la secousse économique de 2008-2011. Nul ne sait ce que l’avenir nous promet. La guerre en Libye semble en connivence cachée avec les événements financiers. On ne sait pas qui est le chef d’orchestre de tout ce marasme planétaire ni s’il y en a un. Le cours de l’or signe la déraison d’un système qui préfère placer son argent dans un investissement qui ne produit aucun bienfait économique. Une pyramide de Ponzi est même envisageable, comparable à celle des subprimes. De la monnaie est détruite. C’est plus inquiétant que la dette grecque mais l’économie survivra dans les limites de la résilience sociale qui pour l’instant, est assez bien contrôlée par les maîtres médiatiques jouant sur les peurs, ce qui maintient les classes laborieuses et moyennes dans un état d’acceptation d’autant plus efficace qu’il est basé sur l’ignorance économique des masses.


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