Petit guide des produits dérivés

par Charlouss
lundi 10 août 2009

Les traders font un métier hyper technique, à très haute valeur ajoutée...

Cet article a pour vocation de démystifier le fonctionnement des produits dérivés et une bonne partie du travail des traders.


 

Les caractéristiques des produits dérivés

Tout d’abord, le mot "produits dérivés" est relativement obscur et source de confusion.


L’exemple le plus courant est la confusion avec les produits dérivés genre Disney, le merchandising, le marchandisage. Mais finalement, en y repensant bien c’est un peu ça aussi …


 

Le merchandising de produits financiers


Une définition large est utile : Le merchandising est un ensemble de techniques destinées à améliorer la présentation d’un produit, d’une marque ou d’un point de vente. Le merchandising - ou l’art de mieux vendre un produit grâce à sa présentation - doit permettre d’optimiser les ventes des produits ou des marques et d’augmenter l’attractivité des points de ventes.


Les contrats forward, futures et autres options, c’est un peu pareil : tu as le même produit mais on te le présente autrement.


Trop souvent, c’est pour faire « sophistiqué », matheux et cher alors c’est surtout utile aux banquiers. Parfois, c’est simple et je pense que ces produits ont leur utilité économique comme les simples prêts.


1. Une des améliorations de la présentation des instruments financiers est l’horizon d’investissement : avec les produits dérivés tu n’achètes plus maintenant mais dans 3 mois, 6 mois, un an à un prix fixé aujourd’hui : ce sont les contrats forward ou les futures simples – dans le jardon on appelle les contrats simples « vanilles » pour être sûr d’être imbitable et bien payé.

=> Manque de bol, si tu empruntes la somme au taux sans risque – on peut rêver – pour acheter l’action et la garder jusqu’à la maturité du contrat, le résultat financier est le même (prix en absence d’opportunité d’arbitrage).


2. Une autre « amélioration » est l’effet de levier : avec 10 euros tu acquerras au terme du contrat les gains d’une action qui coûte 100 euros aujourd’hui.


=> Super, on vient de redécouvrir l’emprunt…


3. Plus subtile, on te donne le droit et non l’obligation de respecter les termes du contrat, ça s’appelle une option.


 

Les options


Je vais donner un exemple car je sens que ça devient vraiment compliqué.

J’écris avec les vrais termes techniques pour faire réaliste :


Warrant (produit optionnel pour les particuliers pigeons) : option d’achat


Sous-jacent : TOTAL SA

Cours du sous-jacent 38.05  (prix aujourd’hui)

Parité warrant  5.00000 (effet de levier)

Nature Call Warrant sur Actions (droit d’acheter 5 actions TOTAL)

Prix d’exercice 40.00 (achat au prix de 40 euros)

Date d’échéance 16/09/2009 (le droit est dans un mois seulement)

Type Européen (droit uniquement à l’échéance)

Parité support 1.00000

Quotité 1

Emetteur COMMERZBANK

Date d’émission 23/02/2009


Dernier cours  0.13 (-27.78%) (Primes à payer de 0,13 €)

 

Un petit lexique supplémentaire est utile :

La parité

Le droit conféré par le warrant, c’est à dire le droit d’acheter le support dans le cas d’un call warrant peut suivant les warrants ne pas être accordé à 1 warrant mais à plusieurs.

En fait, la parité reflète le nombre de warrants nécessaires pour pouvoir exercer ce droit.

Une parité de 5 / 1 impose de posséder 5 warrants pour pouvoir exercer ce droit sur 1 titre.

 

La quotité

Un warrant ne peut se négocier que par lot. La définition de la quotité c’est le nombre de warrants du lot. On va donc négocier (acheter, vendre) des warrants par groupe de 10, 100 ... minimum. Les warrants ne s’achètent donc pas à l’unité mais par paquets, la taille du paquet étant appelée la quotité.

 

Résultat financier de l’achat d’un warrant d’achat


Avec ce warrant, 5 en fait à cause la parité et la quotité, vous achetez le droit d’acheter une action TOTAL au 16/09/2009 au prix de 40 euros. Ce n’est pas une obligation.


Concrètement si vous achetez 5 warrants, vous avez le résultat financier au 16 / 09 /2009 de la formule suivante :

* si prix TOTAL à la clôture du 16/09/2009 > 40 euros :

o Gain = (prix TOTAL à la clôture du 16/09/2009 – 40) en euros

* Au pire, prix TOTAL< 40 euros à la clôture du 16/09/2009 :

o Pertes = votre mise initiale soit 5 * 0,13 = 0.65 euros


Franchement ça donne envie de jouer non ? 

Et bien ça c’est du beau merchandising coco !

 


C’est un produit asymétrique, j’enfonce mon clou, car si TOTAL SA dépasse les 40 euros à la clôture du 16 / 09 /2009, vous ne pouvez que perdre votre mise ; en revanche vous pouvez gagnez à la hausse.


Pour vous le faire sentir, je refais un beau dessin pour comparer un achat aujourd’hui d’une action TOTAL SA à 38 euros et le warrant d’achat, voici le résultat financier final au 16 / 09 /2009 :



Une question vous brûle les lèvres : Comment font les traders pour synthétiser des produits dérivés dont le profil de gain est asymétrique ?


En fait, Les opérateurs de marché pratiquent un peu mais pas uniquement, pour m’éviter les cris d’orfraies des puristes, une stratégie dite de delta hedging.


Le principe est une fois encore plutôt simple, prenons l’option d’achat :

Initialement, l’opérateur achète des actions TOTAL, en fait dans mon exemple pour produire le résultat des 5 Warrants qu’il vous a vendu aujourd’hui, il achète 0.30 actions.

Il y a une formule compliquée pour calculer ça, elle est archi connue sous le nom de Black et Scholes (73).

Acheter 0.3 action, ce n’est pas possible me dites-vous ?

=> Vous devenez dès lors un critique averti du modèle de Black & Scholes. Mais bon la banque vend des centaines de warrant alors il aura plutôt des chiffres ronds à acheter.

Pour les lecteurs au taquet : 0.30 * 38 euros = 11.4 euros Vs 0.65 euros de prime reçue.

Il n’a pas assez d’argent pour acheter ?

Ce n’est pas grave, il bosse dans une banque ! Alors il emprunte => effet de levier.

Ensuite tous les jours, il pratique la discipline suivante – souvent le soir à la clôture :

* Quand les cours baissent par apport au cours du jour précédent, l’opérateur vend des actions TOTAL SA pour tenter de limiter les pertes au montant des primes encaissés (0.65 €) ;

* Quand les cours montent par rapport au cours du jour précédent, l’opérateur achète de plus en plus d’actions.

Pour cerner les bornes de variation de cette stratégie, prenons un cas extrême :

* TOTAL SA côte 50 euros le lendemain et l’opérateur aura acheté, avant la clôture pour limiter la casse, 1 action entière TOTAL SA pour se couvrir, l’option est dite dans la monnaie. Ainsi, ils pourront vous payer le résultat offert par l’option = (prix TOTAL à la clôture du 16/09/2009 – 40) ;

* Si TOTAL SA vaut 25 le lendemain, il aura tout vendu - à prix cassés - dans la journée.

Néanmoins, les traders ne sont pas devins et ils achètent toujours en retard d’un train, on accompagne la tendance en fait – stratégie momentum en langage de gestion d’actifs.

De façon concrète, lorsque les marché bougent énormément, ça s’appelle une crise très souvent :

* Pour les périodes de baisses, les opérateurs de produits dérivés vendent très rapidement leurs actions ;

*  Pour les périodes de hausses, les opérateurs de produits dérivés achètent les sous jacents massivement et amplifient les hausses.


De fait, ces opérations sont automatisées, mathématisées et ne sont pas un mouvement de panique du trader.

Néanmoins, elles rendent les marchés plus volatiles, plus élastiques, elles accélèrent le mouvement des cours. En mécanique, on nous apprend l’accélération des corps, en finance j’introduis comme je peux la convexité des produits dérivés.


La présence de ces produits dans les marchés accélère les tendances, comme la masse – et non pas le poids – accélère la chute des pommes. Je suis d’humeur métaphorique.


Pour les matheux, il s’agit bien d’une dérivée seconde positive du prix de marché des options par rapport au prix du sous jacent.


Humblement, je ne pense pas que ces accélérations soient profitables à l’économie réelle, les crises se répètent trop souvent depuis 20 ans et leurs conséquences sont réellement désastreuses pour les plus vulnérables éléments de notre société. Les plus riches, eux, n’y voient que des opportunités (cf. les institutionnels de mon précédent article ou les clients des banques privés..).


Bon ça fait déjà beaucoup pour aujourd’hui, j’espère que vous saisissez mieux le boulot des traders et le fonctionnement des options.


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