Qui veut gagner 600 milliards de dollars… en billets de Monopoly ?

par Olivier CHAZOULE
lundi 8 novembre 2010

Il y a plusieurs moyens de créer de la monnaie : la voler en est un. Plus communément on la crée à travers une Banque Centrale.
 
La Banque Centrale va émettre de la monnaie fondée sur la possession ou la détention d’actifs financiers ou réels, c’est-à-dire des actions, obligations et autres instruments financiers ou des immeubles, des machines et des équipements.
 
Grosso modo la monnaie reflète la richesse d’un pays : si le pays de JoujouLand a une richesse de 10.000, la monnaie de JoujouLand doit être de 10.000, le parfait reflet du miroir en quelque sorte.
 
Cela, c’est la théorie.
 
Quand on a besoin de monnaie supplémentaire, bien que la richesse du pays soit 10.000 on imprime 15.000, 20.000 ou 30.000 unités de monnaie c’est ce qu’on appelle de la création dynamique de monnaie, du stimulus, du dopage ou de l’inflation ca dépend de quel coté on est du pouvoir et à quel moment.
 
Mais la véritable création de monnaie vient des individus et des entreprises à travers les échanges économiques et financiers
 
Si Monsieur Dupont possède 100 euros et va les déposer à la banque Banco, il en résultera que M. Dupont possédera 100 euros (sa créance sur la banque) et la Banco possédera 100 euros (l’argent déposé par M. Dupont sur son compte)
 
Banco prêtera les 100 euros à l’entreprise A qui utilisera ces fonds pour acheter une machine valant 100 euros à l’entreprise B. L’entreprise B utilisera cet argent pour acheter une machine-outil de 100 euros à l’entreprise C. Et ainsi de suite.
 
A ce stade on aura :
100 euros de M. Dupont
100 euros de Banco
100 euros l’entreprise A (la valeur de la machine)
100 euros l’entreprise B (la valeur de la machine-outil)
100 euros l’entreprise C qui a reçu 100 euros de l’entreprise B
 
Les 100 euros de M. Dupont auront donc créé 400 euros supplémentaires d’où le résultat suivant : 100 euros = 500 euros. C’est là que réside la véritable création de monnaie. Dans la pratique il y a de la déperdition dans le système du fait des taxes, des commissions bancaires et des frais de transactions. Mais tout cela est compensé par le fait que l’argent continue à circuler au-delà des 5 cycles et que 100 euros donneront au final probablement 800 à 1.500 euros.
 
L’accélérateur et le multiplicateur de Keynes ont démontré le reste
 
Les banques centrales ont beaucoup d’autres moyens de créer de la monnaie, par exemple en achetant par exemple des actifs sains (actions, obligations, divers instruments de paiements financiers) ou douteux (les emprunts subprime).
 
Or un phénomène nouveau vient de se créer ou plus exactement de s’amplifier à la grande surprise de Wall Sreet : il y a quelques jours la FED, la Federal Reserve Bank (la Banque Centrale Américaine) a acheté pour 600 milliards de dollars de Bons du Trésor américain.
 
Pour l’’instant c’est la FED qui joue ce jeu avec maestria, mais il est à parier que la Banque Centrale Européenne, la Banque du Japon et autre Banque d’Angleterre y trouveront des puiseront des idées fertiles.
 
Le Trésor d’un Etat est sa banque intérieure. La Banque Centrale est sa banque extérieure. Les deux appartiennent au même Etat, même si certaines banques centrales comme la FED on un statut privé. Mais c’est alors une simple fiction juridique. Le patron est bel et bien l’Etat.
 
Les bons du Trésor des Etats sont issus des impôts des contribuables. Ils servent à financer le budget de l’Etat (en général son déficit). Ils sont librement négociables entre les particuliers, les entreprises, les institutions financiers et les banques, y compris les banques centrales des autres Etats. Il est plus rare (mais pas inhabituel) que les Bons du Trésor d’un Etat soient achetés par la Banque Centrale du même Etat.
 
Cependant, c’est financièrement peu orthodoxe car cela revient à ce que Monsieur Durand vende sa voiture à Monsieur Durand. C’est comique. Mais peu économique.
 
Donc, bien que cela ne soit pas rare ce n’est pas aussi fréquent que cela.
 
Heureusement.
 
Car c’est inquiétant.
 
Pourquoi ?
 
Parce qu’on crée un double effet multiplicateur (appelé autrement dans le système de Keynes, mais qui revient au même) de création de monnaie : l’impôt est un prélèvement de l’Etat autorisé par son pouvoir régalien sur les actifs ou flux (revenus) des particuliers et entreprises. C’est un transfert de monnaie. Mais cette monnaie sert à être redistribuée dans l’économie (paiement des fonctionnaires, financement des infrastructures, etc.). Elle n’est pas censée être en soi un instrument de création de monnaie puisque la FED (ou toute autre banque centrale) en achetant des Bons du Trésor va agir comme seconde banque, la première étant l’Etat, alors que justement la seconde, la banque centrale est également, la banque de l’Etat pers se (en soi).
 
Donc même si la banque centrale (FED ou autre) est officiellement indépendante elle est la banque de l’Etat. Que cette banque d’Etat achète à l’Etat de l’argent qu’elle va re-prêter à ce même Etat par l’intermédiaire de son autre banque (le Trésor) est une contradiction dans les termes. Cela veut dire que l’Etat est la Banque de sa propre Banque Centrale, et vice-versa et cela a quelque chose de contre-naturel quand elle se prêtent et se réprètent le même argent (100) pour créer de la nouvelle monnaie (1.000)
 
En clair, à force multiplier les sources et facteurs de création de monnaie on se trouve avec une monnaie dont le montant est découplé de la valeur économique que la valeur financière est censée représenter.
 
De plus une banque qui prête à une autre le même argent que l’autre lui a prêté et vice-versa et de nouveau, et encore, et à nouveau et réciproquement a de quoi inquiéter les esprits.
 
Un pays dont la richesse est de 1.000 peut alors se retrouver avec un volume de monnaie de 3.000, 10.000, ou 100.000.
 
Or, lorsqu’une bicyclette qui vaut 1.000 est vendue 100.000 ce n’est plus une bicyclette, c’est une bicyclette en platine. Ou une fausse bicyclette.
 
Cela s’appelle l’hyperinflation
 
Dans les années 20, sous la république de Weimar en Allemagne l’hyperinflation a eu des résultats inattendus, comme par exemple le fait que les citoyens étaient contrains d’aller acheter leur baguette de pain avec une brouette de billets de banque hyper dévalués.
 
Certains se demandent pourquoi nous assistons silencieux à une nouvelle ruée vers l’or sur les marchés financiers, une sorte de fièvre de l’or comme valeur refuge contre les billets de papier.
 
Sans doute ont-ils oublié la République de Weimar.
 
 
Olivier Chazoule

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