Sortir de la crise par le crédit, un pouvoir d’achat anticipé !

par Aimé FAY
mardi 3 mars 2009

L’Etat cherche encore aujourd’hui, mais en vain, à tenir sa promesse du 6 mai 2007 quant à l’augmentation du pouvoir d’achat des Français. Comme tout simple béotien un peu rustique de l’art économique et financier, il avait envisagé au départ une seule hypothèse, celle du "travailler plus".
Malheureusement, quand l’Etat est dans l’impossibilité d’honorer sa seule hypothèse pour donner du pouvoir d’achat, il se trouve perdu et noie son imprévision par une gesticulation accrue et une communication de plus en plus dense, élaborée et coûteuse.
 
Déjà à l’époque, l’équation : R = C + E (avec R = revenu, C = consommation et E = épargne) était ignorée par l’Etat, sauf à considérer pour lui, que R était uniquement lié au(x) revenu(s) du travail salarié.
 
Dans les mois qui ont suivi 2007, L’Etat avait confirmé, avec son égo toujours surdimensionné, que le "travailler plus" était bien le seul instrument qu’il mettait à la disposition des Français pour qu’ils puissent augmenter leur pouvoir d’achat et sortir de la crise.
 
Deux ans se sont écoulés. Le résultat est là. Catastrophique ! C’est "le travailler moins" pour gagner moins qui l’emporte, entraînant avec lui la baisse du pouvoir d’achat et la récession.
 
Dans cet esprit et, pour aller à l’essentiel, nous avançons l’idée suivante qui serait de procurer du pouvoir d’achat par le crédit.
 
En effet, le crédit à l’économie est la principale contrepartie de la masse monétaire. A cette occasion, il est le moteur de toute croissance économique. Comme on le sait, le grand danger du crédit, c’est l’inflation. Sauf qu’en cas d’inflation quasiment nulle, comme aujourd’hui, ce risque en epsilon … pour autant que l’Etat ne laisse pas s’emballer les machines à faire du crédit, c’est-à-dire les banques.
 
Relancer l’économie par le crédit, voilà une idée qu’elle est bonne, aurait dit Coluche ! 
 
Que faut-il donc de plus à l’Etat pour avancer dans ce sens et ne plus s’arcbouter capricieusement sur le dogme suicidaire ? Peut-être faut-il lui expliquer la relation qui existe entre le pouvoir d’achat et l’octroi d’un crédit ?
 
Quand une banque fait un crédit, elle donne un pouvoir d’achat immédiat à l’emprunteur en créditant son compte du montant concerné. Avec ce pouvoir d’achat, l’agent économique va investir, consommer … c’est-à-dire donner directement et rapidement du travail aux autres, qui verront alors leur pouvoir d’achat augmenté ou, tout au moins, maintenu. C’est comme cela que ça fonctionne. Et non l’inverse. C’est grâce à ce pouvoir d’achat, donné par le crédit, que le dit agent économique n’avait pas ex ante, qu’il a pu consommer ex post. C’est cela, la mise à disposition d’un pouvoir d’achat anticipé.
 
Alors, l’Etat pourrait nous dire, qu’il n’est pas tout à fait idiot et qu’il y a pensé, notamment dans son plan de relance et dans ses avances de plusieurs dizaines de milliards faites aux banques. De plus, l’Etat nous dit fièrement, qu’à cette occasion il remplit les caisses du contribuable en pratiquant un taux annuel de 8 % pour ses crédits.
 
Là encore, catastrophe ! On tombe sur la tête ! Est-ce bien sérieux de prêter à 8 % quand l’inflation est à 1 % et demain peut-être négative ?
 
L’Etat voudrait tuer toute reprise économie et vider indirectement les caisses, qu’il ne s’y prendrait mieux ! Car enfin, si la banque paie sa matière première, en provenance de l’Etat, au taux réel de 7 %, à combien devra-t-elle la prêter pour couvrir ses frais de structure, ses frais de fonctionnement dont frais de personnels … son risque de contrepartie et, faire au moins epsilon d’euros de bénéfice net comptable ? 10 %, 11 %, 12 % … plus ? Pour l’emprunteur lambda, c’est un taux réel insoutenable. Crise ou pas crise, il renoncera tout simplement à emprunter, à faire son projet et, in fine, à créer du travail pour les autres !
 
Donc, soyons clairs, avec le taux que l’Etat affiche orgueilleusement et de manière outrancière, la banque ne peut pas prêter. Tout au plus, elle ne prêtera qu’aux emprunteurs de première signature ou à ceux qui ont uniquement besoin d’un parapluie quand il fait soleil.
 
Pour résumer, les crédits à 8 % que dispense actuellement l’Etat par dizaines de milliards, ne relanceront en aucun cas le pouvoir d’achat des Français. En aucun cas la machine économique.
 
Alors, que faire concrètement en matière de crédit ?
 
Imaginons que l’Etat consacre seulement 15 petits milliards d’euros pour permettre aux banques d’octroyer des crédits à court, moyen et long terme au taux symbolique de 0,5 % l’an, à des PME, des TPE, des artisans et des ménages plutôt qu’au taux du marché de 6 % ?
 
Prenant à sa charge une bonification de 5,5 %, c’est-à-dire le différentiel entre 6 % et 0,5 %, l’Etat permettrait d’octroyer à son peuple un pouvoir d’achat anticipé sous la forme de 8 500 000 prêts de 15 000 euros chacun, amortissable sur 4 ans en 48 mensualités égales. Ou, plus de 17 millions de prêts de 7 500 euros chacun. Ou, 34 millions de prêts de 3 750 euros chacun, etc.
 
Intéressant et impressionnant, n’est-ce pas ?
 
Sachant qu’en France, l’INSEE recense 2 600 000 entreprises de toutes natures et de toutes tailles et 26 000 000 de ménages, l’Etat a vraiment de quoi faire de nombreux calculs pour bien utiliser ses 15 malheureux milliards d’euros. Nous lui laissons naturellement la mise en place des modalités qui conviennent.
 
Notons encore, que 15 milliards ne sont qu’une hypothèse. L’Etat peut y ajouter les 15 autres milliards de la loi TEPA de juillet 2007 et les 8 milliards de la taxe professionnelle, pour avoir de quoi donner du pouvoir d’achat anticipé aux 26 millions de ménages et aux 2,6 millions d’entreprises, de France et même de Navarre, sans exception. L’Etat peut aussi utiliser ses 23 nouveaux milliards pour prendre à sa charge la totalité des risques de contrepartie dont les banques pourraient se plaindre … à juste titre. Rappelons encore que l’Etat se dit prêt à mettre 320 milliards de plus sur la table, sous forme de crédits par signature  !
 
Donc, ce n’est pas un problème de moyens pour l’Etat. Au-delà du dogme politique qu’il l’empêche de revenir sur son idée du 6 mai 2007, c’est quand même un manque d’imagination de sa part ! Et l’absence d’une pratique terrain aussi. Dommage, car quand on essuie une grosse tempête, les passagers se moquent complètement de savoir si le capitaine est beau, grand, énergique, dynamique … s’il porte un beau costume, une belle caquette et s’il a une belle montre. Ils veulent tout simplement un gars qui soit compétent et, qui n’hésite pas à changer de cap pour sauver le navire, si la tempête le lui impose. Pas plus ! Cela paraît tellement évident !
 
Enfin, si l’Etat adopte la technique du pouvoir d’achat anticipé, il devra tout de même se rapprocher des autres pays de l’Union européenne pour la rendre globalement plus efficace. Et, si possible, l’étendre aux pays du prochain G20. Ainsi, les uns et les autres ne pourront plus craindre de relancer l’économie du voisin en ayant voulu relancer la leur.
 
En définitive, nous remarquons que l’Etat doit vraiment se mettre au boulot et avoir plus d’imagination, plutôt que de dire sans cesse que son job est dur et qu’il est débordé.
 
Tout au moins, l’Etat doit montrer l’exemple en travaillant mieux et donc plus efficacement, sans pour autant travailler plus. S’il ne change pas radicalement, l’Etat va conduire la France vers les 3 millions de chômeurs dès l’autonome 2009.
 

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