Système bancal, virement bancaires et minimas soucieux

par Yann Patin De Saulcourt
mercredi 8 décembre 2010

 

Le 7 décembre 2010 "tant attendu" est enfin arrivé, Cantona n’est pas allé à la banque retirer son argent liquide ! Tout juste à t-il opéré un transfert de 750 000 euros d’un compte à l’autre, pour bien démontrer à tous les moyens de "sa solidarité", face au système bancal ! Bref, l’ex pro du ballon rond s’est dégonflé, sa "révolution" s’est pris le bouillon. Cela ne veut cependant pas dire que l’événement est inutile, dès lors qu’il contribue à éveiller la conscience solidaire, dans un système qui demande à s’humaniser.
 
Le système bancaire, lui, en a-t-il profité pour mieux spéculer encore sur le dos des allocataires des minimas sociaux ? La question peut se poser, légitimement. En effet, la Banque Postale n’a pas crédité notre CCP des prestations CAF-RSA à la date prévue. Dès lors que ça ne tombait ni le week-end, ni un jour férié, elle aurait du le faire dans la nuit du 6 au 7 sur les comptes pourtant largement exangues, tel que je l’expliquais déjà dans mon article de vendredi 3 décembre dernier, publié sur Agoravox : Spéculations intolérables avec les minimas sociaux.
 
Du coup, pas de possibilité de retrait de liquidité en cette journée si particulière, ni d’utilisation de notre carte bancaire à débit immédiat. Encore moins l’achat de courses alimentaires ! Elles font donc cruellement défaut. Nous qui croyons remplir le "frigo", en ce jour "faste et révolutionnaire" de "début" de mois déjà bancal , pour le tributaire des minimas !
 
La journée du but raté de "Cantona" aurait-elle donc des effets pervers, ou va-telle permettre de rebondir, jusque dans les filets ? La Banque Postale a-t-elle voulu contrer la journée d’action contre le système, en empêchant un retrait "massif" potentiel des liquidités sur ses petits comptes , ce jour là ? Si elle avait voulu jeter la suspicion sur une pratique surprenante, d’autant qu’elle est inexpliquée, elle ne s’y serait pas prise autrement ?

Pour tenter d’en avoir le coeur net, j’ai appelé "mon banquier" à 11h 15, ce 7 décembre. Après avoir composé le numéro de la Banque Postale, j’ai donc eu l’agréable voix d’hôtesse d’un message automatique que je n’avais jamais entendu auparavant  :

"Vos prestations Caisse d’allocation familiale sont disponible sur vos comptes épargnes le 7 décembre, et sur vos compte courants postal le 8 décembre"... "Si vous voulez ceci ou cela, appuyez sur la touche bla-bla-bla"...


Belle voix féminine en boucle, pour "vous consoler" de la misère persistante, en signifiant au passage que l’on pénalise en plus ceux qui ont un compte courant, au bénéfice de l’économe pouvant, lui, se permettre de l’être. Fi du besoin de cet argent dans l’urgence, pour les centaines de milliers de gens aux minimas soucieux  ! Beau timbre donc, presque "suave", pour nous permettre finalement d’apprécier à sa juste valeur comment un système robotisé et déshumanisé gère la crise "potentielle"... Comment ? En coupant les vivres, sans la moindre explication sérieuse, valable et rationnelle qui soit ! Avons nous encore le droit de vivre notre vie, sans avoir à subir des retards aussi douteux que suspects qu’ils deviennent cruels et lourds à supporter pour ceux qui les subissent !?

Après l’inévitable appui sur la touche indiquée, j’ai pu parler enfin à une employé fort aimable, ma foi, qui me renvoie avec compréhension, empathie et politesse, non feinte, "à la direction à laquelle il me faut donc écrire"... Ou bien alors "à la CAF" qui serait, éventuellement, responsable de se retard, "fort probablement d’ailleurs", justifie-t-elle pour conclure !? " Langue de bois", "éléments de langage policés", quels ont été les ordres concernant la politique de l’exclusion de l’enquiquineur, qui préside au besoin de mentir, au moins par omission ? Impossible de le savoir... La CAF a pourtant le dos large, semble-t-il ? Ils disent en effet que la date de déblocage pour créditer les banques est régulièrement, pour eux, le cinq de chaque mois.
 
Pas possible, non plus, d’obtenir un numéro dé téléphone d’une directrice ou d’un directeur de la Banque Postale. L’entité hautement responsable, totalement inaccessible pour le commun des mortels, n’a évidemment pas le moindre intérêt qui soit à parler avec un tel "sous-client". Surtout si celui-ci ne représente qu’un sous-intérêt infiniment négligeable, puisqu’il est "au RSA". Dommage, je voulais dialoguer au sujet de cette spéculation potentielle avec un responsable digne de ce nom. Comme chacun le sait , dans ce genre de système cloisonné, "il n’y a plus de responsable au numéro que vous demandez", il sont naturellement tous "en dérangement". D’ailleurs la Poste et les télécommunications, c’était au millénaire dernier...

Mais revenons à cette étonnante journée de retard dans le versement des minimas sur nos comptes courants. Comment s’y prendre pour culpabiliser l’action initié par Eric Cantona, sinon que de lui faire porter le chapeau de l’interdiction implicite de retraits intempestifs indésirables, pour le banquier plus soucieux de sa solvabilité et de ses actionnaires, que du réfrigérateur des défavorisés ? De là à prendre en otage les allocataires des minimas sociaux, le jour du délit révolutionnaire ? " Après tout pourquoi pas, puisque les périodicités de virements varient bien de 30 à 35 jours pour recevoir enfin sa portion congrue minimaliste, sur son compte a rebours des fins de mois inter-minables ? "Ah, qu’il est débile et laid le délai du débit bancaire" !
 
Ils ne pouvaient pas trouver mieux finalement, à la Banque Postale, pour s’offrir l’opportunité de spéculer une journée de plus, ce mois ci encore, avec cet argent solidaire. ainsi judicieusement bloqué ? De quoi se réjouir de l’initiative d’Eric Cantona ! Une chance, nous avons pu faire 4,50 euros de course, finalement, de quoi manger le soir, a minima aussi, grâce à un chèque de remise de notre supermarché habituel, relativement à nos courses du mois précédent. Voila le "superbe" résultat à effet de banqueroute immédiat pour le handicapé de la fortune auquel il fallait donc s’attendre. Cantona, lui, n’a certainement pas mesuré les conséquences de ce que ça pouvait impliquer, de ce point de vue là, si toutefois il s’agit bien d’une conséquence en terme de dommages collatéraux de cet "avortement révolutionnaire".
 
"Estimons nous heureux de bénéficier de l’aide sociale", certes, vont nous dire les handicapés du coeur qui rêvent de nous la supprimer, de sorte que "tous ses fainéants" aillent au boulot ! Quoi qu’il en soit, même si nous pouvons estimer que ce qui c’est passé autour du 7 décembre permet certaines prises de conscience que l’on souhaite tous salutaires, vu le nombre d’articles éclairants dénonçant les abus du système bancaire, son inhumanité et les possibles évolutions , et bien, comme d’habitude, se sont toujours les plus pauvres qui trinquent, essuient les plâtres et dégustent !
 
C’est d’ailleurs ce qui me fait dire que la "Fracture" (sociale), et la "Rupture" (Sarkosyste), sont "les deux gamelles de la France" ! Des millions de gens mangent dedans, sous le paillasson du seuil de la pauvreté ! L’élite s’essuie les pieds dessus. D’ailleurs, si Nicolas Sarkosy fait sa prochaine campagne sur le thème de la déchirure démocratique, on saura cette fois qu’il ne s’agit pas d’un mensonge !
 
Des banques réellement solidaires, avec la possibilité pour les "petits" d’y ouvrir un compte sans frais exorbitants et l’exigence de paiement des minimas à date régulière, à 30 ou 31 jours réels, sont une nécessité absolue ! Ceux qui attendent le versement de leur ratio social avec une légitime impatience, après avoir vécu un mois de plus dans la précarité, bouclé la "faim" de mois aux Resto du coeur ou à la banque alimentaire, ont aussi ce droit à la dignité humaine sur ce plan. Est-ce trop demander ?
 
La dignité des banquiers, celle des dirigeants politiques, des hauts fonctionnaires, des administrations concernées, des dirigeants de la CAF, en concertation à cet effet, serait de la leur reconnaître. Il s’agirait de faire le nécessaire humainement et simplement, pour favoriser et même contraindre à des versements ponctuels et donner des explications rationnelles et respectueuse du besoin de les avoir, lorsqu’il y a un problème, tel un retard. Ceci plutôt que devoir sentir que "des technocrates jouent avec les nerfs" déjà mis durement à l’épreuve de ceux qui ont ainsi à supporter l’indignité de leur situation en prime, en stock sans option et sans le moindre parachute.
 
Une éthique sérieusement remise à jour serait ici une attitude humaniste de soutien solidaire précieux, donnant un sentiment d’existence plus digne pour se sentir ainsi plus humainement pris en compte.

 


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