Tesla : la tulipe du 21ème siècle

par Laurent Herblay
samedi 1er août 2020

Plus de 300 milliards  ! C’est la capitalisation boursière qu’a atteint Tesla, déclenchant un bonus à 10 chiffres pour Elon Musk. Tesla est tout simplement le constructeur automobile qui vaut le plus en bourse aujourd’hui ! Pourtant, le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats du deuxième trimestre devraient inciter à la prudence. Une nouvelle preuve de la folie des marchés.

 

Tesla vaut trois fois plus que BMW et Mercedes réunis !
 
J’attendais avec impatience les résultats de ce trimestre pour essayer de comprendre ce qui a pu pousser les marchés financiers à propulser la valeur boursière de Tesla à un niveau aussi extravagant. En bourse, Tesla vaut théoriquement trois fois plus que BMW et Mercedes réunis, dont les seuls profits s’approchent pourtant du chiffre d’affaires de Tesla, et même près de deux fois plus que BMW, Mercedes et Volkswagen réunis ! La meilleure résistance de Tesla à la crise actuelle par rapport aux autres constructeurs, avec une baisse des revenus de seulement 5%, et le fait de réaliser un profit pour le quatrième trimestre consécutif semblent justifier la valorisation de l’entreprise pour les marchés. On peut juste souligner que le cours de l’action a sensiblement baissé en fin de semaine.
 
Pourtant, les chiffres communiqués le 22 pourraient être interprétés de manière extrêmement inquiétante. Bien sûr, Tesla se targue d’être le seul constructeur à avoir augmenté ses livraisons au premier semestre, mais cet argument est un peu court. D’abord, le constructeur réalise une grande partie en ligne et s’appuie bien moins sur son réseau physique, qu’il avait menacé d’abandonner pour faire des économies l’an dernier. Il était donc logique qu’il résiste beaucoup mieux. En cela, le recul de 5% du chiffre d’affaires n’est pas une si bonne performance, d’autant plus que la valorisation de Tesla devrait reposer sur une forte croissance. Pire, le prix moyen des véhicules vendus baisse, un signe inquiétant, probablement la conséquence d’une concurrence allemande qui se renforce à grands pas…
 
En outre, si Tesla a généré un profit, celui-ci provient exclusivement de la vente, pour 428 millions de dollars, de crédits réglementaires d’émission de CO2 à ses concurrents. Enfin, malgré cela, les niveaux de marge restent sensiblement inférieurs à ceux des marques allemandes. Bref, le second semestre sera critique et Tesla devrait fortement renouer avec la croissance et amplifier ses progrès en matière de marges pour justifier ne serait-ce qu’une infime partie de la valorisation de l’entreprise. On peut estimer qu’un constructeur automobile qui vendrait un million de voitures, réaliserait 60 milliards de CA et 3 milliards de profits devrait valoir environ 20 milliards en bourse. Aujourd’hui, Tesla aura du mal à réaliser la moitié de cela, tout en valant 15 fois plus. En clair, l’action Tesla est 15 à 30 fois trop cher !
 
La valorisation totalement extravagante et déconnectée de la réalité de Tesla démontre à nouveau la folie des marchés financiers, qui se comportent avec son action comme les spéculateurs du 17ème siècle avec les bulbes de tulipe. Tesla n’est pas Google, Facebook ou Amazon. Renault vient de reprendre la première place en Europe pour la vente de véhicules électriques et l’offensive des constructeurs allemands ne fait que commencer. L’action Tesla finira par percuter le mur de la réalité. Et même si cela prend du temps et permet aux fans de moquer les cris d’alarme de ceux qui s’inquiètent de la bulle, l’effondrement viendra car le cours actuel n’a absolument aucun sens. Il démontre néanmoins l’ampleur des dysfonctionnements des marchés financiers, qui sont, à son sujet, totalement étrangers à la raison.
 
L’effondrement de l’action Tesla est quasiment certain, même s’il peut tarder. Le recul du permier semestre 2019 n’était qu’un amuse-bouche par rapport à ce qui arrivera quand les marchés financiers réaliseront que Tesla ne peut pas valoir 300 milliards et que la valeur réelle de l’entreprise est au moins 10 fois inférieure. Il y aura du sang sur les murs quand la réalité rattrapera la créature d’Elon Musk.
 

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