Tous inégaux !

par Impat
lundi 29 octobre 2018

Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche.

L’univers comporte quelques caractéristiques étonnantes.

Un circuit d’eau ne fonctionne que s’il existe une différence de niveau ou de pression entre deux zones. Un circuit électrique ne fonctionne que si on peut mesurer une différence de tension, des « volts », entre deux points. Et l’intensité du circuit est d’autant plus grande que cette différence de tension est grande.

Il faut s’y faire. La « différence » est source de vie, elle est la vie, elle est l’énergie.

Vouloir l’uniformisation, le plat, le tous pareils, c’est vouloir l’immobilisme. Si tout est identique, aucune force ne se déclenche pour que « ça bouge ».

Alors on peut toujours imaginer que les revenus financiers des citoyens deviennent identiques. Dans cette construction abstraite tout le monde se retrouve avec les mêmes moyens concrets d’existence. Et comme à ce jour la production de richesse est une grandeur certes variable mais non infinie, comme tout le monde ne peut être riche, pour être tous au même niveau il faut que tout le monde soit pauvre. Et c’est, au fond, cela qui est souhaité par quelques rêveurs trop cartésiens. Il leur apparaît logique que la même richesse bénéficie à tous, et cette logique les conduit à vouloir sciemment, ou inconsciemment, appauvrir tout le monde.

Néanmoins d’autres « penseurs », certainement moins logiques mais plus pratiques, s’emploient plutôt à rechercher comment enrichir tout le monde quitte à enrichir certains plus que d’autres. Mais comment ?

Si la répartition très inégale des richesses consistait à voir les « riches » s’enrichir au détriment des « pauvres » il faudrait y voir une injustice profonde et la nécessité d’y remédier. Mais c’est le contraire qui se produit. L’enrichissement de quelques-uns conduit à l’enrichissement d’un plus grand nombre. Ce que certains appellent sottement la théorie du ruissellement n’est ni une théorie ni un ruissellement : c’est un constat et une cascade. En effet que se passe-t-il quand une personne devient fortunée, que ce soit par son travail ou par héritage ? Si l’on excepte quelques sordides grippe-sous qui collectionnent les billets ou les lingots dans une lessiveuse, lorsqu’une personne, ou une famille, dispose d’un excès d’argent elle ne peut en faire que deux choses : consommer ou investir. Ou les deux.

Or dans les deux cas cette opération constitue un transfert de richesse, soit directement par la consommation, soit indirectement par l’investissement. Parallèlement ce transfert entraîne de l’activité rémunérée, donc de l’emploi.

Qu’on ne se méprenne pas. Ce transfert ne s’apparente en rien, de près ou de loin, à un acte généreux de la part du décideur de ce débours. Il le fait, le plus souvent, pour le simple et unique motif de rentabiliser son argent. Si, par ailleurs, il a une âme de généreux mécène et distribue quelque don, eh bien tant mieux pour les bénéficiaires du don mais cet acte est marginal en regard de la cascade d’enrichissement déclenchée par l’activité de rentabilisation de l’argent dépensé. Cette dernière opération est un acte insensible, dénué de tout sens moral, mais dont l’effet cumulé est incommensurablement plus conséquent que celui des actes généreux évidemment plus rares.

C’est par ce biais naturel que la richesse des riches entraîne la décrue de la pauvreté des pauvres. La sagesse populaire le dit depuis longtemps, partout et toujours, à l’instar du proverbe chinois : « Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent de faim » tandis qu’à l’autre extrémité du spectre sociétal, le président Abraham Lincoln ne disait pas autre chose : « Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche ».

La conséquence majeure de cet état de choses, il faut la mettre en pleine lumière et la répéter inlassablement : un pays qui diminue le nombre et la richesse des riches, inéluctablement, appauvrit les pauvres et augmente leur nombre.

Mais quel pays aurait l’idée d’inciter ses riches à devenir moins riches, voire à les faire partir ? On vous le demande…

On pourrait rétorquer que ce rôle indispensable de consommateur et d’investisseur, au lieu d’être laissé aux riches, devrait être confié à l’État. C’est tout à fait imaginable. Ce fut même imaginé, et pratiqué pendant 70 ans en Russie. Pourquoi cela n’a-t-il pas marché ? Passons sur les conséquences liberticides et limitons-nous aux conséquences économiques. Ces dernières tiennent en une phrase : un État ne sait pas créer et investir dans les petites unités, les PME. Un État sait consommer, il sait emprunter ( !), il sait parfois décider de très gros investissements à l’échelle nationale. Mais ce sont les PME qui créent l’emploi et la richesse, et aucun État n’a jamais su les créer et les faire vivre. Les PME, c’est une affaire de liberté économique, de créateurs imaginatifs, de goût du risque calculé. Une affaire d’entrepreneurs. C’est un fait d’expérience : l’État, avec ses politiques et ses administrations, n’est pas apte à exercer en ce domaine. Ce n’est pas un hasard si la France, où l’État est roi dans les esprits et dans les faits, manque de petites entreprises et ne manque pas de chômeurs…

Le mal de ce pays, du moins l’une de ses sources, c’est qu’il manque de riches. Alors l’inégalité est peut-être, selon certains, un mal, mais un mal nécessaire. D’ailleurs on prône la diversité, et on veut que tous soient au même niveau ? Est-ce vraiment un mal que d’accepter la diversité du monde ?


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