Zone euro : la fin du rÍve.

par bara paul karim
jeudi 30 septembre 2010

La Zone Euro a connu une grave crise de la dette souveraine qui s’est concentrée sur les PIIGS (Portugal, Ireland, Italie, Grèce et Espagne). En effet dans ces pays les salaires ont cru à un rythme supérieur à celui de la productivité, ce qui a entraîné un énorme déficit des comptes courants et une croissance au ralenti due à une perte de compétitivité. L’augmentation de l’Euro entre 2002 et 2008 a donné le coup de grâce.
 
Le problème structurel de la Zone Euro : les différences de productivité.
 
Avant la « grande récession de 2007-2008 », les excédents de balances courantes des pays du cœur de la Zone Euro (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande ...) correspondaient, pour l’essentiel, aux déficits des pays de la périphérie de la Zone Euro (les PIIGS). Ils résultaient du déficit du secteur privé (ménages et entreprise) de ces pays.
Après la crise actuelle, on a observé que le déficit du secteur public s’est substitué à celui du secteur privé. L’Espagne affichait ainsi, avant la crise, des excédents budgétaires.
 
A partir de cela, on comprend mieux la relation structurelle existant entre la dette privé et la dette public. On peut donc en conclure que l’augmentation de la dette publique et du déficit budgétaire de ces pays est la conséquence d’une perte de compétitivité due à la crise.
 
Les PIIGS ne maîtrisant plus leur politique monétaire, ni leur politique de taux de change. Ils ont perdu les seuls moyens qui leur permettaient d’atténuer les effets de la récession. Ils ne peuvent recourir à une dévaluation nominale (baisse du taux de change nominale), mais doivent recourir à une dévaluation réelle.
Ils doivent donc réduire les prix et leurs coûts de production, dont les coûts salariaux, de 25 à 30 %, tout en réduisant la dépense publique sur une période de 3 à 5 ans.
 
L’Allemagne a mené une politique similaire après la réunification, mais il s’agissait d’une « dévaluation réelle douce » puisqu’elle a pris environ 10 ans.
 
Ces pays sont donc condamnés à une décennie de croissance faible et de chômage structurel fort (environ 20% en Espagne), d’autant plus qu’ils risquent de tomber dans le piège mortel de la dette.
En effet si l’on réduit la dépense publique et on augmente les impôts, on accroît les effets de la récession : baisse de la croissance et augmentation du chômage, ce qui réduit les recettes fiscales. Dans ce cas, il devient impossible d’atteindre un objectif de réduction des dépenses publiques.
C’est dans ce piège mortel qu’était tombée l’Argentine en 1998 et 2002.
 
Si l’on raisonne maintenant au niveau de la Zone Euro, il est certain qu’il est impossible de créer une Union Économique et Monétaire, c’est à dire d’avoir une monnaie commune, sans un budget commun. Les différences de productivité à l’intérieur de la Zone Euro doivent être compensé par des transferts budgétaires.
 
Le chancelier KHOL l’avait formulé de la manière suivante : « il est illusoire de tendre vers une monnaie commune, si on accentue pas l’intégration politique ».
 
Le plan d’aide à la Grèce d’un montant de 130 milliards d’Euros ainsi que le fond de stabilisation de 750 milliards d’Euros ne sont que des mécanismes de gestion de crise dans l’urgence, qui permettent de gagner du temps et surtout d’éviter une nouvelle crise bancaire.
 
Ils ne règlent pas le problème structurel de la Zone Euro, les différences de productivité et leurs conséquences sur la dette souveraine.
 
A partir de ce qui précède, on peut envisager deux scénarios.
 
Les deux scénarios envisageables : reconstruire la Zone Euro par le haut ou par le bas.
 
Il faut commencer par éliminer un premier scénario qui consisterait pour les pays de la Zone Euro à se doter d’une politique budgétaire et fiscale commune ce qui aurait permis d’émettre des bonds européens.
Dans ce cas, dans un premier temps, l’Allemagne aurait du accepter d’augmenter sa dépense publique afin de relancer sa consommation alors que les pays de la périphérie auraient mis en oeuvre des réformes structurelles.
Elle a, au contraire, mis en place un ambitieux plan de réduction de la dépense publique d’un montant de 80 milliards d’Euros qui lui permettra d’atteindre un déficit budgétaire de 3% du PIB à l’horizon 2013.
Elle a, en outre, fait inscrire dans sa loi fondamentale (la constitution), l’impossibilité d’avoir un déficit budgétaire à l’horizon 2016.
 
On peut donc dire que la voie du fédéralisme budgétaire est fermé, d’autant plus que les états sont réticents à transférer leurs prérogatives en matière de politique économique.
 
Ils ne restent que deux scénarios envisageables : la reconstruction de la Zone Euro par le haut ou par le bas.
 
La reconstruction par le haut :
 
L’Allemagne en fermant la voie de l’union budgétaire avec une discipline stricte, oblige la Zone Euro à accepter les défauts souverains des pays de la périphérie mais à une échéance de 3 à 5 ans.
 
Dans la logique allemande, ces pays ne seront pas à même d’atteindre les critères de convergences et devront être exclus de la Zone Euro, même si la chose n’est pas possible dans le cadre des traités constitutifs.
 
Une autre hypothèse évidemment, c’est que les pays de la périphérie décide de quitter la Zone Euro ( après avoir éliminé leurs déficits budgétaires ), afin d’éviter les affres de la dévaluation réelle. Ils préféreraient mettre en place une dévaluation nominale et/ou une restructuration de leurs dettes souveraines, ce qui limiterait les risques de crise sociale et politique..
 
La reconstruction par le bas  :
 
L’Allemagne lassée d’avoir à financer les errements de gouvernements, qu’elle juge irresponsables, quitterait la Zone Euro, sous la pression de son opinion publique.
 
Dans ce cas la nouvelle monnaie allemande aurait un cours supérieur à celui de l’Euro, ce qui obligerait cette dernière à se recentrer sur son marché intérieur.
 
La baisse de l’Euro, pour les pays de la Zone Euro, aurait pour effet de stimuler les exportations et de réduire les importations. On pourrait, dans cadre, envisager à moyen long terme de réouvrir le dossier de l’union budgétaire.
 
Ce scénario ne peut fonctionner que si on réduit les écarts de productivité, ce qui aura pour effet de réduire les spreads sur la dette souveraine.
 
En conclusion, les deux scénarios envisageables : reconstruction de la Zone Euro par le haut ou par le bas, montrent qu’un grand rêve européen a pris fin : celui des États-Unis d’Europe.
 
Dans un contexte de crise, la réduction de la dépense publique et l’augmentation des impôts dans tous les pays de la Zone Euro aura pour effet de réduire la croissance et de faire augmenter le chômage, ce qui laisse présager un second épisode de la crise de la dette souveraine et une nouvelle crise bancaire.
 
Le fléchissement de la croissance américaine (au deuxième trimestre), montre que celle-ci était due à l’augmentation de la dépense publique et aux transferts qui en résultent, la dépense privée n‘ayant pas pris le relais, l’extension de la crise de la dette souveraine aux États-Unis est fort probable.
 
Les hypothèses, les plus vraisemblables, sont celles d’une récession à double creux (double dip) ou d’un scénario à la Japonaise. Dans ce contexte, un investisseur intelligent aurait intérêt à sortir des marchés actions et obligataires (les taux réels sont négatifs), afin de se positionner sur un actif tangible qui peut jouer le rôle de substitut aux monnaies papiers : l’or, en privilégiant l’or physique au détriment de l’or papier.
 
 

Lire l'article complet, et les commentaires