Au chaud sur la terre de glace

par olivier cabanel
mercredi 3 septembre 2008

Située au sein d’une Europe liée au pétrole et au nucléaire, une île, l’Islande, est passée du statut de très pauvre, à l’inverse, grâce à son choix écologique.

La fin de la misère islandaise a commencé après son indépendance, en 1944.
Jusque-là, ce pays de 309 700 habitants avait connu la famine, la peste, la pauvreté, à quoi venaient s’ajouter les catastrophes naturelles.
Aujourd’hui il accumule les records :
Il a l’indice de fécondité le plus élevé d’Europe, le record mondial d’espérance de vie pour les hommes (79,4) et second après le Japon pour les femmes (82,9), le plus faible taux mondial de mortalité enfantine (2,3).
L’Islande est même devenue le 5e pays le plus riche du monde, avec une croissance de 2,6 en 2006, un taux de chômage de 2,9 et une inflation de 6,7.

Mais son record le plus original demeure qu’il est le premier producteur de bananes d’Europe.
Il faut dire que, tout comme la France, elle a la chance d’avoir des ressources géothermiques importantes.
Elle produit donc des bananes sous serres chauffées grâce à cette énergie propre et inépuisable.

L’Islande a joué la carte de l’écologie.
Elle produit toute son énergie sans pétrole ni nucléaire, elle peut être fière d’être l’Etat le moins pollué de la planète.
Près de 99 % de son électricité est d’origine hydraulique, ou géothermique.

Les Islandais ne se contentent pas de vivre en harmonie avec les forces de la Terre, ils en tirent profit depuis longtemps.
L’Islande est devenue le premier pays du monde pour l’exploitation de la chaleur de la Terre, et ses ingénieurs sont reconnus dans le monde entier comme les experts de la géothermie.
Cette géothermie permet de chauffer 85 % des maisons et, même depuis quelques années, les trottoirs et les rues de Reykjavik.
Original pour ce pays qui flirte avec le pôle Nord.
Tout près du volcan Krafla, les Islandais ont construit une grande centrale géothermique ultramoderne.
La cathédrale du feu de la terre.

Il y a naturellement quelques dangers, car la zone est encore extrêmement active, et l’immense bâtiment est parfois secoué par les mouvements du sous-sol.
Dans la péninsule de Reykjanes, la centrale de Svartsengi utilise un forage de 2 000 mètres de profondeur pour extraire une eau sous pression à 240° qui fait tourner de puissantes turbines à vapeur.

Joignant l’utile à l’agréable, les Islandais ont utilisé le trop-plein des eaux chargées en silice, pour alimenter un lac artificiel d’une couleur irréelle : le lagon bleu.
C’est devenu un lieu de baignade apprécié toute l’année autant par les Islandais que par les touristes, l’eau étant continuellement à 40°.

Une autre originalité énergétique est l’utilisation de la pile à combustible :
C’est le principe inverse de l’électrolyse de l’eau. Le cœur comprend une électrode positive et une électrode négative, séparées par un électrolyte (matériau qui bloque le passage des neutrons). Grâce au catalyseur (platine couvrant les surfaces actives des électrodes), l’hydrogène se combine avec l’oxygène, générant à la fois eau, chaleur et électricité. Souvent l’eau ainsi produite s’évacue naturellement dans l’air sous forme de vapeur.

Grâce à l’énergie géothermique, l’Islande est l’un des rares pays capables de produire de l’hydrogène dans des quantités suffisantes, et à un prix abordable.
Elle possède tout un parc de véhicules fonctionnant grâce à cette pile à combustible, l’hydrogène étant distribué dans les stations-service.
N’y a-t-il pas là un exemple pour nous tous ?

Car comme disait un vieil ami africain :
« L’éléphant ne peut pas courir et se gratter les fesses en même temps ».

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