Changement climatique et nucléaire, l’amalgame

par Enjeux Electriques
vendredi 9 août 2013

Où en sont les Français par rapport au changement climatique et au nucléaire ? C’est la question que pose le baromètre de l’opinion sur l’énergie et le climat 2013. Réalisé en plein débat sur la transition énergétique et paru juste après la publication de ses recommandations, il a de quoi interpeller.

Mené pour le compte du Commissariat général au développement durable (service du Ministère de l’écologie), ce sondage a mis en évidence qu’un tiers des Français serait climato-sceptique. Selon cette partie de la population, le changement climatique n’existe pas ou n’est pas dû aux activités humaines. Que l’on se rassure, deux tiers des Français sont, eux, convaincus que le réchauffement climatique est une réalité et qu’il est lié aux émissions de gaz à effet de serre. 

Là où le baromètre devient particulièrement instructif, c’est lorsqu’il compare les opinions sur le nucléaire en fonction de l’avis sur le changement climatique.

Deux choses en ressortent :

  1. Parmi les personnes qui se sentent concernées par le réchauffement climatique, il y a autant de partisans de l’atome que d’opposants.
  2. Les climato-sceptiques sont largement favorables à l’énergie nucléaire.

De prime abord, ces résultats ont de quoi étonner.

En effet, les organisations écologistes les plus visibles (Europe Ecologie-Les Verts, Greenpeace…) font l’amalgame entre le combat contre le réchauffement climatique et celui contre le nucléaire. Or, le nucléaire ne produit qu’une quantité infime de gaz à effet de serre (extraction de l’uranium…), elle n’a donc pas d’impact sur le réchauffement climatique. De ce fait, on peut rationnellement soutenir le nucléaire comme énergie contribuant à limiter le changement climatique, c’est par exemple la position de Jean-Marc Jancovici.

Concernant le goût des climato-sceptiques pour l’atome, l’explication se trouve dans le baromètre lui-même. Les Français qui n’adhèrent pas à la thèse du réchauffement climatique mettent en avant que le nucléaire est un facteur de l’indépendance énergétique du pays et qu’il contribue à maintenir les prix bas de l’électricité. Cette focalisation sur la facture est l’un des grands chevaux de bataille des climato-sceptiques : la lutte contre le changement climatique est ruineuse en plus d’être inutile. Dans cet esprit, le nucléaire est favorablement accueilli pour la seule raison de ses faibles coûts.

Le travail de pédagogie à propos du changement climatique est loin d’être terminé : un tiers de Français climato-sceptiques, c’est beaucoup. Ce refus de tenir compte de l’évidence scientifique s’explique en grande partie par la peur du coût économique de changer nos habitudes énergétiques. Pour autant, les acteurs de la vie publique qui mélangent lutte contre le réchauffement climatique et lutte contre le nucléaire ne font qu’ajouter à la confusion. Faute d’établir clairement lequel de ces deux sujets doit être la priorité, l’environnement risque de perdre dans les deux cas.


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