Eau du robinet : le débat tabou du Forum de l’Eau

par Oh Long Johnson
mercredi 28 mars 2012

A la veille du Sommet de l’Eau, 95% des français s’inquiétaient de l’impact sanitaire des polluants dans notre eau, selon un sondage Harris.

Au même moment, l’Association Santé Environnement France publiait un bilan de l’impact des pollutions de l’eau sur notre santé. Une piqure de rappel bien sentie pour se rappeler que :
 
- la présence de nitrates associée à des pesticides induits des risques cancers même à faible doses,
- la présence d’arsenic, de chrome ou de nickel peut générer des troubles respiratoires, nerveux et digestifs,
- la présence d’aluminium dans l’eau induit des risques d’Alzheimer
- qu’une exposition de longue durée à des doses –même faibles- à des résidus de pesticides a des effets néfastes sur la reproduction (malformations). 
 
Autant de problèmes sanitaires liés à la qualité de l’eau en France qui n’ont quasiment pas été abordés (au vu du programme en ligne)*. Lorsqu’on sait que le Forum Mondial de l’Eau est en partie financé par les entreprises de distribution d’eau, on comprend mieux cet oubli !
 
Fort heureusement, Que Choisir et 60 millions ont profité de la fin du sommet pour sortir des données sulfureuses sur l’eau du robinet.

Des travaux qui montrent que le modèle de l’Eau à la française échoue, tant sur le plan qualitatif que quantitatif, à assurer la préservation de l’ensemble de nos ressources en Eau.

2 millions de Français boivent une eau du robinet non potable !
 
En 2011, l’eau est arrivée non-conforme au robinet de 2 millions de consommateurs ! C’est le chiffre choc révélé par Que Choisir qui a épluché l’ensemble des relevés de qualité d’eau fournies par les communes.
 
Les dépassements de produits agricoles sont les plus importants : ils concernent un million de français !
 
Or on sait qu’une eau contaminée en pesticides, en nitrates ou en sélénium, peut avoir des effets repro-toxiques et favoriser l’apparition de différents cancers. Les habitants des régions les plus agricoles – Bassin Parisien, Nord et Champagne – sont les plus exposés.

Depuis 10 ans, se désole l’association de consommateurs, aucun progrès n’a été enregistré en matière de rejets de pesticides. Pire encore, la situation devrait probablement empirer : un décret autorise aujourd’hui des doses de pesticides 5 fois plus importantes dans notre eau du robinet. **

Pourquoi ?
 
Tout simplement parce que le « modèle français de l’eau » préfère le principe du « pollué payeur » à celui « pollueur-payeur » !
 
Ce ne sont pas les agriculteurs qui paient pour réparer les dégâts des pesticides. Mais bien les consommateurs qui s’acquittent d’une redevance pollution. Cette contribution alourdit la facture d’eau de 7% à 12% ! Soit 640 millions à 1 140 millions d’euros annuels !
 
Mais où va l’argent de la dépollution ?
 
Est-il investit dans des alternatives aux pesticides ? Dans des dispositifs d’incitations pour aider les exploitants à diminuer l’usage de pesticides ? Ou des dispositifs pour faire respecter les lois en vigueur ?
 
Pas du tout ! Cette redevance sert à augmenter les marges des multinationales de l’eau...Car Il est plus rentable de vendre des prestations de dépollutions que de réduire les pollutions en amont !
 
Le grand gaspillage
 
Autre signe du mépris des distributeurs d’eau pour la préservation de la ressource, 60 millions de consommateurs  révèle que les plus gros consommateurs d’eau sont récompensés par un tarif dégressif. Ce qui signifie que tous ceux qui font des efforts pour ne pas gaspiller trop d’eau au quotidien – particuliers comme agriculteurs – paient un prix du mètre cube plus chère !
Démonstration, selon 60 millions de consommateurs :
 
- ceux qui consomment moins de 30 m3 paient un prix de 5,40 euros le mètre cube,
- ceux qui utilisent plus de 120 m3 d'eau paient 3,08 euros le mètre cube.
 Une tarification qui incite à consommer toujours plus d’eau. Sans jamais se soucier de l’épuisement de la ressource !
 
Quand on sait, en plus, qu’1 litre d’eau du robinet sur 4 se perd dans les fuites des canalisations, on comprend que la préservation de nos ressources en eau est bien le dernier des soucis des distributeurs d’eau…
 
Une vérité probablement difficile à prononcer dans un Forum de l’Eau qui ressemblait plus à une vitrine pour l’exportation du modèle de l’eau à la française et ses entreprises, qu’à une conférence sur l’environnement… 
 
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* Certains sujets cruciaux ont été abordés comme le choléra qui continue de tuer les plus vulnérables en Afrique, le « stress hydrique » qui menace la paix au Proche Orient ou les barrages hydro-électriques qui ont un impact carbone bien plus conséquent que prévu. Mais rien, parmis les 250 sesssions, sur l’exposition des populations aux résidus chimiques et agricoles en France.
 
** si l’on en croit l’association environnementaliste Générations Futures

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