Eau du robinet : pourquoi ša coupe ?

par Oh Long Johnson
mardi 29 mai 2012

En 2011, 2 millions d’usagers ont subi une coupure d’eau liée à des problèmes de conformité aux normes de potabilité, selon une enquête de Que Choisir.
 
Partout en France, ces coupures d’eau récurrentes – disponibles en un coup d’oeil sur Google Map - montrent la dégradation des ressources et du réseau.
 
Un triangle de "turbidité" dans le Nord de la France
 
 
Au Nord de la France, dans le triangle Le Havre-Rouen-Dieppe, se dessine une zone très souvent affectée par des coupures d’eau liées à la « turbidité de l’eau » ( voir la carte en Seine et Maritime ou dans le Calvados).
 
Cette turbidité se manifeste par une coloration marron ou brune de l’eau du robinet, accompagnée d’un goût et d’une odeur désagréable pour le consommateur. Une turbidité dont on sait qu’elle est à l’origine de nombreuses gastro-entérites. Ce défaut de qualité de l’eau du robinet serait responsable chaque année de 10% à 30% des cas de gastro-entérites en France selon l’Invs.
 
Problème : si les autorités locales invoquent le plus souvent des fortes averses ou des causes naturelles, ces coupures répétées de turbidité sont en réalité liées à la vétusté des stations de filtrations.
 
 
Les contaminations bactériologiques
 
Particulièrement fréquentes en milieu rurale (exemples dans les Ardennes, en Côte d’Or dans le Lot ou dans le Vaucluse) les contaminations par des bactéries de type E-Coli ou les entérocoques peuvent provoquer de sérieuses intoxications alimentaires (diahrées, vomissements). En général, ces contaminations sont liées à la présence de fumier (comme à Montbelliard) ou à une mauvaise gestion des écoulements de fosse septique.

L’exposition à ces bactéries peut engendrer des troubles intestinaux ou des cystites, plus ou moins graves, en fonction de la virulence des bactéries. Potentiellement, cette eau contaminée peut également être à l’origine de cas de méningites ou d’hépatites.

En 2011, des centaines de coupures ont été prononcées – heureusement suffisamment tôt pour éviter les drames sanitaires – sur tout le territoire pour cause de contaminations bactériennes.
 
Ces incidents sont souvent liés à des insuffisances dans le dosage de la chloration ou à une mauvaise étanchéité du captage et du réseau.
 
Du perchlorate d'ammonium dans l'Ouest et le Nord de la France
 
 
En Juillet 2011, 185 000 usagers de la région de Bordeaux apprennent que leur eau courante est contaminée par un polluant industriel : le perchlorate d’ammonium. Un produit utilisé pour la fabrication de missiles par une usine d’armement en Gironde.
 
Trois mois plus tard, on apprend que plusieurs captages alimentant les robinets des consommateurs du Pas de Calais sont également contaminés. 145 000 personnes sont privées d’eau. Même problème dans le Tarn et Garonne.

Dans le Bordelais, ces taux de perchlorate d'ammonium ont dépassé les 30 microgrammes par litre. Or le seuil maximum établit par l’Anses est de 15 microgrammes pour les adultes et de 4 micro-grammes pour les nourrissons.

Problème : jusqu’en 2011, le perchlorate d’ammonium ne faisait pas partie des produits contrôlés pour déterminer la potabilité de l’eau.
 
Ce qui laisse penser que ces pollutions sont probablement très anciennes. Pendant combien de temps les consommateurs ont-il été exposés ?
 
On sait que ces pollutions peuvent engendrer un déficit d’hormones tyroïdales et affecter la santé des nourrissons de moins de 6 mois.

Par ailleurs, de façon plus ponctuelles, d’autres pollutions industrielles sont régulièrement mentionnées dans les bulletins d’alertes : hydrocarbures à Toulon, antimoine dans le Gard ou arsenic dans le Var.

Pour exemple, une exposition prolongée à des résidus d’arsenic augmentent les risques de cancer de la peau, de la vessie ou du rein.

Plus inquiétant, ces incidents ne révèlent en réalité que la face visible des pollutions industrielles. Car parmi les milliers de polluants rejetés par l’industrie, nombreux sont ceux qui ne font pas l’objet de contrôles spécifiques pour évaluer la qualité l’eau.

Nitrates et pesticides dans la France agricole

En Bretagne, en Champagne ou dans le Nord, les coupures liées à des dépassements en matière de nitrates et pesticides sont à la fois trop fréquentes et trop rares.
 
Fréquentes, car ces coupures liées à des pollutions agricoles ont touchés plus de 30 000 personnes en 2011.
 
Rares, car on sait que ces coupures auraient dû toucher au moins un million de personnes. Selon Que Choisir, il s’agit du nombre de personnes qui ont consommé une eau non-conforme en matière de pesticides et nitrates en 2011.
 
Plus grave encore, cet écart, entre la population réellement exposée et la population informé de non-conformité de l’eau, augmentera considérablement en 2012.

Un décret adopté au début de l’année –et révélé par l’association Générations Futures- autorise un doublement des teneurs en pesticides dans l’eau de consommation.

Si les incidents liés aux pesticides devraient officiellement diminuer, la qualité de l’eau continuera d’empirer !

Une stratégie irresponsable quand on sait que que des centaines d’études établissent un lien entre une exposition prolongée aux résidus de pesticides ou aux nitrates, et l’apparition de différentes pathologies comme les cancers (de la vessie, de l’estomac, etc), la maladie de Parkinson, des problèmes de fertilité, des complications pour les femmes enceintes ou des risques sanitaires pour les nourrissons de moins de 6 mois.

Conclusion

Aujourd’hui la carte des coupures d’eau témoigne de la dégradation des ressources et du réseau d’eau courante en France. Mais témoigne-t-elle déjà des prochaines maladies –liées à des pollutions agricoles ou industrielles- qui toucheront certaines régions ?
 
Certes, le système d’alerte sanitaire en vigueur nous protège efficacement contre les risques les plus spectaculaires, comme les maladies hydriques qui touchent les pays sous-développés.
 
Mais ce système aura toujours un temps de retard pour mettre fin à l’exposition répétée de nos organismes aux polluants agricoles ou industriels qui impactent notre santé à moyen et long terme.

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