Écologie : Les jours de l’homme « sans baguette magique » sont-ils comptés ?

par Elixir
mardi 3 octobre 2017

 

« L’environnement, çà commence à bien faire », N.Sarkozy, influenceur

 

Traité CETA, perturbateurs endocriniens, mise sur la touche de la taxe sur les transactions financières(TFF), doubles discours et déclarations stigmatisantes réccurrentes du président, fin des aides au maintien à l’agriculture biologique, fin de l’aide à l’achat de vélos électriques, fin des emplois aidés, réformes fiscales pour les riches, recours à la théorie du ruissellement pour justifier tout çà…

Combien de couleuvres notre ministre de la transition écologique et de l’Economie Sociale et Solidaire avale-t-il actuellement par semaine ?

Si l’on reconnaitra que le poste de ministre de l’écologie a toujours été plutôt instable, à en croire la bonne trentaine de personnalités de tous bords qui s’y sont succédés depuis la présidence Georges Pompidou, c’est à dire un tous les dix-huit mois en moyenne, on peut se demander quand même si l’ex-présentateur vedette d’Ushuaia ne s'est pas trop aventuré dans une contrée politique hostile, au grand dam de tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de notre planète, et n’aurait ainsi pas mieux fait de soutenir un candidat plus proche de ses convictions lors du premier tour de l’élection présidentielle…

Car la politique très libérale du gouvernement Macron semble aujourd’hui de plus en plus contradictoire avec les valeurs et les ambitions prônées par notre célèbre défenseur de l’environnement, qui ne s’arrête pas au simple thème du réchauffement climatique mais qui s’intéresse aussi aux rapports et à l’équilibre entre les hommes. En ce sens les deux personnages ne semblent pas vraiment plaider pour les mêmes idées ni jouer dans la même cour et quoi de mieux pour illustrer cette lutte inégale entre deux logiques, que cette main écrasée de notre gentil serviteur de la cause naturelle par un Donald Trump balourd écolosceptique, apparemment plus enclin à compter ses cartes de crédit que le nombre d’espèces encore vivantes sur la Terre.

 

La main de Nicolas Hulot broyée par celle de Donald Trump

 

E. Macron, président du désormais fameux « en même temps », c’est à dire promoteur du tout et son contraire, mais qui est électoralement intéressant puisque permettant de faire croire en l’existence de 4*4 écologiques, des centrales nucléaires renouvenables et pourquoi pas une force de dissuasion nucléaire pacifique, pendant qu'on y est, aurait-il cherché une "caution verte", comme le front national en son temps avait réussi à nous dégoter son "noir de service" ?

 

Si l’on étudie les faits plus que les discours, l’on aura vite compris que cette volonté affichée de réconciliation des contraires, qui aurait pu certes partir d’une bonne intention, ne constitue en réalité qu’un des multiples avatars de packaging politique utile pour continuer à vendre une idéologie à l'air vicié grâce à l’attractivité d’une vitrine alléchante…

 

Ce n’est probablement une surprise pour personne mais le budget de la loi de Finance 2018, paru le 27 septembre, donne ainsi beaucoup moins la part belle à l’environnement que tout le battage médiatique récent voudrait bien nous le faire croire.

"Il faut ensuite alléger la fiscalité du capital. Sans financement, nos entreprises ne peuvent pas se développer : pas de capital, pas de croissance, pas de nouveaux emplois. " Projet loi de Finances 2018-Bercy

Alors, outre les nombreuses antiennes néolibérales ressassées depuis 40 ans qui jalonnent le rapport officiel de Bercy et les baisses d’effectif du ministère de la transition écologique et solidaire, les 10,4 Milliards d’euros qui lui sont affectés, même si en légère augmentation par rapport à l’année dernière (+500 millions), ne pèsent en réalité pas bien lourd, si on considère qu’une faible partie seulement (23%) concerne stricto sensu le « développement durable » (et selon les critères propres à ce gouvernement), et si on les compare aux budgets de la défense / sécurité (47,5M) ou même du remboursement de la dette (41,2M). Ne parlons même pas du déficit du budget, en augmentation, qui atteindrait lui 82,9 M d’euros, représentant de loin le poste le plus important, et qui nous montre plus que jamais que ce que l’on sait faire de mieux en France, c’est de dépenser plus que ce que l’on a et que c’est bel et bien devenu la norme, les nombreux thuriféraires du consumérisme invoquant pour çà la croissance éternelle afin de financer notre vie à crédit.

Mis à part dans les traités européens qui nous autorisent au déficit chronique de 3%, où a-t-on appris que l’on pouvait continuellement dépenser plus que nos moyens ? Dans les cabinets bancaires peut-être, mais sûrement pas dans les cours de science...

 

On est loin d’une vision écologique du monde basée sur la mesure, la recherche d’équilibre et la durabilité… Peut-on ainsi prôner la paix et augmenter fortement son budget militaire, tout en sachant très bien qu'on ne pourra jamais le rembourser ? L’histoire nous a mis pourtant en garde contre cela à de nombreuses reprises en nous rappelant que cette course à l’armement effrénée avait par exemple conduit l’URSS à l’implosion et de multiples fois le monde à la guerre, notamment par les USA, dont le "suprématisme" a mené à une inflation des budgets militaires aujourd'hui dépassant très largement tous les autres... On en connait le prix et les effets pervers...

 

« Quand on à l’économie en tête, on voit tous les problèmes sous forme de pouvoir d’achat »

 

Rapporté au budget global (386,3 M d’euros), le ministère de la transition écologique tournerait ainsi autour de 2,4 %. On pourrait se rassurer en imaginant, comme notre Mulot, que l’esprit écologique serait interministériel, mais la carte de visite des différents apôtres du gouvernement, principalement de droite, surtout pour les postes importants, nous ramèneront vite à la raison. Non, nous ne verrons pas de « révolution écologique », et on ne s’avancera pas trop en disant que tout pourra continuer plus ou moins comme avant, que les questions d’environnement, un peu comme pour les mesures sociales, seront prises en compte du moment qu’elles ne nuisent pas à la doctrine militaro-libérale et ne dérangent surtout pas l’ordre établi. Alors, l’écologie : oui, mais pas trop, en particulier si çà ne subventionne pas l’économie du CAC 40.

 

"Je regrette que l’on ait cédé pendant longtemps à l’influence des lobbys. Et ce n’est pas un mot abstrait. Ces lobbys, je peux les sentir en permanence sur mes épaules." Nicolas Hulot

 

Isolé politiquement dans le gouvernement, Nicolas Hulot l’est aussi donc par le budget, dérisoire, et bien en deçà de ce qu’il devrait être nécessaire pour apporter des réponses bien plus profondes et urgentes que des simples bonus/malus pour de nouvelles voitures, des taxes sur le diesel ou des encouragements à prendre les transports en commun ...

Pot de terre contre pot de fer, il n’est pas étonnant, alors, que lors de son déplacement la semaine dernière dans la vallée polluée de l’Arve, il concède, malgré ses propositions, aux manifestants exaspérés depuis 40 ans que le problème persiste, qu’il n’avait "pas de baguette magique ".

Aveu d’impuissance de la part du ministre, qui n’avait pas réussi politiquement à d’autres, et à la portée peut-être plus importante que le simple massif du Mont Blanc.

 

 

On pourra dire que cette petite musique douce de la "transition écologique" utilisée pour rassurer certains électeurs pourrait être ainsi à l'image de celles qui sont jouées dans les rayons des grandes surfaces pour détendre et exalter la ménagère en vue de lui écarter sournoisement le porte-feuille...

Car que peut représenter réellement la petite fleur de l’écologie, face ou rouleau compresseur du libéralisme, toujours plus puissant et prompt à contruire de nouvelles autoroutes, dont aucun de ses concepteurs n'arrive pourtant à se mettre d'accord sur la question de savoir où elles mènent... ?

Il est fort à parier que le capitalisme vert restera la dernière façade présentable d’un monde courant à sa ruine et qui assume ouvertement de préférer la fuite en avant de l’armement, vendue honorablement comme « force de dissuasion massive », plutôt que de s’activer sans ambigüité au rétablissement de la paix sur Terre, incompatible avec l'idéologie du "marteau-piqueur."

 

Pas sûr que que Nicolas Hulot parvienne ainsi à suffisamment murmurer à l'oreille de nos chevaux de bataille économique, bien trop affairés à leur propres luttes chimériques, pour pouvoir s'interroger sincèrement sur le sort et l'avenir de nos enfants, qui est pourtant aussi le nôtre.

 

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