EPR de Flamanville et acier de Creusot Forge : l’abcs ne va pas tarder crever

par Patrick Samba
vendredi 18 août 2017

L'abcès Creusot Forge était en phase de collection depuis quelques mois, plus précisément depuis la publication de l'article de France Inter du 31 mars 2017 de Sylvain Tronchet annonçant l'émission « Secrets d'Info » diffusée le lendemain. Depuis cette date l'abcès s'est progressivement collecté, et est finalement devenu très tendu, douloureux à l'excès pour l'actionnaire quasi-exclusif d'Areva : l’État français. Un abcès bien chaud prêt à s'évacuer, et vrillant de douleur les neurones des dirigeants de l'ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire), le soi-disant gendarme du nucléaire, dont l'impéritie la condamne désormais à la honte, et taraudant probablement aussi les nerfs de l'IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) chargé de fournir des expertises techniques à cette même ASN. Mais l'abcès tardait à percer, une dernière pirouette de l'ASN l'ayant refroidi le 28 juin dernier. Et c'est finalement l'ancien PDG de l'UIGM, devenu Creusot Mécanique en 2003, Jean-François Victor, qui, tel un chirurgien compatissant et prenant à la lettre l'invitation de l'ASN aux citoyens français de donner leur avis sur l'homologation de la cuve de l'EPR de Flamanville, vient le 14 août dernier de porter le coup de bistouri qui devrait accélérer le processus. Le pus devrait très bientôt s'écouler, et la France pouvoir enfin trouver un soulagement.

Sylvain Tronchet, dont vous lirez et écouterez avec un grand intérêt les hallucinants article et interview, a révélé le pot aux roses grâce à une enquête fouillée et particulièrement bien documentée. En réalité l'ASN connaissait depuis 2005 les graves dysfonctionnement de la forge du Creusot, et non pas seulement à partir de 2014 comme elle a bien voulu le dire, soi-disant informée seulement à cette date par Areva des graves anomalies de l'acier constituant le fond et le couvercle de la cuve de l'EPR de Flamanville. Elle en avait en fait informé EDF dès cette année 2005, et donc Areva, mais s'était tout simplement couchée, comme le gendarme du même nom qu'elle est en réalité, devant le coup de force des deux industriels. Habitués désormais de longue date du fait de leur toute-puissance oligarchique à la politique du fait accompli et ne tenant donc aucun compte de l'avis de l'ASN, EDF et AREVA avaient débuté la fabrication de ces pièces sensibles de la cuve de l'EPR dès 2006. Que s'était-il donc passé entre temps, dans ce court laps de temps séparant la mise en garde de l'ASN du début de la fabrication des volumineuses pièces ?

 

Un événement d'une "banalité" incroyable dont nous fait part Sylvain Tronchet et que vient confirmer, luxe de détails et graves accusations à l'appui, l'article tout récemment publié dans le Club de Médiapart par Jean-François Victor : en octobre 2006 Areva rachetait pour 170 millions d'€ à Michel Yves Bolloré, le frère de Vincent, les deux ateliers Creusot Mécanique et Creusot Forge dont il était propriétaire. Il avait acheté Creusot Mécanique 3 ans plus tôt pour... 800 000 € ! « Un goodwill de près de 100 millions d'€ » selon JF Victor. Une sacrée belle culbute de plus de 100 fois le prix d'achat de Creusot Mécanique en l'espace de 3 ans !

 

Le scandale de la cuve de l'EPR de Flamanville et de l'acier de Creusot Forge serait donc en fait au départ, en sus de l'incroyable incompétence technique en jeu et de l'ignoble exploitation d'ouvriers étrangers, tout autant un énorme scandale financier. Peut-être tout à fait légal comme l'était l'emploi de Pénélope par son amoureux de mari, mais apparemment pas très moral... Un scandale dont l'ASN a voulu se laver les mains au détriment total de la sécurité des habitants du Cotentin, de la France, de l'Europe et finalement du monde entier, qu'elle est pourtant censée garantir.

 

Et là est un autre scandale. Celui d'un véritable comportement de maffieux endossé par l'ASN, EDF, AREVA et finalement l’État français. On ne s'étonne plus que Sarkozy, Valls et Macron ait tenu à visiter l'usine Creusot Forge de Saône-et-Loire...

 

Reste à interroger l'attitude de nos médias hexagonaux. Aviez-vous entendu parlé de l'enquête de Sylvain Tronchet pourtant bien inouïe ? Et pourquoi Médiapart met-il autant de temps à publier en « une » un article aussi explosif que celui de Jean-François Victor qu'il détient depuis quelques jours dans un blog de son Club ?

 

Quelles que soient les réponses qui seront données à ces questions, il apparaît néanmoins avec force indignation un temps déjà bien dépassé à l'exigence selon laquelle la folie nucléaire française devrait trouver un terme impatient à son incroyable potentialité de contamination corruptrice et déshumanisante.

 

 

Crédit photo : Greenpeace France


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