Galapagos se meurent ! Debout citoyens !

par Pierre R. Chantelois
jeudi 5 juillet 2007

Se trouvera-t-il encore des observateurs sensibles qui diront, de nos jours, comme Teilhard de Chardin l’a si bien fait, en son temps : « ... la Terre n’est plus simplement une sorte de grand corps qui respire. Elle se soulève et s’abaisse.... Mais plus important que cela, elle a dû commencer, à quelque moment ; elle tend vraisemblablement vers quelque état final. Elle a une naissance, un développement, et sans doute une mort en avant. Il doit donc y avoir en cours, autour de nous, plus profond que toute pulsation exprimable en ères géologiques, un processus d’ensemble, non périodique, définissant l’évolution totale de la planète ».

Les îles se meurent. Elles agonisent sous nos yeux.

Il naquit à Shrewsbury (Shropshire) dans une famille aisée, cinquième enfant de Robert Waring Darwin, médecin connu, et de Susannah Wedgwood, fille de Josiah Wedgwood, céramiste renommé et patron d’industrie. Son grand-père, Erasmus Darwin, médecin, naturaliste et poète, était l’auteur d’une œuvre originale (dont la fameuse Zoonomia), trop souvent réduite à ses aspects insolites, où se trouvaient pour la première fois exposées des idées transformistes assez voisines de celles du Français Lamarck.

Le jeune Charles Darwin est reçu bachelor of Arts en 1831, et part explorer le nord du Pays de Galles en compagnie du géologue Adam Sedgwick, professeur à Cambridge. À son retour, il s’embarque pour un voyage autour du monde, le 27 décembre, en qualité de naturaliste non appointé, à bord du vaisseau le Beagle, commandé par le jeune capitaine FitzRoy. Il emporte avec lui une bibliothèque naturaliste comportant le premier volume des Principles of Geology du géologue uniformitariste (c’est-à-dire partisan de l’uniformité globale des causes des transformations physiques du globe, dans le passé comme dans le présent) Charles Lyell. Il explore l’archipel du Cap-Vert (où il vérifie le bien-fondé des théories de Lyell appliquées à l’observation des îles volcaniques), les côtes de l’Amérique du Sud (où ses recherches paléontologiques le conduisent à mettre en évidence de plus en plus nettement la ressemblance entre représentants fossiles et vivants de certains types de mammifères), la Terre de Feu, les îles Falkland, l’île Chiloé, la Cordillère des Andes, les îles Galápagos (où il a l’intuition précise des processus qui conduisent à la distribution géographique des organismes et examine certaines modalités de ce qui lui apparaîtra bientôt comme étant la naissance d’espèces nouvelles à partir de formes souches), Tahiti (où il observe un récif de corail et réfléchit au processus de sa formation), la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Tasmanie, l’île Maurice, Le Cap.

C’est sur une de ces îles que Charles Darwin mit les pieds en 1835 : San Cristobal. Il publia plus tard, à partir de ses observations, sa fameuse étude sur l’évolution et la sélection naturelle en 1859 : L’Origine des espèces. Puerto Baquerizo, la capitale, est située sur San Cristobal. Les eaux autour de l’île étant riches en plancton favorisent une abondante vie sous-marine. Les touristes y viennent pour admirer la flore : les plantes les plus remarquables sont les cactus et les figuiers de Barbarie.

Ces îles sont en péril. Cette alerte nous revient si souvent qu’elle prend des airs de banalité. Il faut tout de même prêter attention lorsque des pans entiers de notre habitat naturel sont voués à la disparition par notre faute, par notre très grande faute. Le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco a inscrit les îles Galapagos (Équateur) sur la liste du Patrimoine mondial en péril. Les îles Galápagos sont en effet menacées par des espèces invasives, par un tourisme et une immigration croissants. Elles ont été le premier site à être inscrit, en 1978, sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco.

Je suis déjà trop vieux - est-ce l’effet de mon imagination - pour ne pas les voir sombrer mais je me sens suffisamment jeune - autre effet de ma sensibilité - pour m’en émouvoir. Le nombre de journées passées par les passagers de navires de croisière a augmenté de 150 % au cours des quinze dernières années, selon l’Unesco. Qui trop embrasse mal étreint.

Rappelons ce qu’en dit Wikipedia : « Les îles Galápagos constituent une subdivision de l’Équateur depuis 1832. La capitale en est Puerto Baquerizo Moreno. Elles sont également appelées Las encantadas ou îles enchantées. L’archipel est composé de 5 grandes îles (Fernandina, Isabela, San Cristobal, Santa Cruz et Santiago), 14 moyennes et petites îles et 42 îlots (surface totale de 8 000 km²). Il est situé à 960 km des côtes équatoriennes. Ce groupe d’îles constitue la partie émergée d’une grande cordillère volcanique. Le sommet en est le volcan Wolf, altitude 1 707 mètres, situé sur l’île d’Isabela. La dernière éruption eut lieu en 1991 ».

Cinq grandes îles composent l’archipel : Fernandina, Isabela, San Cristobal, Santa Cruz et Santiago. Le volcan Wolf, altitude 1 707 mètres, surplombe l’île d’Isabela.

Comme l’indique l’Unesco, le tourisme aux Galapagos représente 418 millions de dollars par an dont seuls 60 millions de dollars entrent dans les circuits économiques locaux. Selon le dernier sondage de population, quelque 25 000 personnes habitent dans l’archipel, 1 800 sont des résidents temporaires et 3 000 à 5 000 des illégaux. Les salaires aux Galapagos sont beaucoup plus élevés que ceux du reste du territoire équatorien. Carlos Valle, un biologiste équatorien formé à l’université américaine de Princeton et considéré comme le meilleur spécialiste des Galapagos, explique que pour conserver l’évolution naturelle de cet archipel d’une superficie de 8 000 km2, il faut en permanence « corriger l’influence prédatrice de l’homme ».

Tortues géantes, iguanes marins et terrestres, albatros, cormorans, crabes aux pattes rouges et bleues, baleines à bosses, lions de mer, otaries, araignées, manchots, « pinsons de Darwin » et autres « faucon des Galapagos » figurent parmi les centaines d’espèces qui justifient chaque année le voyage de plus de 100 000 touristes sur l’archipel, partie émergée d’une grande cordillère volcanique. Autre menace : jusqu’à 300 000 requins sont pêchés illégalement dans les eaux territoriales des Galapagos, selon l’Unesco.

Le voyage de Frédéric Leviez aux îles Galapagos est consigné dans son Carnet de voyage aux îles Galapagos : Sur les traces de Darwin. Photos et commentaires à l’appui, l’auteur nous présente sa vision des îles et nous communique son amour de la nature. Pour sa part, le site Terra Nova propose un album de photographies particulièrement saisissantes des îles Galapagos.

Le fait d’inscrire ces îles sur la liste du patrimoine mondial en péril permet d’accorder immédiatement au bien menacé une assistance dans le cadre du Fonds du patrimoine mondial.

Charles Darwin soutenait, dans L’Origine des espèces, ch. IV, que pour répondre à la question des facteurs d’une meilleure adaptation, on fait retour à la variabilité et, sous la pression analogique du modèle de la sélection artificielle, on forge l’hypothèse d’une "sélection naturelle" qui, à travers la lutte (interindividuelle, interspécifique et avec le milieu), effectuerait le tri des variations "avantageuses" dans un contexte donné, et assurerait ainsi le triomphe vital, transmissible héréditairement, des individus qui en seraient porteurs. Ces derniers seraient par là même sur la voie d’une amélioration constante de leur adaptation à leurs conditions de vie et à celles de la lutte : « C’est à cette conservation des variations favorables », écrit Darwin, « et à la destruction de celles qui sont nuisibles, que j’ai appliqué le nom de sélection naturelle ou de survivance du plus apte ».

Aurait-il pu imaginer qu’un facteur de tourisme de grande amplitude aurait pu menacer ces îles qui, au moment où il les a visitées, soufflait le silence et respirait l’harmonie ?

 

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