La montée dramatique des eaux va toucher durement les pays les plus pauvres

par Michel Monette
lundi 26 février 2007

Une étude de la Banque mondiale, parrainée par l’Agence canadienne de développement international (ACDI), prévoit que des centaines de millions d’habitants seront déplacés par la montée des océans d’ici la fin du siècle. Ces prédictions sont basées sur des simulations réalisées à l’aide d’un système d’information géographique (SIG), en fonction d’une hausse du niveau des océans pouvant aller de un à cinq mètres. Pour certains pays (le Vietnam, l’Égypte et les Bahamas), la situation sera catastrophique. Pour plusieurs autres, elle sera au mieux très grave.

Si toutes les glaces du Groenland et de l’Antartique devaient fondre d’un coup, le niveau des océans serait rehaussé de plus de 70 mètres. Malgré cette quantité impressionnante d’eau disponible, ce n’est pas la fonte des glaces qui a jusqu’à présent provoqué une hausse du niveau des mers et océans. L’essentiel de la hausse est due à l’expansion des eaux sous l’effet du réchauffement.

Les auteurs de l’étude de la Banque mondiale (The impact of sea rise on developing countries : a comparative analysis) préviennent que la situation pourrait évoluer rapidement. Le réchauffement climatique s’accélère, les glaces polaires fondent, les océans gonflent d’autant. Leurs eaux vont forcément inonder les terres les plus basses du littoral de nombreux pays.

L’Antartique contient plus de 90% des glaces de la Terre. Le pire des scénarios serait l’effondrement de ce système écologique à la suite du réchauffement climatique.

Ce que l’analyse des données géographiques pour plus de 84 pays démontre, c’est qu’il est plus que temps de planifier soit les ouvrages qui mettront les populations à l’abri des inondations, soit le déplacement des populations là où il faudra bien s’y résigner.

La Banque mondiale sonne l’alarme. De toute évidence, le son est étouffé par la plus efficace des insonorisations : l’indifférence. Vous en doutez ?

Depuis des décennies, la dégradation des écosystèmes frappe les pays les plus pauvres. Elle a davantage contribué à augmenter le nombre de réfugiés que toutes les guerres réunies.

Depuis des décennies, la pollution migre vers le Sud.

En prime, la désertification touche déjà plus d’un milliard deux cents millions d’êtres humains.

Les déplacés environnementaux sont déjà légion. Le pire, c’est qu’ils n’ont pas droit au même soutien que les autres réfugiés de la part de l’ONU, comme nous l’écrivions en novembre 2005 :

Les réfugiés environnementaux n’ont pas de chance : déjà les institutions internationales sont débordées par les demandes des réfugiés qui correspondent aux définitions « conventionnées ». Ils n’ont donc pas accès aux mêmes ressources financières, ni aux services de santé ou d’éducation auxquels les réfugiés politiques ont droit.

De là à conclure que les désastres environnementaux vont entraîner leur lot de souffrance humaine, il n’y a qu’un pas qu’il nous faut malheureusement franchir. Si l’humanitaire était coté à la bourse, ce serait un sacré bon investissement. Préparez vos dons.

Vous croyez encore que tout cela est exagéré ? Le Fonds mondial pour la nature vient pour sa part d’accuser l’ONU d’avoir sous-estimé l’effet du réchauffement climatique sur les îles du Pacifique. Selon cette ONG, le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) aurait été trop conservateur dans ses prédictions. Les experts du GIEC « situent la hausse des températures d’ici 2100 entre 1,4° et 5,8° et prévoient une montée du niveau de la mer pouvant aller de 9 à... 88 centimètres » (4e rapport du GIEC : l’évolution du climat s’accélère).

Déjà, à 88 centimètres, les effets sont jugés catastrophiques. Or le GIEC n’a pas tenu compte de l’hypothèse d’une fonte des glaces plus élevée. C’est justement cette hypothèse qui semble se confirmer dans les analyses sur lesquelles se base la Banque mondiale.

Dire que certains accusent le GIEC d’avoir surestimé les effets du réchauffement climatique.

Allô ?


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