La première marée noire au Cameroun

par Antoine Christian LABEL NGONGO
lundi 22 janvier 2007

Dans la cité balnéaire de Kribi, du pétrole se verse dans la mer. Une fuite survenue dans un pipeline situé à Ebome occasionne un déversement important de pétrole brut. Depuis quatre jours, le pétrole pollue la mer. Que comptent faire les autorités locales ?

Depuis la découverte de pétrole au Tchad en 1992, il fut question de construction d’un pipeline. Le projet de construction d’un oléoduc long d’environ 1 100 km entre la région de Doba au sud du Tchad et celle de Kribi dans le sud Cameroun a pris du temps. Le gisement de pétrole dont les réserves sont estimées à 120 millions de tonnes de pétrole, est situé au sud du Tchad entre Doba et Moundou sur les champs de Komé, Bolobo et Miandoum. Les réserves du Tchad devraient fournir environ 900 millions de barils. Ce projet va nécessiter le forage de 300 puits environ. Etant donné les informations filtrées, nous ne savons pas exactement combien de puits ont été mis en chantier. L’exploitation totale de ce gisement pétrolier s’étalera sur une période de 25 à 30 ans. La mise en exploitation, lors de la première année, devrait entraîner une production maximale d’environ 10 à 12 millions de tonnes de pétrole soit une moyenne de 200 000 barils par jour.


Grâce à ce gisement pétrolier, le Tchad est devenu le quatrième pays producteur de pétrole de l’Afrique sub-saharienne après le Nigeria, l’Angola et le Gabon. Pour l’exportation du pétrole, un oléoduc long de 1 100 km, dont 890 km au Cameroun, et quatre stations de pompage ont été construits à travers les deux pays voisins. Des infrastructures maritimes telles que des stations de stockage et de chargement ont été construites au large de la côte camerounaise, près de la ville de Kribi.


Le coût total du projet était estimé à 3,5 milliards de dollars (dont 2 milliards de dollars pour l’oléoduc). Le projet était envisagé par un consortium comprenant Exxon Exploration and Production Chad Inc. (Exxon 40 %), la Société Shell tchadienne de Recherches et d’Exploitation (40 %), et Elf Hydrocarbures Tchad (20 %). Exxon agira en tant qu’opérateur pour le développement des champs pétrolifères. Une société de transport pour l’oléoduc, la Cameroon Oil Transportation Company, S.A. (Cotco), a été constituée pour construire, gérer et entretenir le système de transport par oléoduc au Cameroun. Le consortium, le Tchad et le Cameroun auront des participations dans le capital de Cotco. Une société similaire, la Tchad Oil Transportation Company S.A. (Tocto), est établie au Tchad avec des participations du Consortium et du Tchad. Le projet, entré dans sa phase terminale, a été inauguré le 12 juin 2004. La production a été lancée.

Premier incident sérieux : fuite de pétrole.

Il est étonnant qu’après quelques jours, la fuite (ou les fuites) ne soit pas colmatée. Pourquoi faut-il que les responsables du coin attendent une décision de la présidence pour agir ? Que faut-il qu’il se produise ? Les habitants du village d’Ebome au Cameroun, une localité située à 6 km de la ville de Kribi, sont en état d’alerte. Depuis la journée du mardi 16 janvier 2007, une fuite pétrolière au niveau de la plate-forme pétrolière d’Ebome, située à près de trois kilomètres des berges, s’est déclarée. La fuite de pétrole a été confirmée par les responsables locaux du consortium. La fuite touche la mer en masse. Les pêcheurs ont remarqué de grosses nappes noires dans l’Océan Atlantique. Pourquoi cette fébrilité des autorités qui n’agissent pas ? Les responsables de Cotco (Cameroon Oil Transportation Compagny) sont aux abonnés absents pour expliquer aux populations locales ce qui se passe.

Comment faire baisser la crainte des populations qui est ravivée par le silence des autorités ? Les habitants sont inquiets pour la faune, car ils savent que si la fuite n’est pas arrêtée rapidement, les poissons vont mourir et leur alimentation va en pâtir. Les autorités administratives camerounaises sont également aux abois. Le délégué départemental de l’environnement a, dans un courrier adressé à la société Perenco, demandé une estimation de l’étendue des dégâts. Les responsables administratifs déclarent avoir fait leur travail, sans pour autant expliquer ce qu’ils ont réellement fait. Certains fonctionnaires sont dubitatifs et essaient de se rassurer en expliquant que la solution au problème de pollution viendra de la présidence de la République. Leur réponse argumentée laisse perplexe leur interlocuteur : « Ce qu’il y a à faire, c’est d’alerter les responsables qui vont prendre les mesures adéquates. »


Inquiétudes de Save Nature

Un responsable de Perenco souligne la non-gravité de la situation : « La situation n’est pas grave comme on le pense, parce qu’à la construction, nous avions prévu des filtres tout autour de cette zone en prévention d’une éventuelle fuite. C’est le cas aujourd’hui. Les filtres vont recueillir le brut et ce n’est qu’une infime partie qui risque de s’échapper. Pour l’instant, nous faisons tout pour remédier à la situation ». Fataliste, le président du Comité de développement du débarcadère de Mboamanga (Cddm), monsieur Bokamba, indique que la construction d’un site pareil ne pouvait qu’entraîner inévitablement, un jour, une fuite. Les inquiétudes sont patentes chez les habitants de la région ( nos plages vont être souillées et nos enfants risquent la famine).

Nous ne trouvons point de GreenPeace, ou de Nicolas Hulot pour s’agiter. Avec cette première fuite sérieuse du terminal d’Ebomé, ce sont de nombreuses ONG (organisations non gouvernementales) et associations qui font entendre leurs voix à Kribi. Le président de l’ONG Save Nature déclare : « Cette catastrophe est très grave d’autant plus que le brut qui se déverse dans la mer n’est pas loin des côtes. Les espèces protégées comme les tortues marines vont mourir. Sans compter une vaste partie de la faune marine. L’Etat doit faire quelque chose rapidement avant qu’il ne soit trop tard ».

Il n’est plus temps de s’opposer à ce projet, l’espoir qui reste est de savoir comment et de combien les habitants spoliés vont être indemnisés. De nombreuses Ong et personnalités ont protesté pendant la mise en route de ce projet. Nul ne sait exactement quelles sont les garanties sur le respect de l’environnement. Veut-on tout simplement chasser les populations situées près de cet oléoduc ?


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