La tÍte dans les nuages... Toxiques ?

par Zora la Rousse
vendredi 6 mars 2009

La tête dans les nuages de l’incinérateur, c’est l’une des perspectives proposée aux futurs habitants du futur éco-quartier Docks de Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis.
Une perspective relativement éloignée de l’article « Les Docks de Saint-Ouen voient le futur en vert », découvert ce matin dans 20minutes, de quoi bondir dans mon wagon de Ligne 13, déjà survolté par le surbooking habituel.

L’incinérateur, à la fumée blanche du futur quartier vert, inquiète les actuels autochtones et scientifiques, à l’image de ce reportage diffusé sur la chaîne francilienne Cap24 qui a contacté l’association ACQSO, suite à l’article « Polémique sur le Quartier des Docks », du Parisien93, nos Dernières Nouvelles d’Alsace à nous, les Outrepériphéens.

L’article du Parisien faisait lui-même suite à une soirée débat-infos, organisée par William Delannoy, conseiller municipal à Saint-Ouen, avec la participation du professeur Belpomme, cancérologue au Centre universitaire Necker-Enfants malades et président de l’ARTAC (Association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse), spécialiste des la recherche fondamentale concernant l’origine environnementale des cancers.

Lors de la soirée-débat, relayée dans Le Parisien, l’éminent cancérologue a déclaré «  construire des logements à proximité d’un incinérateur est une aberration, une hérésie du point de vue de la santé publique. (...) L’Institut national de veille sanitaire (INVS) a publié deux études qui démontrent l’augmentation du risque de cancers, de leucémies autour de ces installations ».
Ces propos du professeur Belpomme s’ajoutent aux déclarations du CNIID (Centre national d’information indépendante sur les déchets) qui, toujours dans Le Parisien, « a fait part de ses doutes sur l’effet de cette usine d’incinération sur la santé des populations alentours ».

Bref, des déclarations alarmistes à des kilomètres des articles éco-quartier qui poussent ça et là, comme des contes de fée urbains pour l’outre-périphérie, articles prometteurs auxquels, en ma qualité d’indigène-autotchone j’ai bien sur envie de croire.

« Réconcilier la ville et le fleuve, pistes cyclables, espaces verts, bâtiments HauteQualité Environnentale, mixité logements-activités, équipements et espaces publics… », autant de critères qui font du futur quartier Docks de Saint-Ouen l’un des 8 premiers bénéficiaires des contrats-cadres Éco-quartiers franciliens signé le 3 mars 2009 par Daniel Canepa, préfet de la région Ile-de-France avec les villes de Saint-Ouen (93), Bussy Saint Georges (77), Montévrain (77), Meaux (77), Chanteloup (78), Mantes la Jolie-Rosny sur Seine, l’Ile-Saint-Denis (93), Louvres Puiseux (95).

« Ces quartiers ne sont pas des entités virtuelles, ce sont de véritables lieux de vie portés par des élus déterminés et des professionnels innovants, dont il faut saluer le courage de penser hors des cadres habituels », a déclaré le préfet Daniel Canepa sur Localtis.info.

Oups, perso en me baladant dans les Docks et en regardant cette photo (admirer mon sens de l’image… cadrée), j’observe à droite l’incinérateur, à gauche à l’emplacement de l’actuel immeuble désaffecté de 5 étages, la future vue panoramique, « hors des cadres habituels » offertes aux futurs habitants de l’éco-quartier depuis leurs balcons HQE... Tout un programme... pour voir la vie en vert ;-)



Sur cette parcelle de 10 hectares appartenant à la Ville de Paris, les urbanistes autorisés par les politiques (révision du Plan Local d’urbanisme pour fin 2009) ont en effet prévu de construire une dizaine de tours de 16 étages, dont 1 100 logements sociaux (cf. protocole foncier du 9 juin 2008) pour et gérés par la Ville de Paris (cf. chronique « le maire de Paris exporte ses mètres carrés dans le 9cube »).

Comment garantir la mixité sociale dans cette partie de ville déjà défavorisée (cf. chronique ici) ?
Qui seront les futurs aventuriers de l’éco-quartier moderne, désireux de tenter l’expérience du logement social (40% prévus sur la ZAC des Docks) et même (soyons fous) de l’accession à la propriété dans un tel environnement ? Un environnement malheureusement durable vu que l’incinérateur (euh pardon le centre de valorisation énergétique) est prévu jusque 2020, voire après : aucune autre ville de banlieue ne s’est proposée pour reprendre le flambeau de l’exportation de poubelles.

Habiter au 16e étage face à un incinérateur, n’est-ce pas un peu comme avoir le nez collé au pot d’échappement d’une voiture ? Une position qui n’entraîne pas tout à fait les mêmes risques, que de marcher « simplement » à côté d’une route à fort trafic et émanations de CO2.

D’après des spécialistes, « L’éco-quartier est un projet urbain exemplaire du point de vue du développement durable, en extension urbaine ou en transformation de quartiers existants obsolètes. Réduction des émissions de gaz à effet de serre, préservation de la biodiversité, promotion des déplacements alternatifs et intermodaux, qualité de vie et de construction, économie des ressources naturelles et de l’énergie, prévention et maîtrise des nuisances et des risques, sont autant d’enjeux déterminants pour lesquels le projet apporte un bénéfice collectif. »

Etre précurseur de la révolution verte, me balader à vélo sur les bords de Saint-Ouen-sur-Seine, préserver la biodiversité sociale, surtout dans le quartier des Docks qui fait face au Vieux Saint-Ouen et ses 80% de logements sociaux, améliorer la qualité de vie…. Bien sûr je suis à 93400 pour…
En revanche, à l’heure où de nombreuses communes détruisent leurs tours, où les élus et sociologues de tous bords se cassent la tête avec les plans banlieues et autres politiques de la ville, et en l’absence d’enquête sanitaire sur l’incinérateur, j’aimerais que les candidats à la Saint-Ouen-éco-quartier-Academy soient certains de ne pas être les gagnants déterminés du tube d’un jour, tout sauf durablement vivable.

Tiens mais j’y pense, est-ce que l’un d’entre eux (politique, architecte, paysagiste...) serait prêt à venir s’installer avec enfants dans son futur éco-quartier ?
Quelle ville (euh pardons, urbanité dans la mixité des densites, nous asssènent certains spécialistes dans les réunions d’informations locales) voulons-nous laisser demain aux générations futures ?

@ suivre donc...
© rédactionnel ZoralaRousse 93 pour chroniquesmabanlieue.com

Webographie

  • Préfecture d’IdF : Eco-quartiers, Un label, une exigence de qualité.
  • Localtis.info : Les huit premiers éco-quartiers franciliens sont officiellement lancés.
  • Batiweb.com : Les premiers contrats-cadre Eco-quartiers franciliens connus.
  • Batiactu.com : Huit éco-quartiers vont fleurir en Ile-de-France.

Noms et fiches info-pdf des 8 éco-quartiers franciliens :

  1. écoquartier du Sycomore à Bussy Saint Georges (77)
  2. écoquartier de Montévrain (77)
  3. écoquartier Foch Roosevelt à Meaux (77)
  4. écoquartier de la Boucle de Chanteloup (78)
  5. écoquartier des Hautes Garennes à Mantes la Jolie-Rosny sur seine (78)
  6. écoquartier des Docks de Saint Ouen (93)
  7. écoquartier fluvial de l’Ile-Saint-Denis (93)
  8. écoquartier de Louvres Puiseux (95)
Reconvertir 100 hectares (soit 1/4 de mon coin de 9cube aux portes Paname), en un futur quartier vert, le tout au pied d’un incinérateur et d’une usine de chauffage d’urbain, sur des terrains ultra pollués (88 milions de budget de dépollution provisionnés dans le plan de financement de la ZAC), tel est le pari fou ambitionné par la ville de Saint-Ouen, accompagné de l’Etat qui vient de signer un contrat cadre avec la municipalité

Je ne souhaite pas stopper le projet des Docks : s’il est intelligemment mené, je le considère comme une chance pour Saint-Ouen, le coin de 9cube où nous avons choisi, entre western urbain et conte de fée social, de nous installer en famille depuis 2003.
Mon objectif, aux côtés de l’association ACQSO : faire comprendre à la municipalité PC-PS-Verts de Saint-Ouen, que ce projet ne peut et ne doit pas être élaboré sans prendre en compte les souhaits des habitants dans le cadre d’une véritable concertation, ainsi que leur santé et celles des générations futures.

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