Le cordon de sÚcuritÚ

par C’est Nabum
lundi 22 août 2022

 

Ouvrir les vannes

 

Un bief est à sec et soudain, les autorités compétentes se penchent sur le problème, non pas pour empêcher ce phénomène récurent, signe d'une époque où l'eau vient à manquer, mais plus opportunément pour ouvrir le parapluie. Nous voyons-là toute l'incongruité d'un réflexe politique qui entend ouvrir le parapluie même quand le canal est à sec.

Comment leur faire comprendre que ce réflexe conditionné est absurde, qu'il ne sert à rien de se couvrir quand justement il ne pleut plus ou pas assez ? La sécurité est-elle véritablement l'enjeu ou bien n'est-ce qu'une manière de sa laver les mains en cas d'incident ? Il conviendrait alors de nous expliquer comme se laver les menottes dans la vase et les déchets ?

Bon, une fois encore, les autorités vont me taxer de fourberie. Je profite de la situation pour me moquer à bon compte de gens qui font ce qu’ils peuvent pour nous ouvrir les yeux afin d'assurer notre sécurité. Mettre de la rubalise et des barrières permet à tous de comprendre que le canal ne contient plus une goutte d'eau. C'est une telle évidence que je suis vraiment sot de ne pas l'avoir compris.

Mais alors, quand ce joli équipement est rempli, il n'est donc plus besoin de l'entourer de coursives protectrices ? Le risque qu'un enfant s'y noie serait ainsi bien moins important que celui qu'un maladroit s'y fracasse l'occiput ? Les bras m'en tombent et la logique m'échappe. Je manque d'esprit civique pour percevoir dans toutes ces agitations une quelconque logique.

Soudain, je réalise que les barrières ne nous sont pas destinées. Ce sont les poissons qui sont invités à rester dans la vase. Les obstacles dressés ainsi doivent leur éviter de venir déranger les promeneurs et les cyclistes qui du reste, sont mis à distance, pour ne pas être importunés par le spectacle de leur agonie.

Une agonie justement savamment orchestrée par une opération de sauvetage des derniers survivants pour peu qu'ils se trouvent dans la seule partie sous la responsabilité de la grande cité. À la frontière, celle où autrefois on payait l'octroi, l'opération n'a pas lieu d'être. Le pauvre poisson qui s'aventure ainsi en territoire périphérique n'a rien à attendre de la grande capitale ligérienne.

Pour cette opération vitale, mise en place exclusivement pour le bonheur des occupants du canal, tout l'arsenal médiatique local a été déployé pour informer le bon public béat que si rien n'est fait pour alimenter en eau ce pauvre bief, tout est mis en œuvre pour sauver les otages de l'incurie de la météorologie. J'en reste bouche bée, manquant d'air pour apprécier à sa juste valeur cette comédie.

Les barrières, les bonnes intentions, le parapluie bulgare et le coup de filet salutaire font donc une politique cohérente pour un canal recreusé à grands frais, une capitainerie ostentatoire et une écluse qui débouche d'un côté sur un bac de sable tandis que le canal ne mène nulle part de l'autre. Les liquidités de la ville se perdent dans des dépenses aussi somptuaires qu'inutiles.

Les nombreux cyclotouristes qui empruntent la Loire à vélo doivent s'extasier devant ce spectacle admirable d'une canche misérable au cœur de la cité. Il a été fort judicieux du reste de déplacer l'auberge de jeunesse afin que chacun puisse admirer ce canal vide et toutes ces barrières placées avec goût et souci esthétique. C'est là de la communication où je ne m'y entends pas et je comprends mieux qu'il n'y ait pas de place à côté pour annoncer les élucubrations d'un bonimenteur.

Cependant, pour rendre service, je déverse ici mon fiel et ouvre les vannes de ma prose ironique. J'apporte ainsi un peu d'eau à mon moulin à parole, histoire de sauver ce qui peut l'être encore, d'un ridicule qui n'en finit pas d'éclater au grand jour.

À contre-ventaux


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