Les fermes photovolta´ques vont-elles tuer l’agriculture ?

par Jean-Pascal SCHAEFER
mardi 26 janvier 2010

Agriculteurs, hommes politiques, simples citoyens : nombreux sont ceux qui s’inquiètent devant l’annonce de nouvelles fermes solaires.

Mais tous ces gens de bonne volonté ont-ils pris le temps de faire le calcul de l’impact territorial de ces centrales ?

Un dixième de l’énergie reçue du soleil convertie en électricité

Il se trouve que les panneaux photovoltaïques, même s’ils ont un rendement énergétique moindre que les panneaux solaires thermiques (les chauffe-eau solaires), assurent une conversion de l’énergie du soleil particulièrement élevée. Ainsi, 10 % environ de l’énergie du soleil est convertie directement en électricité.

Posons-nous maintenant une question : combien faudrait-il de surface de panneaux solaires au sol pour compenser l’énergie produite par nos centrales nucléaires ?

Pour faciliter la lisibilité des chiffres, je vous propose de raisonner en MW et MWh.

Nos 58 réacteurs nucléaires, que le monde entier nous envie, produisent chaque année 418 millions de MWh.

Face à cela, une ferme solaire de 1 MW va occuper environ 3ha, pour une production annuelle moyenne de 1 200 MWh. Ce chiffre prend en compte des suiveurs solaires (ou trackers pour les anglophones), et représente une valeur acceptable de production y compris en dehors de la zone Méditerranéenne.

Ramené à l’hectare, cela nous ramène à 400 MWh produits pour une ferme solaire.

Ainsi, pour remplacer l’ensemble de notre parc nucléaire, il nous faudrait 418/400, soit 1 million d’hectares à basculer en solaire.

Cela semble important, et c’est important.

Pour autant, la surface agricole utile Française représente 29 millions d’hectares.Et 73 000 hectares de terres agricoles repartent tous les ans à la forêt !

3% de la Surface Agricole Utile

Ainsi, avec 1/29e de l’ensemble de la SAU (soit 3%) recouverte de panneaux photovoltaïques, nous sortons du nucléaire.

Il va de soi que le tout-solaire n’est pas la solution universelle, et qu’un bouquet d’énergies renouvelables est bien plus adapté.

De même, le recours aux panneaux solaires en priorité en couverture de toitures semble plus judicieux.

Pour autant, nous sommes loin du cauchemar alimentaire ou paysager annoncé.

Une question de prix

Il reste évidemment une question : à quel prix cette énergie solaire sera-t-elle fournie, et sera-t-elle compétitive avec le nucléaire ?

Aujourd’hui, l’énergie photovoltaïque issue des centrales au sol est rachetée à 31,4 centimes le kWh, quand on parle d’un prix de l’énergie nucléaire à 5 centimes.

Rappelons d’abord que les 5 centimes en question ne comprennent pas les coûts d’assurances (pris en charge par vous et moi, aucun assureur au monde ne voulant assurer les centrales nucléaires), que les coûts de développement ont été généreusement pris en charge par l’Etat (encore vous et moi), et que les coûts d’élimination des déchets...eh bien, on ne sait pas trop ce qu’il en sera des coûts d’élimination des déchets, mais vous et moi trouverons bien une solution.

Dans le même temps, les gains de productivités enregistrés sur les panneaux solaires font que dès maintenant, une baisse de 10% par an des prix d’achat du kWh photovoltaïque est programmée.

A ce rythme-là, en moins de 10 ans, nous aurons atteint la parité réseau (le prix auquel vous achetez l’électricité), soit environ 12 centimes le kWh. Et encore, sans compter sur les augmentations de prix qu’EDF fera inévitablement (nous sommes un des 3 pays d’Europe où l’électricité est la moins chère).

En bref, soutenons les énergies renouvelables ! L’installation de fermes solaires ne nous privera pas de nourriture. Elle ne nous ruinera pas et ne fera pas plus disparaître notre agriculture que nos paysages !


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