Les limites la croissance (dans un monde fini)

par Claude Courty
mardi 29 septembre 2015

À lire – surtout par ceux qui en parlent sans connaître ce livre –, et à relire.

Les limites à la croissance (dans un monde fini)

de Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers – Editions Rue de l'échiquier – Mai 2012

(Rapport Meadows au Club de Rome)

La compréhension de ce livre nécessitant une préparation et une attention particulières, il peut difficilement être considéré comme un ouvrage de vulgarisation. Le nombre (non limitatif) de scénarios qu'il propose atteste en tout cas que certains scientifiques excellent dans l'élaboration de plans de sauvetage des restes de notre planète, même quand il prend des allures d'exorcisme, par l'énoncé des vertus – n'ayant plus rien de scientifique –,qu'ils présentent comme indispensables pour retarder le pire. Ouvrage prônant une décroissance que la nature humaine risque fort de contrarier.

Quoi qu'il en soit, que faire quand le serpent se mord la queue ? Quand s'affrontent des boucles de rétroaction comme celle de l'évolution du nombre de consommateurs toujours plus avides ; d'un développement économique et industriel qui ne peut que s'efforcer d'y répondre ; du pillage de ressources limitées qui en résulte ? Mais est-il besoin de la théorie des systèmes, de l'informatique et de 12 scénarios pour démontrer que les ressources, connues et inconnues, d'une planète finie sont vouées à l'insuffisance face à la demande en augmentation accélérée de leur prédateur qu'est l'homme ?

L'un des mérites de ce livre est pourtant de relativiser l'adage selon lequel "Il n'est de richesse que d'homme", en intégrant celui-ci à ses équations, presque au même titre que les ressources et réserves de la planètes et que les technologies. Sans aller jusqu'à accorder à notre démographie la priorité absolue, si le voile se lève timidement sur un tabou, nous n'en sommes pas encore à l'affirmation d'Abraham Maslow selon qui .« Planifier notre avenir, devrait consister à diminuer la population mondiale » Être humain, p. 45 - Eyrolles sept. 2013

De ce point de vue, cette réédition du rapport Meadows souffre de deux faiblesses :

1°. Certains des chiffres sur lesquels elle repose sont caducs, ce que reconnaît d'emblée un avis de l'éditeur ainsi rédigé : « Les données chiffrées de cet ouvrage sont celles de l'édition originale, parue en 2004. Les principales évolutions depuis cette date ne remettant pas en question la démonstration des auteurs, ces valeurs sont reprises sans actualisation ni commentaires. ». Et le fait que ces mêmes auteurs préviennent que leurs courbes et graphiques peuvent se passer de chiffres n'y change rien.

2° Une analyse aussi scientifique perd de son pragmatisme et de son objectivité, quand elle est assortie de considérations d'ordre idéologique dictées par une compassion qui, pour être aussi fondée que respectable n'en est pas moins hors sujet. Il n'est tenu aucun compte des fondamentaux de la condition humaine tels que les exprime la pyramide sociale ; peut-être parce que la science n'a que faire de l'évidence. Ils constituent pourtant les premiers critères à prendre en considération dans toute spéculation mêlant l'avenir de la société à celui de la planète Terre puisque, quel que soit cet avenir, chacun sera toujours le riche ou le pauvre de plus pauvre ou plus riche que soi.

Les limites du raisonnement (quantitatif) énoncé dans cet ouvrage sont d'ailleurs fournies, avec une certaine ingénuité, par le schéma illustrant sa quatrième de couverture. En effet, le point rouge indiquant la situation de la planète et de ses habitants au moment ou a été publiée cette dernière édition, marque un décalage significatif entre ses conclusions et la réalité : à supposer que les autres paramètres n'en subissent pas les effets, l'empreinte écologique à considérer en 2015, en 2050 et en 2100 n'est pas et ne sera pas celle de 6 milliards, 9 milliards puis 10 milliards d'êtres humains, mais celle d'au moins 7, 10 et 11 milliards, selon les dernières prévisions de l'ONU. N'est-ce pas la preuve, dans toute sa limpidité, que la priorité du fait démographique s'impose ?


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