Les mutants parlent aux mutants

par RaphaŽl
jeudi 29 avril 2010

L’industrie des OGM se présente comme une industrie de pointe. Cela est mensonger, son savoir est extrêmement limité sur le fonctionnement du génome. L’élaboration de plantes génétiquement modifiées relève du jeu de l’apprenti sorcier.

En effet les industriels se contentent d’introduire un gène codant pour une protéine donnée (jouant un rôle d’insecticide par exemple) au hasard dans le génome. Pour cela ils bombardent la cellule de billes de tungstène enrobées du brin d’ADN à transférer, puis ils laissent la culture se reproduire. Une grande quantité de cellules est nécessaire car toutes ne sont pas viables. Celles qui se développent, qui ne sont pas malades, et qui ont intégré le gène sont mises en culture et constituent une nouvelle variété OGM. 

Notons au passage que pour distinguer les cellules OGM des autres, on rend les cellules OGM résistantes à un antibiotique, et on répand cet antibiotique dans la culture, de sorte que seules les résistantes se développent. Quand on sait la grande mobilité des gènes dans tout le règne du vivant, notamment grâce aux travaux du Pr. Luis Villareal sur les rétrovirus, on ne peut que désapprouver le fait de répandre volontairement dans la nature des gènes de résistance aux antibiotiques.

Notre science ignore pratiquement tout des conséquences possibles de telles manipulations, car elle ne comprend que très superficiellement le fonctionnement du code génétique dans un organisme vivant.

Tous les gènes sont en interaction, ils constituent un ensemble interdépendant, aussi complexe que la météo ou le fonctionnement du cerveau. Certaines études montrent que des conditions extérieures (comme une famine ou le fait d’avoir été esclave par exemple) peuvent s’inscrire dans le code génétique et influer sur les générations futures (les petits enfants sont diabétiques ou plus petits en taille pour ces deux exemples). L’étude de ces phénomènes est l’épigénétique.


La nature de ce procédé nous échappe. Seules des études statistiques mettent le phénomène en évidence. Nous ignorons également tout des "introns", ces segments répétitifs de l’ADN qui sont repliés et ne codent pas, mais qui semblent répondre à une logique. Certains comparent ses séquences à une sorte de "langage" avec ses mots, qui se répètent, et ses règles grammaticales qui structurent l’ensemble. En outre des rapports harmoniques et fractals semblent relier de grandes portions de l’ADN. Les introns nous semblent inutiles (ou peu utiles) mais ils constituent 95% de notre code génétique. Encore une fois, cela donne la mesure de notre ignorance.

Le génome semble répondre à un ordre profond et complexe dont nous n’avons pas percé les premiers mystères. La très médiatique aventure du séquençage du génome humain, par exemple, achevé en 2003, n’a amené que des questions, et aucune application pratique pour le moment. On n’en entend plus parler.

Voilà pourquoi l’assurance techniciste affichée par les semenciers est une imposture. Leur technique est très rudimentaire, dangereuse, inutile et joue sur des mécanismes que nous ne comprenons pas. Ce qui est quasiment certain, en revanche, c’est que la transgenèse telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui viole les équilibres naturels, au même titre que les diverses pollutions de notre ère industrielle, mais à un autre niveau, un niveau probablement plus profond.

Ce petit éclairage vous permettra de mieux comprendre les résultats de cette étude russe commentés par Mediapart et reproduit dans ce billet.

En 2009, près de 3% des terres agricoles étaient couvertes d’OGM avec 134 millions d’hectares, selon l’ISAAA qui chaque année fait état des cultures des plantes transgéniques dans le monde. Et le dossier des OGM alimentaires - dont de très nombreuses pages restent encore floues à ce jour - pourrait bien s’alourdir prochainement alors qu’une nouvelle pièce en provenance de Russie est sur le point d’y être ajoutée.

Celle-ci prend la forme d’une étude, dont les résultats les plus frappants viennent d’être présentés à la presse en Russie dans le cadre de l’ouverture dans ce pays des Journées de Défense contre les Risques Environnementaux. Elle est même évoquée par Jeffrey Smith, fondateur de l’Institute for Responsible Technology aux Etats-Unis et auteur de référence dans le monde des OGM avec notamment son ouvrage Seeds of Deception (littéralement « les semences de la tromperie ») publié en 2003. Menée conjointement par l’Association Nationale pour la Sécurité Génétique et l’Institut de l’Ecologie et de l’Evolution, cette étude russe a duré deux ans avec pour cobaye des hamsters de race Campbell, une race qui possède un taux de reproduction élevé. Ainsi, le Dr Alexey Surov et son équipe ont nourri pendant deux ans et d’une manière classique les petits mammifères, à l’exception près que certains d’entre eux ont été plus ou moins nourris avec du soja OGM (importé régulièrement en Europe) tolérant à un herbicide .

Au départ, quatre groupes de cinq paires (mâles / femelles) ont été constitués : le premier a été nourri avec des aliments qui ne contenaient pas de soja, le second a quant à lui suivi un régime alimentaire qui comportait du soja conventionnel, le troisième a été alimenté avec en complément du soja OGM et enfin le quatrième groupe a eu des plateaux repas dans lesquels la part de soja transgénique était encore plus élevée que dans ceux du troisième. A la fin de cette première phase, l’ensemble des quatre groupes a eu en tout 140 petits. L’étude s’est poursuivie dans une deuxième phase par la sélection de nouvelles paires issues de chacun de ces premiers groupes. Et dans la logique du déroulement, les nouvelles paires de la deuxième génération ont elles aussi eux des petits, créant de fait la troisième et dernière génération de cobayes. Ainsi, il y a eu au final 52 naissances parmi les spécimens de troisième génération qui n’ont pas consommé du tout de soja, 78 parmi ceux qui ont consommé du soja conventionnel. Mais le troisième groupe, celui qui a été nourri avec du soja OGM, n’a eu que 40 petits, dont 25% sont morts. Et pire, dans le groupe qui a mangé le plus de soja génétiquement modifié, une seule femelle a réussi à donner naissance, soit 16 petits au total dont 20% sont finalement morts. Ainsi, à la troisième génération, les hamsters qui, pour les besoins de l’étude ont eu dans leur menu une part importante de soja OGM, n’étaient plus capables de se reproduire... Mais une autre surprise de taille a été observée : certains de ces hamsters issus de la troisième génération se sont retrouvés avec des poils... dans la bouche, un phénomène d’une extrême rareté.

Voici les photos publiées par Jeffrey Smith dans son billet.

 

Quelles conclusions peut-on tirer de cette expérience ? A ce stade, aucune, comme le reconnaissent eux-mêmes les scientifiques qui ont fait ces observations. D’ailleurs, leur étude qui doit être rendue public dans ses détails en juillet prochain, ne pourra être reconnue comme valide uniquement dans la mesure où elle sera publiée dans une revue scientifique internationale avec un comité de relecture par des pairs. Cependant, même si cette récente étude ne permet pas de tirer de conclusions définitives, elle pourrait avoir un impact non-négligeable dans l’approche globale des OGM agricoles qui sont aujourd’hui consommés dans le monde par des millions d’animaux d’élevage et d’être humains depuis leur avènement en 1996. Car en effet, pouvoir effectuer une étude d’une durée aussi longue (deux ans) est tout à fait rare tant les semenciers qui en font la promotion veillent au grain, de peur que l’étude en question ne soit pas en leur faveur : « Des scientifiques qui découvrent que des OGM provoquent des effets inattendues sont régulièrement attaqués, tournés en ridicule, voient leurs crédits de recherches stoppés, et sont mêmes renvoyés », explique Jeffrey Smith dans son billet repris notamment par The Huffington Post et qui évoque l’étude du Dr Surov et de son équipe en Russie. Et pouvoir effectuer des tests pendant deux ans est d’importance capitale selon les associations écologistes. Celles-ci estiment que deux ans représentent une durée suffisante pour mesurer les effets chroniques d’un produit ou d’une molécule, et donc d’un pesticide. Or, jusqu’à présent, les plantes OGM qui sont consommées dans le monde sont dans une très large majorité des plantes qui accumulent dans leurs cellules un ou plusieurs pesticides (soit par absorption extérieure soit par une production permanente). De plus, les études de plus de trois mois sur des mammifères (généralement des rats) nourris à ces OGM-pesticides (de première génération) sont toutes aussi rares. C’est pourquoi des « lanceurs d’alerte » (l’équivalent français du terme « whistle blowers », littéralement ceux qui soufflent dans le sifflet) dénoncent régulièrement cette situation et demandent à ce que les OGM agricoles soient évalués comme des pesticides à part entière. Autre grand problème : les organismes d’évaluation se basent toujours sur des études faites par ou pour les semenciers et ne possèdent pas de moyens financiers suffisants pour effectuer eux-mêmes des expertises ou contre-expertises. A ce jour, les évaluations d’OGM conduites et financées grâce à des fonds publics se comptent sur les doigts d’une seule main.

 

Selon Jeffrey Smith, l’étude du Dr Surov et de son équipe pourrait bien « déraciner » une industrie qui vaut plusieurs milliards de dollars. L’affaire est donc à suivre, mais quoi qu’il en soit, depuis l’introduction en 1996 dans l’environnement et dans la chaîne alimentaire de produits agricoles transgéniques (issus de semences dans lesquelles y sont ajoutées un ou plusieurs gênes étrangers afin de conférer à la plante une propriété spécifique), les risques qui y sont liés restent encore très largement inconnus car très peu observés faute d’études suffisamment longues et indépendantes, mais aussi à cause du refus des semenciers de publier leurs propres études (sauf sous la contrainte juridique) pour des raisons de stratégies industrielles et commerciales. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le principe de précaution dans ce domaine semble effectivement illusoire alors que les incertitudes scientifiques qui demeurent devraient justement le mettre au cœur du processus d’évaluation. Et d’ailleurs, on peut même supposer que cette absence de précaution large et de manque de transparence vis-à-vis du public nuisent par la même occasion aux OGM agricoles expérimentaux (de seconde génération) qui ne peuvent pas être évalués dans les meilleures conditions puisque ceux qui sont actuellement sur le marché ne l’ont été que partiellement (le proverbe de la « charrue avant les boeufs »...). Car l’ennui au fond c’est que nous tous, les consommateurs, sommes au bout de cette chaîne alimentaire : alors finalement dans l’histoire, qui sont réellement les cobayes ?

 


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