Nucléaire en France : La fausse transparence

par Voris : compte fermé
samedi 15 novembre 2008

Dimanche 16 novembre sur France 3 sera diffusé le documentaire "Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre". Un document saisissant et salutaire pour l’éducation du citoyen sur la question du nucléaire. Seulement voilà, le film est programmé à 4 heures du matin ! Un tel horaire démontre que la loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire reste lettre morte. 

Là où le film "Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre" a été projeté, il a suscité un vif intérêt, il a secoué le public autant peut-être qu’un documentaire d’Al Gore et déclenché des réactions. Le long-métrage, excellent et passionnant, selon Ouest-France, met deux acteurs face à face, sans prendre partie : EDF, l’exploitant et démanteleur de la centrale, et le collectif Sortir du nucléaire.

Le réacteur expérimental de Brennilis, en Bretagne, fut construit à partir de 1962. La population ne fut pas informée sinon par une courte propagande. En 1986, la centrale s’avère peu productive et fuit de partout ! Elle est stoppée. Edf commence son démantèlement dans les années 90 mais doit arrêter les travaux au début des années 2000. EDF, bien que connaissant les risques énormes du démantèlement du réacteur, se lance dans cette opération à haut risque, avant d’être stoppée par les écologistes qui réussissent à arrêter le chantier. Le 6 juin 2007, le réseau "Sortir du nucléaire" obtient, en effet, du Conseil d’Etat l’annulation du décret et donc de la procédure de démantèlement. Selon l’organisation antinucléaire, il s’agit par cette décision de mettre fin à la duperie de l’opinion publique par EDF qui, en procédant au démantèlement de ce petit réacteur d’une puissance de 70 mégawatt (MW), veut faire croire qu’il serait tout aussi aisé de démanteler les réacteurs actuels.

Le documentaire de Brigitte Chevet permet de contrer l’information officielle contrôlée et délivrée au compte-gouttes, et de donner la parole à des témoins. Le bilan est désastreux. Le chantier de Brennilis, qui devait être la vitrine du savoir-faire d’EDF en matière de démantèlement, est un gouffre financier et une bombe à retardement écologique, ce qui n’est pas de bon augure pour l’avenir des centrales vieillissantes. C’est un film citoyen, qui interroge l’état de notre démocratie.

"De la viande à neutron" :


Lors du dernier débat ayant suivi la projection du film à pont-de-Buis (Finistère), un témoin capital, Michel Marzin, ancien adjoint du directeur du site de Brennilis, a parlé de "l’énorme mensonge" et de la "loi du silence". Et des fuites, radioactives ou financières. "À l’époque, avoue-t-il avec émotion, nous étions fiers d’avoir participé à cette construction de la centrale. Avec le recul, je témoigne mais je ne pourrais pas revenir en arrière. Les moyens de sécurité n’ont pas été à la hauteur, le risque sous évalué... Depuis 1982, 50 % des gens ayant travaillé au contact de l’eau lourde sont décédés à moins de 65 ans. C’est terrible, mais pas reconnu. Les employés contaminés des centrales étaient de la viande à neutron."

Le film de la réalisatrice Brigitte Chevet sera diffusé samedi sur France 3 Ouest à 16 heures. Pour le public non breton, il faudra attendre dimanche 16 novembre où il passer sur France 3 à 4 heures du matin !

Que fait le gouvernement ?

A la suite des incidents de Tricastin survenus le 7 juillet 2008 sur le site de la société Socatri dans la Drôme, Jean-Louis Borloo avait sollicité l’avis du Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) sur "la qualité de l’information portée à la connaissance du public, la transparence avec laquelle ces informations sont portées à sa connaissance et les modalités suivant lesquelles il serait possible de mieux associer les différentes parties prenantes concernées par ce sujet".

Le Haut Comité lui a remis son rapport le 7 novembre. Il formule 18 recommandations pour améliorer l’information, la transparence et la concertation avec les parties prenantes. Il préconise principalement la création d’un portail internet facilitant l’accès du public aux informations relatives au suivi radioécologique des sites nucléaires (actuellement, il faut se rendre en mairie durant des créneaux horaires de l’administration !), une rénovation des enquêtes publiques, une meilleure association des acteurs locaux, notamment des commissions locales d’information (CLI).

Que font les collectivités locales ?

L’Etat a transféré aux collectivités locales les missions d’expertise, d’information et de gestion des risques mais ne leur a pas vraiment donné les moyens d’agir. Que se passerait-il en cas d’incidents ? Qui serait responsable ? Personne sans doute...

Plusieurs lois sont intervenues pour opérer les transferts de responsabilités : les lois du 30 juillet 2003 relatives à la prévention des risques technologiques et naturels, du 13 août 2004 relative à la modernisation de la sécurité civile et du 13 juin 2006 sur la transparence et la sûreté nucléaire. Le président du conseil général a pour charge de créer des commissions locales d’information (CLI) auprès des installations nucléaires de base.

Ainsi les collectivités se sont elles vues investies de nouvelles responsabilités en matière de prévention des risques nucléaires et même de gestion post-accidentelle mais sans les moyens adéquats, financiers et d’expertise, leur permettant de les assumer.

En attendant, l’opacité et la dissimulation continuent de régner sur la question du nucléaire. Le documentaire de Brigitte Chevet est donc à ce titre très instructif et aurait mérité d’être diffusé sur le service public - dont on se demande parfois à quoi il sert ! - en première ou en seconde partie de soirée et non en pleine nuit. Ce passage nocturne d’une information capitale est à l’image de la politique d’information du gouvernement !


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