Réchauffement climatique et transition écologique au lycée

par Roland Gérard
samedi 4 août 2018

Les jeunes ont besoin de parler de la crise écologique. Ils peuvent ainsi avoir plus de prise sur un sujet très angoissant pour eux et sur lequel il est évident que les adultes ne font pas ce qu’ils devraient faire.

Ils ont applaudi, je n’en revenais pas, des applaudissements nourris en plus. Ils ont vraiment eu du plaisir à vivre cette séquence les lycéens, ça les a vraiment intéressés. Des élèves de seconde, après deux heures de travail sur le réchauffement climatique et la transition écologique ont montré ainsi leur approbation à ce qu’ils venaient de vivre. Ils ont montré un réel enthousiasme. La prof a dit que ce n’arrivait pas tous les jours dans les classes.

Participation

Dans tous les lycées de France, ils en entendent beaucoup dans une journée les élèves. Ils doivent en absorber des mots, des chiffres, des faits, des idées… et le plus souvent tout cela leur vient d’un adulte qui a la parole. D’un adulte qui bientôt les notera. Eux, leur principale fonction c’est d’écouter et de prendre des notes, de se préparer déjà pour l’évaluation. Là nous avions changé la donne, c’était à eux de s’exprimer et plus en citoyens qu’en élèves. Albert Einstein disait que la connaissance vient de l’expérience et que tout le reste n’est que de l’information. L’enjeu de l’éducation à l’environnement, c’est bien de leur apporter des connaissances et donc de leur faire vivre des expériences.

Le débat mouvant

Cette technique d’animation consiste, suite à une affirmation faite par l’animateur, à demander aux participants qui sont debout de se déplacer vers des affichette « d’ac » ou « pas d’ac ». Les affichettes sont posées sur deux murs de la pièce se faisant face. Cette animation n’est pas encore très connue, pourtant elle fonctionne très bien avec les jeunes et les adultes et elle est autant agréable à vivre comme participant que comme animateur. Un point clé, est de prendre soin de poser collectivement un cadre de bienveillance en début d’animation (voir photo).

Moment vivant

Les cinq affirmations que nous avions posées ce jour là, étaient les suivantes : Le climat change- Ce changement est du à l’activité humaine - L’espèce humaine est menacée - Quoiqu’il arrive on s’en sortira toujours - Je ne peux rien faire seul pour lutter contre la dégradation de la planète. Après chaque affirmation, des déplacements se font, des conversations s’improvisent, des positions se prennent, des prises de conscience arrivent, des questions se posent… En un mot un moment bien vivant en découle. Il n’est pas inutile de proposer l’affirmation : « le climat change » certains élèves, vont vers l’affichette « pas d’ac ». Il faut savoir qu’il y a encore prêt de 40% de climatoseptiques en Russie, qu’ils seraient de plus en plus nombreux au Etats-Unis depuis l’élection d’un certain président, il en reste aussi en France où ils étaient 35% en 2013.

Faire sa propre opinion

Un des grands fondements de l’éducation à l’environnement, le plus important peut-être, c’est que l’éducation à l’environnement n’est pas là pour diffuser de l’opinion, elle n’est pas là pour inciter des personnes à penser ça où ça, ou encore à faire ça ou ça. Non l’éducation à l’environnement a pour ambition de provoquer la réflexion, de développer l’esprit critique, elle vise à donner à chacun les moyens de se faire sa propre opinion. Et peut-être tout aussi important, elle met les personnes en relation les unes avec les autres sur les sujets touchant à la crise écologique. Le débat mouvant déclenche des discussions, il réveille les intérêts, il donne envie de participer. Les projets qui sortiront lors de la deuxième phase de nos travaux n’ont d’intérêt que parce qu’ils viennent des élèves eux-mêmes et qu’ils ont une dimension collective.

Boule de neige

La technique de la boule de neige qui utilise des post-it, sur lesquels on écrit des propositions d’action, seul, à deux, à quatre puis à huit, peut déboucher sur des projets très concrets. Cela a été le cas au lycée Michelet où les élèves sont motivés pour la création « d’un jardin bio, production de légumes et de fleurs pour la cantine, choisir des agriculteurs bio locaux, atelier jardin partagé au lycée obligatoire pour les classes 1h tous les 15 jours » projet qui a obtenu le plus de voix. Nous pouvons aussi voir surgir des mesures plus lointaines du pouvoir d’agir concret des élèves comme : « Règles et normes pour le bien-être des animaux (cosmétiques, abattoirs…) ». Au lycée Bourdelle les thèmes qui sont ressortis dans l’ordre de préférence sont : « Lutter contre la déforestation », « Energie renouvelables, panneaux solaires, moins de nucléaire », « Plus de recyclable », » « Plus d’espaces verts », « agriculture bio ». Parfois émergent des utopies qui font un peu rêver comme par exemple décréter une journée sans voiture par semaine à Montauban. Après tout les rues piétonnes sont peut-être nées comme ça.

Le besoin de parler des « phyto » au lycée agricole

Au lycée agricole de Moissac un projet ressortait nettement en avant de tous les autres : « Organiser un débat sur les produits phytosanitaires ». Comme cela se comprend ! C’est forcement difficile pour un jeune qui se destine à l’agriculture et même inconfortable de se trouver entre le marteau d’une société qui demande de plus en plus une agriculture sans pesticides et l’enclume des organisations agricoles bien décidées à ne pas changer grand-chose.

La communauté éducative du bassin de vie 

Ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard si cela se passe dans le bassin de vie de Montauban. Il y a là bas, des personnes motivées sur la question éducative qui agissent et se parlent depuis des années. Tout cela se fait le plus naturellement du monde dans le dialogue avec les collectivités et de nombreuses associations locales. Actions dans les écoles, programmations de films avec débat en partenariat avec les cinémas, conférences comme celle d’Isabelle Peloux ce printemps 2018, moments de formation multiples… ceci entraine cela.

Tous les territoires sont en transition

La crise écologique en s’amplifiant chaque année nous questionne un peu plus sur tous les registres de notre vie d’humain sur la planète : alimentation, transport, habitat, énergie, santé… et éducation évidement. Nous sommes invités par les évènements climatiques en particulier à tout réviser de nos comportements. Ainsi chacun à leur vitesse, tous les territoires sont en transition et dans tous les territoires des personnes s’interrogent et agissent pour inventer cette école de la transition vers laquelle nous allons inéluctablement. Des enseignants du bassin de vie rendent possible ces actions innovantes pour le territoire où une nouvelle expérience entraine la suivante et ainsi ça avance. Nous le verrons dans quelques années, ces expériences sont déterminantes pour le changement. Ce que nous pourrions voir comme des petites actions, en sont en réalité des grandes par le sens qu’elles ont, par l’énergie qu’elles donnent à ceux qui y participent, par les horizons qu’elles ouvrent.

 


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