Semaine sans pesticides

par POlivier
vendredi 30 mars 2012

Du 20 au 30 mars, les 10 premiers jours du printemps, est organisé la 7ème édition pour la semaine aux alternatives aux pesticides.
Une bien jolie édition, mais...

Ca sent le printemps, le soleil brille, les journées s'allongent, les jours sont plus chauds... Et puis, l'édition de la semaine aux alternatives aux pesticides respire bon le terroir, le bio, le renouveau... Si il n'y avait pas cet arrière goût amère.

Vous savez, cet arrière goût qui rend la chose un peu dégoûtante, voire écœurante, pour une raison qu'on n'arrive pas à déterminer.
Sur ce sujet, j'ai réussi à trouver l'explication de ce goût amère : elle se nomme hypocrisie.

Non, les auteurs de cette édition ne sont en rien hypocrites, au contraire même. 
http://www.semaine-sans-pesticides.fr/

Par contre, le reste, tout le reste, est hypocrite. Imaginez : nous en sommes réduits à devoir faire une pauvre semaine sans pesticides. Un peu comme le Earth Hour, ou l'humanité va soulager sa conscience en éteignant la lumière une heure. Une pauvre heure. Alors même que nous agressons la nature les 8759 heures restantes. Une heure !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pollution_lumineuse

Dans la semaine sans pesticide, un pas est franchi : on ne parle pas d'une heure, mais d'une semaine. Même un peu plus, puisque c'est 10 jours.
Mais l'hypocrisie est toujours la, puisque nous aurons droit à 355 jours avec pesticides, et pas qu'un peu, rappelons que la France fait partie du top 5 des utilisatrices de pesticides au niveau mondial.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pesticide#Agriculture

Un sacré palmarès -pour une fois qu'on fait parti du podium- d'autant plus quand on regarde les surfaces des pays qui nous devancent : Etats-Unis, Brésil... Japon, qui font forts, eux aussi.

Mais, au final, l'hypocrisie, ce n'est même pas cela : c'est pire. En effet, la semaine aux alternatives aux pesticides est avant tout adressée... Aux particuliers. A vous, à moi.
Alors, oui, nous sommes les plus nombreux, c'est une évidence. Mais il y'a 3 bémols à ce constat :
a) tout le monde n'a pas forcément de jardin
b) les surfaces de jardins sont, souvent, très réduites
c) tout le monde n'utilise pas de pesticides, loin de la

Cela réduit déjà fortement le nombre et la responsabilité desdits particuliers. Sans totalement l'effacer, bien évidemment.
Mais cela nous démontre que le problème vient d'ailleurs. Et il est facile à trouver.



En premier lieu, quoi qu'ils en disent, l'agriculture : les 2/3 de la pollution de l'eau est de leur responsabilité.
Très peu de contrôles sont effectués, et l'utilisation de produits chimiques est très largement abusive : pesticides, fongicides, herbicides, insecticides, j'en passe et des meilleurs. Et plusieurs couches par année, s'il vous plait !
N'oublions pas que ces épandages, en plus de tuer toute vie présente sur les champs, peuvent aussi "s'exporter" dans les habitations voisines, sans même parler des infiltrations dans les cours d'eau et autres nappes phréatiques.
Et en finalité, n'omettons pas que nous mangeons de ces pesticides. Et concernant ce sujet, on pourra l'étendre en parlant des produits dangereux qui sont autorisés et largement utilisés, mais je vous renvoie aux livres de William Reymond, Toxic et Toxic Food, qui vous feront regarder à coup sur d'une façon totalement différente votre façon de consommer.

Il parait donc évident que la campagne devrait donc être en premier lieu visée aux agriculteurs.

Mais il y'a pire. Les sociétés et les collectivités.
Pourquoi est-ce pire ? Leur responsabilité est moins grande que les agriculteurs, puisqu'ils disposent de moins de terrains. Certes. Le problème réside dans leur but. Les collectivités, surtout, sont censées être là pour les citoyens, et devraient donc, dans une certaine mesure, montrer le bon exemple.
Et bien non ! L'utilisation chimique est devenu un acte totalement banal : terrains, plantations, arbres... Ils aspergent fréquemment par habitude, pour que tout soit "joli". Et je ne parle même pas des souffleuses, un polluant inutile doublé d'un bruit atroce, la machine a même été interdite dans certaines villes, c'est dire.

En ce qui concerne les sociétés, c'est pire aussi, parce que, nous le savons, leur but premier, c'est de faire du bénéfice : tout le reste n'a aucune importance pour eux. Et c'est pourquoi des lois et des règlements ont été fait, pour limiter leur appétit capitaliste.
Et quand il n'y a pas de loi ? Eh bien, c'est la fête ! La fête pour la nature, surtout, qui ne sera jamais prise en considération, il ne faut pas exagérer.

Et quand on sait que les sociétés ont pris d'assaut l'agriculture, on ne peut que compter les pots cassés... Enfin, essayer de les compter, tant il y'en a.

Et nous en arrivons à la conclusion, qui est pourtant d'une logique implacable : la semaine sans pesticides est une hérésie, née d'une société malade, alors même qu'on devrait avoir des années sans pesticides !
Pourquoi ? Très simple. Les pesticides, à la base, ont été crée pour éradiquer les "nuisibles" et augmenter les rendements.
Or, malgré des doses de plus en plus élevées, les insectes et autres "mauvaises" herbes résistent toujours aux traitements chimiques, et s'y adaptent. Cela ne prend que quelques années pour qu'on voit des insectes résistants émerger, rendant toute la production extrêmement fragile, et rendant les pesticides obsolètes.
De plus, il a été prouvé que le nombre d'insectes "nuisibles", depuis l'avènement des pesticides a.... Augmenté. Eh oui. Le but premier des pesticides n'a donc pas été atteint.

Quant aux rendements... Oui, les premières années, le rendement a augmenté de façon quasiment exponentielle. Mais par rapport au bio, le rendement est similaire voir inférieur !
Pire : comme le dit Claude Bourguignon, ingénieur agronome, depuis plus de 40 ans, suite aux abus du chimique qui tue toute vie, l'activité microbiennes et fongiques ont lourdement chuté, entraînant une érosion accélérée, faisant perdre une quantité d'humus et de sol phénoménale, 10 tonnes par hectare et par an.
Concrètement, cela signifie que les rendements seront toujours moins riches, puisqu'il faudra toujours utiliser plus de produits chimiques !

Que reste t-il aux pesticides ? Ses deux objectifs, rendement et éradication des nuisibles, n'ont pas été atteint, au contraire même, puisqu'on peut parler de recul dans ces deux domaines.
Mais si ce n'était que ça... Les produits chimiques, "phytosanitaires", le mot pour faire joli, ont non seulement massacré les cultures, mais aussi... Tout le reste. Sol, cours d'eau, nappes phréatiques, air, nourriture... Ces produits se sont infiltrés absolument partout. Et ne pensez pas être à l'abri, détrompez vous : les nouveaux nés peuvent avoir près de 200 substances chimiques.

Il est donc dérisoire de faire une semaine sans pesticides, même si elle est pavée de bonnes intentions.
Il est encore plus dérisoire de culpabiliser le particulier qui n'a, souvent, aucun sens des valeurs : il utilise ce qu'on veut bien lui donner. Et quand on lui explique que le produit nettoie les mauvaises herbes, il va être tenté de l'utiliser sans plus de réflexion.
Essayer de traiter le problème par le bas, c'est un peu comme si les ordres étaient d'abord donnés aux intérimaires, qui vont devoir les retransmettre à leurs supérieurs, tout leurs supérieurs. Il y'a très peu de chance que l'ordre soit transmis à tout les supérieurs, ni qu'ils soient donnés à temps, sans même parler de la justesse du message, la transmission pouvant être quelque peu... Modifiée.

Il est donc urgent que le haut de notre société -l'Etat notamment- s'occupe de ce problème, en mettant en place une série de mesures qui restreignent cette mono-culture aux effets catastrophiques à tout les niveaux.
En fait, le seul aspect positif est à voir du côté économique... Et là encore, c'est un aspect très restreint, puisqu'il ne concerne que quelques sociétés, Monsanto en tête.
Absolument tout le reste est à noter en négatif. Santé, environnement, progrès, rendements...

Quelles mesures, alors ? Simple, des mesures interdisant les substances dangereuses ou celles qui présentent un risque -le principe de précaution existe dans nos lois.
Etant donné le fait avéré de la dangerosité de tout ces produits pour l'environnement, instaurer des taxes et pour l'agriculteur, et pour l'agrochimie.
Pour chaque suspicion de produit, comme le cruiser par exemple, suspension des ventes et de l'utilisation des produits, et obligation à la société de prouver, avec des laboratoires totalement indépendants, car les labo "indépendants" et financés par l'agrochimie ne sont pas indépendants.
Et surtout, avant toute utilisation, de vrai tests doivent être réalisés et approuvés par tout les acteurs et non pas uniquement par des scientifiques qui ne font que des tests au laboratoire, sans aucune objectivité.

Espérons donc que la semaine sans pesticides ne dépasse pas sa 10ème édition, et qu'elle soit remplacée bien vite par une éventuelle "semaine avec pesticides" qui aurait pour but de prouver le comportement imbécile de plus de 50 années de folies et de déraison, basée sur une agriculture destructrice et allant à l'encontre du principe même de la nature et du vivant. 

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