Transition énergétique : l’alliance franco-allemande peut-elle voir le jour ?

par Adrien
jeudi 23 janvier 2014

Entre une droite dubitative et une gauche globalement furibarde, on ne peut pas dire que la troisième conférence de presse de François Hollande, marquée par un tournant à droite, ait provoqué des transports d'allégresse. Dans la marée des commentaires grinçants, une réaction sort toutefois du lot : celle de François de Rugy, coprésident du groupe EELV à l'Assemblée nationale, qui s'est fendu d'un tweet tout sourire : "Convergence franco-allemande sur la transition énergétique ? On ne saurait choisir meilleur sujet." Quid ? 

Alliance franco-allemande : bis repetita placent ? 

La conférence de François Hollande avait surtout vocation à annoncer un changement de dynamique économique. En marge de cette dominante - ou pour l'illustrer - le président a mis en avant la nécessité de créer une véritable alliance avec l'Allemagne sur le chapitre des énergies renouvelables. Le but : constituer des filières communes.

L'idée d'une alliance franco-allemande pour mener de front la transition énergétique ne date pas d'hier. Elle a été inaugurée par Delphine Batho, alors ministre de l'Ecologie, et son homologue allemand de l'époque, Peter Altmaier. Avant de tomber plus ou moins aux oubliettes, puis d'être de nouveau abordée le 18 décembre dernier lors du passage à Paris d'Angela Merkel.

Si Hollande est optimiste sur le sujet, c'est qu'il ne s'aventure pas tout à fait en territoire inconnu. La coopération industrielle franco-allemande a déjà fait ses preuves. L'exemple le plus emblématique est celui du développement d'Airbus par EADS. Une collaboration sans laquelle les deux firmes pourraient en être réduites, aujourd'hui, à faire de la sous-traitance pour de plus grands groupes d'aéronautique.

Dans le domaine de l'énergie aussi, l'alliance franco-allemande s'est déjà révélée fructueuse... ou moins. Le réacteur nucléaire EPR, de troisième génération, a été conçu par le Français Framatome et l'Allemand Siemens. Quatre exemplaires sont en construction, en France, en Finlande et en Chine. En 1999, Siemens toujours avait par ailleurs pris une participation de 34% d'une filiale d'Areva NP. Avant de retirer ses billes une décennie plus tard.

Autant de précédents qui n'en sont pas vraiment. L'alliance bilatérale évoquée par Hollande s'intéresserait au développement des énergies renouvelables, en permettant une véritable synergie entre les deux pays grâce notamment à l'harmonisation des règles fiscales. Elle envisage un partenariat d'une envergure jamais égalée, en se proposant "de mettre en commun les compétences d’entreprises comme Siemens, Schneider ou GDF Suez en une seule et même société", selon une source proche du dossier. Il s'agit donc de s'appuyer sur les expériences passées, en en reproduisant le meilleur, en écartant le pire et en extrapolant le tout à plus grande échelle, dans une autre dynamique : celle de mener à bien la transition énergétique. 

Accords et désaccords

L'Allemagne, sur le sujet de la transition énergétique, est souvent citée comme un bon élève, souvent aussi décriée. Pas étonnant. Ayant décidé de sortir du nucléaire à l'horizon 2022 après la catastrophe de Fukushima, le pays s'est tourné vers les renouvelables, la part du solaire, de l'éolien et de la biomasse étant passé de 12 à 18% dans le mix énergétique de 2010 à 2012. Une belle performance sur le papier, qui cache pourtant une sacrée part d'ombre : en parallèle de ce recours accru aux énergies vertes, l'Allemagne fait aussi de plus en plus appel au charbon pour suppléer à son abandon progressif du nucléaire. Le contenu en CO2 de son KWh est ainsi cinq fois plus élevé que le nôtre.

La France pollue donc moins. Mais, dans le même temps, elle développe aussi moins vite les énergies vertes. Cahin-caha, elle devrait tout de même parvenir à atteindre l'objectif qu'elle s'est fixée pour 2020 : injecter le réseau du pays de 23% d'électricité propre. Elle en est actuellement à 12%. Pour parvenir à ses objectifs, elle s'appuie notamment sur la création de parcs éoliens in et offshore, ou encore sur le déploiement à grande échelle de compteurs communicants, qui permettront d'optimiser le recours à ces énergies intermittentes dans le réseau. Un choix que ne partage pas l'Allemagne, puisque le pays a décidé pour de ne pas faire appel aux compteurs intelligents.

Si le projet d'une alliance franco-allemande sonne bien, reste encore à le clarifier et à accorder nos violons. Il ne s'agit bien entendu pas de calquer les modèles français et allemand de transition, mais tout de même de se trouver des objectifs communs et de se tirer réciproquement vers le haut. Souhaitons que l'Allemagne booste la France sur le chapitre des énergies renouvelables, et que la France arrive à convaincre sa voisine d'adopter les compteurs intelligents (et plus généralement les smart grids) et de se détourner du charbon. Sans ambitions collectives, difficile de poser les bases d'un partenariat constructif. 


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