Vents favorables sur l’ťolien

par Stephane Klein
mercredi 28 mars 2007

La filière mondiale confirme plus que jamais son essor avec 72.6 GigaWatts installés en augmentation de 13.3 GW. Cet article est une synthèse de l’activité du secteur issu du Baromètre Eolien produit par Observ’ER et de divers webzine tels que Enerzine.com auquel s’ajoute quelques analyses critiques et personnelles. Je me suis attaché à établir un bilan uniquement économique du secteur éolien, un article identique sur le photovoltaïque suivra.

La puissance :

La puissance mondiale installée atteint 72.6 GigaWatt au 1er janvier 2007 pour une puissance nouvelle de 13.3 GW contre 11.7 GW nouveaux en 2005. L’Europe se taille la plus grosse part avec 48 GW installés, en progression de 7.6 GW représentant ainsi 57% du marché mondial.

Au sein du continent, l’Allemagne reste le marché moteur avec 20.6 GW de puissance en progression de 2.2 GW. La nouvelle est particulièrement intéressante puisqu’elle représente un progression de 20% de la puissance installée alors qu’une décrue était amorcée depuis deux ans avec ‘seulement’ 1.8 GW installés en 2005. L’autre aspect intéressant du bilan allemand 2006 est la progression du repowering (remplacement d’éoliennes anciennes par de plus puissants générateurs) : 130 MW nouveaux.

L’Espagne confirme sont rang de deuxième marché européen avec 11.6 GW de puissance installée, en progression de 1.6 GW.

La France crée positivement la surprise en se plaçant au troisième rang européen en matière de puissance nouvelle avec 800 MW nouveaux pour une puissance totale de 1 500 MW, doublant ainsi en un an la puissance installée durant les 5 dernières années.

L’objectif européen de 40 GW en 2010 fixé par le Livre Blanc est donc déjà largement dépassé, l’objectif pour 2010 ayant été réévalué à la hausse à 89 GW de puissance installée.

En terme de puissance installé par habitant, c’est le Danemark qui se place en première position avec 0.6 kW par habitant suivi de l’Espagne (0.26/hab.), l’Allemagne (0.25/hab.) et très loin derrière, la France (0.026/hab.).

La production éolienne représente une part de 2.8% de la production électrique totale européenne, en progression, avec une pointe remarquable du Danemark à 18% de la production nationale.

Les mesures incitatives

Plusieurs approches ont été imaginées pour promouvoir les Energies Renouvelables :

La France ou l’Allemagne ont opté pour le système étatique de l’Obligation d’Achat. Un tarif d’obligation d’achat est fixé par le législateur pour une durée longue (15-20 ans). Ce tarif est fixé en France pour l’éolien terrestre à 8.2 cE/kWh pendant 10 ans puis entre 8.2 et 2.8 cE/kWh pour les 5 années suivantes. L’éolien off-shore bénéficie de 13 cE/kWh pendant 10 ans puis entre 13 et 3 cE/kWh pendant 10 ans. Une dégressivité de 2% par an pour les nouveaux projets sera appliquée à partir de 2008. Ces chiffres sont à comparer avec le prix de revient du kWh nucléaire issu de l’EPR : 4.8 cE. A terme, il est probable que l’éolien aie un coût global comparable à celui du nucléaire.

La Royaume-Uni et la Belgique ont opté pour l’outil libéral du certificat vert. Un certificat d’origine de l’électricité produite et vendue est attaché à chaque kWh éolien. Les distributeurs ont eux l’obligation de vendre un quota défini d’électricité verte. Producteurs et distributeurs s’échangent donc les certificats sur un marché identique à celui de l’électricité. En cas de non présentation de certificats en suffisance, une amende est appliquée déterminant la valeur du certificat qui est légèrement inférieure de celle des pénalités. En 2006 le quota décidé par le gouvernement britannique est de 6.7% en 2006 et doit passer à 10% en 2010.

Le marché des générateurs

Les premiers constructeurs de générateurs éoliens sont dans l’ordre :

1/ Vestas (DK, 28% marché, 3.2 Md€ CA, 10 300 employés),

2/ GE Wind (USA, 18% marché),

3/ Enercon (DE, 13% marché, 1.2 Md€ CA, 9 000 employés)

4/ Gamesa. (ES, 13% marché, 1.7 Md€ CA, 8 000 employés).

Le classement des pays en terme de Chiffre d’Affaire :

1/ Danemark(Vestas),

2/ Allemagne(Enercon, Siemens, Repower, Nordex),

3/ USA (GE Wind),

4/ Espagne(Gamesa, Ecotecnica).

Il n’existe plus aucun fabricant français depuis la cessation d’activité de Jeumont Eolien..

La totalité des constructeurs éoliens enregistrent une croissance à deux chiffres tel Gamesa avec une progression de 64% de son Chiffre d’Affaire.

Le marché connaît cependant une tension sur la fourniture de pièces essentielles telles que roulements et boites de vitesse dont la cadence de production est insuffisante pour répondre à l’offre, induisant des frais financiers.

Les perspectives

Les perspectives globales sont très positives de par les incitations européennes qui continuent à soutenir la demande. Ainsi l’Espagne qui s’est fixé en 2005 un objectif de 20 GW de puissance installée en 2010, la France avec un objectif de 13.5 GW mais aussi la venue de l’Inde (6 GW en 2006) et de la Chine (1.7 GW).

Pour l’Allemagne et le Danemark, l’axe de progression principal devient l’off-shore puisque de première fermes ont été lancées, autorisant une productivité plus importante mais aussi de coût d’installation et maintenance plus élevés et induisant une dépendance plus grande encore envers le gisement éolien de Mer du Nord.

La situation française

Face à la situation française et la progression en crabe de son secteur éolien, il convient d’exercer une critique sans complaisance de la politique gouvernementale. Cette critique se doit d’être d’autant plus acerbe que les enjeux inhérents au développement de la filière sont de première importance. Celle-ci est en effet porteuse d’activité, d’emplois à forte valeur ajoutée et de profit, mais aussi de plus-value écologique tant en terme de diminution des émissions de GES que de réduction de nos déchets nucléaires.

Or la situation du marché français au début 2007 est on ne peut plus favorable....aux groupes étrangers, confortés sur leurs marchés domestiques et prêts à la conquête du marché français.

Grâce aux politiques incohérentes des gouvernements Jospin et Raffarin, le marché français a ainsi perdu Jeumont, son seul constructeur de grandes éoliennes, dont l’activité éolienne fut stoppée début 2005. De leurs côtés, bureaux d’études et autres prestataires de service ne purent que vivoter, bridés qu’ils furent par l’obstruction tous azimuts orchestrée par le gouvernement, ses préfets et le lobby nucléaire.

L’ironie cruelle de ces événements réside dans l’actualité économique très récente. En effet, Areva, maison mère de Jeumont, a laissé alors mourir la division éolienne de cette entreprise sans rien tenter pour redresser la barre. Sans doute avait-on parié en haut lieu sur le retour de la CDU/CSU au pouvoir en Allemagne et le retour en grâce du nucléaire. Il n’en fut rien et alors que sa filiale cessait l’activité éolienne, Areva sentant le vent tourner, prit en 2006 une participation de 30% dans Repower, troisième fabricant allemand d’éoliennes. Tout récemment, Areva s’est porté acquéreur des 70% restant, mais à prix d’or puisqu’en concurrence avec l’indien Suzlon qui les lui dispute. La dernière surenchère d’Areva porte cette part à 1.137 milliard d’euros. Nul doute qu’une telle somme investie dans Jeumont aurait permis de créer un leader français de l’éolien et plusieurs milliers d’emplois nationaux au lieu de profiter aux investisseurs allemands.

Un rapide retour sur les approches gouvernementales est indispensable pour déceler les responsabilités.

Si le gouvernement Jospin décida en 2000 des mesures identiques à celles du gouvernement allemand d’alors et à un tarif identique à celui cité plus haut, la mise en pratique ne suivit pas. Tout porteur de projet se retrouva confronté à une obstruction administrative minutieuse matérialisée par les 26 démarches administratives nécessaires à la réalisation d’un projet. Il ne fallait alors pas compter sur un Parti Socialiste voué au nucléaire incarnant le progrès radieux (encore de nos jours, cf Claude Allègre.) ni sur des Verts réfractaires à l’investissement privé, pourtant seule voie de développement de l’éolien.

Le coup de Trafalgar vint avec le gouvernement Raffarin et le député Ollier qui tenta d’instaurer une taille minimale de parc éolien, interdisant ainsi tout accès au marché aux investisseurs de taille modeste et moyenne. La manœuvre échoua car trop grosse mais mobilisa une énergie mieux utilisée à développer l’éolien plutôt qu’à le défendre.

A l’inverse, le bond de 2006 est à mettre au crédit du gouvernement de Villepin qui décida une série de mesures pro-EnR dont le tarif éolien décrit plus haut. Parallèlement, des directives gouvernementales à destination des préfets permirent de fluidifier les démarches et de lever les blocages administratifs injustifiés. L’horizon n’est pas dégagé pour autant puisqu’on voit encore des projets importants être rejetés, tel celui off-shore en Seine-Maritime, d’une puissance importante (702 MW, 156 éoliennes) mais refusé par le préfet, sous des prétextes fallacieux et sans consultation aucune.

En définitive, bien que perfectible, la situation française est revenue à la normale : un contexte tarifaire intéressant, des démarches administratives redevenues raisonnables, un potentiel important, le 2e d’Europe, bref l’eldorado pour les constructeurs et bureaux d’étude étrangers qui viennent vendre des parcs clé-en-main aux entreprises françaises telles que Poweo, Direct Energie ou EDF Energies nouvelles.

L’avenir n’est pas sombre pour autant car outre l’amélioration environnementale que le développement éolien sous-entend, on peut se mettre à espérer au renouveau de l’industrie éolienne française par ses constructeurs de mini-éoliennes. Il faut cependant que le gouvernement décide rapidement un tarif pertinent qui permette à ces entreprises de se développer et monter en gamme.

Rien n’est perdu, la demande mondiale n’en est qu’à ses débuts !

Sources  :

http://www.energies-renouvelables.org/observ-er/stat_baro/observ/baro177.pdf

http://www.enerzine.com

http://www.eolien-poitou-charentes.com/dyn/pages/textes_officiels/arrete_tarifaire_du_10072006.pdf

http://www.espace-eolien.fr/

Groupe discussion : http://fr.groups.yahoo.com/group/petit-eolien

 

 


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