Zone à évacuer
par olivier cabanel
vendredi 3 avril 2026
Chacun sait que les dangers qui menacent les populations doivent être signalés, or le danger nucléaire ne l'est pas…
En effet, vous avez vu un jour ou l’autre des panneaux triangulaires, bordés d’une ligne rouge signalant ici ou là d’éventuels dangers... attention chute de pierre... par exemple.
Or étrangement, le danger nucléaire n’est pas à ce jour signalé, en cas d’accident nucléaire majeur, oubli préoccupant,
Amusant de constater que les autorités n’hésitent pas à signaler qu’un rocher puisse se décrocher de sa paroi, et causer des dommages à celui qui est en dessous, mais qui se refusent à signaler qu’une antique centrale nucléaire puisse avoir une défaillance, obligeant des milliers, voire des millions de citoyens, à évacuer définitivement les lieux... peut-être pas pour faire chuter le prix de l’immobilier ?...
Les mouvements anti nucléaires ont pointé du doigt cette carence et ont décidé de signaler aux autorités ce risque avéré.
Ils ont d’abord écrit au ministre pour lui demander de réparer cet oubli, ajoutant qu’au cas ou leur courrier serait sans réponse, ils prendraient l’initiative de mettre en place ces panneaux, choisissant la date du week-end du 25/26 avril pour lancer cette information, avec en prime un évènement mystère à proximité des 19 centrales nucléaires françaises en y invitant la presse.
Rappelons que cette date n’est pas due au hasard puisque c’est un 26 avril, à 1h23 du matin, que la catastrophe de Tchernobyl s’est produite. lien
Il s’agit donc de prévenir les populations des communes à proximité des centrales, ( dans un rayon de 20 km) qu’en cas d’accident nucléaire majeur, elles seront évacuées.
Rappelons aussi que lors de la catastrophe de Tchernobyl, les autorités soviétiques ont évacué 350 000 personnes, dans un rayon de 30 km autour du site, mais les français doivent être plus résistants que les ukrainiens, puisque nos autorités ont limité la zone d’évacuation à 20 km. Lien
Pire, les préfets concernés sont encore plus optimistes, limitant le périmètre dangereux à 2, 5, voire 18 km.
On comprend leur embarras, sachant que Lyon ne se trouve qu’à 35 km de la centrale, (lien) ce qui rappelle l’épisode préoccupant qu’à connu Bordeaux, avec la centrale du Blayais, lorsque Juppé, maire de la ville, avait décidé son évacuation. lien
En effet, suite à la tempête du 27 décembre 1999, lorsque la digue de l’époque avait été submergée, provoquant l’inondation du système de refroidissement, l’évacuation avait été envisagée.
Rappelons que l’entité urbaine de Bordeaux, c’est plus d’un million d’habitants. (et la région lyonnaise, c’est 1 307 000 habitants, sachant que la zone urbaine frôle les 2 millions d’habitants).
Depuis, le dispositif de protection a été amélioré, et la digue surélevée.
Sauf que, comme la centrale a été construite en dessous du niveau de l’estuaire, un risque de submersion demeure.
Mais le maire du Blayais est malgré tout rassuré, et dort sur ses deux oreilles. lien
Les autorités admettent donc maintenant qu’un tel accident est possible en France, surtout pour les 19 vieilles centrales, comme celle du Bugey, par exemple, laquelle a largement passé la limite d’age : lien
cette option n’est pas rejetée, elle est même confirmée d’une part par Bernard Doroszczuk, président de l’ASN : « un accident nucléaire est toujours possible et ceux qui prétendraient le contraire prennent une grande responsabilité (...) et cela suppose de l’anticipation », affirmation déjà émise par son prédécesseur, Pierre-Franck Chevet, lequel, devant une assemblée nationale éberluée, avait déclaré en 2012 : « l’accident est possible ». lien
Aux USA, l’ex-directeur de l’Agence de Sûreté, Grégory Jacczko avait qualifié des accidents nucléaires « d’inévitables ». lien
La centrale du Bugey est âgée de plus de 40 ans, et va atteindre les 47 ans d’exploitation en juillet prochain,avec tous les risques que cela représente, dus à la corrosion des diverses tuyauteries, et d’autres matériels qui devraient être remplacés de toute urgence.
Depuis les années 2000 les « incidents » n’ont cessé de se multiplier à Bugey, quasiment au moins un par an. lien
De la fuite d’eau, suite à la corrosion du réseau de tuyauterie, qui sert au refroidissement du réacteur, (4 fuites en 2015), à la panne de pompe, en passant par la panne d’un dispositif qui permet de contrôler la réactivité du cœur du réacteur, la vieille centrale n’en peut plus, et de 2000 à 2016, pas moins de 50 « incidents » ont été constatés par l’ASNR (Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection). lien
et depuis 2017, jusqu’à aujourd’hui, les « incidents » se sont multipliés : 191 avis d’incidents ont été signalés. lien
La réputation de l’antique centrale est tellement sulfureuse que les « vins du Bugey » songent sérieusement à en changer l’appellation, ou du moins demandent à la centrale à changer de nom, et dans la foulée ils ont attaqué EDF en justice. Lien
Comme dit mon vieil ami africain : « l’âne porte le vin et boit de l’eau ».
la photo illustrant l’article est de Stop Bugey
Merci aux internautes pour leur aide précieuse
Olivier Cabanel
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