Arrogance incompétente

par Michel Koutouzis
mardi 4 octobre 2011

En Grèce, le salaire minimum prévu par la convention salariale s’élève à la somme astronomique de 751,39 euros. (Le travail journalier étant de 33,57 euros). A 50-100 euros près, c’est ce que touche la plus part des salariés : un Himalaya de pognon. En tous cas c’est bien ce que pense la Troïka (UE, FMI et BCE) puisqu’elle vient d’exiger du gouvernement grec de mettre fin à la convention collective : « Il faut tout de suite commencer un dialogue avec les partenaires sociaux pour les convaincre d’abaisser le seuil salarial minimum mais, si cela s’avère impossible, il faudra légiférer ». Commission européenne et FMI pensent donc qu’il faut supprimer les syndicats en Grèce, qui n’ont de toute façon « obtenu » qu’un salaire au dessous du seuil de pauvreté. La commission considère qu’il reste toujours trop élevé. Il ne s’agit pas là de mesures concernant les fonctionnaires, mais bien des salariés du privé. En d’autres termes, puisque le privé « peine » à payer ses impôts (fourchette haute) ou risque de fermer boutique faute d’acheteurs (fourchette basse) ne reste que les salariés (déjà ponctionnés trois fois en deux ans) et les retraités (eux aussi saignés jusqu’à l’os). 

Lorsque le gouvernement grec a sorti sa dernière lubie (le fisc exige désormais des factures couvrant soixante pour cent du salaire, sinon, il taxe de dix pour cent la différence), on pensait avoir atteint le degré zéro de la pensée (et de l’efficacité) économique (pour l’éthique et la justice sociale ce degré est largement dépassé depuis longtemps). Et voilà que la Commission réussi à aller encore plus loin. Car ce qu’elle propose ce n’est rien d’autre que la fin de l’Etat de Droit, des corps constitués, de la société civile, de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance des syndicats (et, en passant, de celle de la confédération patronale ). 

Nous décidons et nous ordonnons était le slogan de la dictature militaire. Il semble désormais être celui de la Troïka. Prompts a exiger des nouveaux efforts à la Grèce, la Commission et les Etats membres le sont beaucoup moins dès lors qu’il faut prendre une décision. Au tout début de la crise, le problème grec était quantifié : il se situait autour de 120 milliards, tous engagements et emprunts confondus. A force de traîner, il a doublé, et, cette crise de confiance, cette paralysie ont ajouté au déficit grec quelques 600 milliards, partis en fumée au sein des bourses européennes. Cet appauvrissement généralisé, conséquence d’une moins value qui ne valorise désormais les géants du CAC, du FTSC ou du DAX qu’au prix de leurs avoirs immobiliers ou de leurs stocks, n’a rien de commun avec la dette souveraine grecque qui initialement se situait autour de moins de1% du PIB des pays membres. Si les Etats membres avaient comme objectif leur faillite généralisée ils ne se seraient pas pris autrement. Boutiquiers irresponsables, gestionnaires dépourvus aussi bien d’esprit anticipateur que de courage, ils exigent en sus aux plus pauvres de leurs concitoyens de céder une part de leurs 751 euros mensuels. Il ne faut pas les virer pour cruauté et manque d’humanité : leur incompétence suffit amplement 


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