Brexit : le déshonneur des travaillistes et du parlement britannique

par Laurent Herblay
mercredi 18 septembre 2019

Les quinze derniers jours ont encore été riches en rebondissements dans l’interminable feuilleton du Brexit. Boris Johnson a affronté la rebellion des parlementaires qui veulent lui imposer de ne pas quitter l’UE sans accord et quelques défections. Il a répliqué en proposant des législatives mi-octobre, ce qui a été refusé par les travaillistes qui les réclamaient il y a quelques semaines

 

La négociation et la démocratie pour les nuls
 
Je suis assez sensible aux idées économiques avancées par Jérémy Corbyn, qui a marqué un net virage à gauche de l’ancien parti de Tony Blair. En 2016, je voyais en lui et Bernie Sanders la réplique idéologique de Reagan et Thatcher, quarante ans plus tard, peut-être les signaux avancés de la revanche à venir des progressistes sur les oligolibéraux. Et même s’il n’avait pas soutenu le Brexit, son manque d’enthousiasme pour défendre le choix inverse me faisait penser qu’il pourrait accepter de sortir de cette UE si oligolibérale et largement en contradiction avec son programme économique, qui comprend des nationalisations de service public que l’UE pousse à casser, comme la SNCF.
 
Mais ces dernières semaines n’ont pas très flatteuse pour les travaillistes. D’abord, l’idée de vouloir éviter à tout prix une sortie sans accord est absurde. Comment le gouvernement britannique peut négocier avec l’UE sans cette carte dans la main ? Sans cela, cela pousse l’UE à rester sur l’accord accepté par May. Par conséquent, le parlement britannique veut créer les conditions pour que l’UE ne propose pas autre chose que l’accord qu’il a refusé trois fois… Brillant ! La simple tactique de négotiation devrait pousser à garder cette possibilité pour renforcer la position du pays. Essayer d’empêcher une sortie sans accord produit une négociation complètement déséquilibrée où l’UE a tous les leviers. En votant contre une sortie sans accord, les Travaillistes favorisent clairement l’UE contre leur propre pays !
 
Corbyn est également ridicule d’évoquer le Brexit ultralibéral de Boris Johnson. Les marchés sont clairs : les milieux d’affaires sont contre le Brexit, et on peut s’étonner que Corbyn prenne leur parti. Quand une sortie sans accord devient plus probable, les marchés baissent et quand elle devient moins probable, ils montent. Comment Corbyn ne peut pas reconnaître que son programme serait plus facile en dehors de l’UE plutôt qu’en dedans ? Les nationalisations n’ont jamais fait partie de l’agenda de Bruxelles… Aujourd’hui, il devrait soutenir Boris Johnson pour que son pays soit plus fort dans la négociation du Brexit, sorte rapidement, pour le libérer des règles économiques de Bruxelles, en contradiction avec son programme. Aujourd’hui, il préfère la politique politicienne, espérant affaiblir Boris Johnson.
 
Corbyn achève de se ridiculiser en refusant les élections qu’il demandait il y a peu. Il se contente de vouloir affaiblir le gouvernement, tout en refusant de laisser le peuple trancher ! Petite cuisine assez minable car des élections mi-octobre étaient probablement la meilleure voie : soit les britanniques donnaient une majorité à Boris Johnson et à son programme d’une sortie le 31 octobre, avec ou son accord. Et s’ils ne le voulaient pas, ils auraient pu élire les travaillistes de Corbyn, pour poursuivre des négociations à l’issue très incertaine dont un probable nouveau référendum. Un tel vote était la meilleure option et il faut remercier Boris Johnson de l’avoir proposé. Et vouloir imposer quoique ce soit juste avant un vote, comme le voulaient les travaillistes, démontre le curieux rapport à la démocratie des corbynistas.
 
Boris Johnson est bien le chef le plus raisonnable que la Grande-Bretagne pouvait avoir. Theresa May, parce qu’elle ne croyait pas vraiment que « pas d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord  », en a conclu un mauvais. En étant prêt à partir sans accord, Boris Johnson se montre à la fois plus démocrate mais aussi bien meilleur négociateur. Honte aux travaillistes de lui faire barrage de la sorte.

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