Ces 750 milliards qui disqualifient l’UE et Macron

par Laurent Herblay
samedi 25 juillet 2020

L’interprétation de l’accord de mardi n’a pas fini générer des débats entre partisans de l’UE, qui continuent à y voir un moment hamiltonien, et critiques qui y voient une forme de chant du cygne. Même s’il ne faut pas négliger la réelle, même si limitée, évolution fédéraliste, sur le fond l’UE persiste dans la même impasse. Et la France de Macron est bien le dindon de la farce pour reprendre Natacha Polony.

 

Une UE dérisoire et caricaturale, un Macron qui oublie la France
 
Bien sûr, en affichant un montant de 750 milliards d’euros, les dirigeants de l’UE préservent les apparences. Le chiffre semble énorme et ils pourront claironner que l’UE a été à la hauteur des enjeux de la crise que nous traversons. Sauf que, quand on met en perspective ces chiffres, ce montant est en réalité dérisoire. Il faut d’abord rappeler que les États avaient déjà mobilisé 2000 milliards au premier semestre. En outre, les sommes dont on parle pour ce plan portent sur six années, ce qui relativise grandement leur importance. Enfin, sur les 750, seuls 390 sont inscrits en dur dans les budgets, 360 correspondant à des prêts que l’UE pourrait faire à ses membres s’ils le demandent. Pas sûr que l’expérience passée soit très motivante pour d’éventuels candidats au mécanisme, d’autant plus que le niveau extrêmement bas des taux rend le passage par ces prêts totalement inutile aujourd’hui…
 
En réalité, alors que l’UE s’est mise d’accord sur un budget d’environ 1100 milliards d’euros pour 2021-27, les 27 se sont accordés pour ajouter une rallonge de 390 milliards. Le budget de l’UE passerait donc de 1 à 1,4% du PIB sur la période… On a vu plus ambitieux qu’un plan de relance qui accroit les dépenses de 0,4% du PIB. Pire, dans le magma des plans divers et variés, il y a fort à parier qu’il y aura des effets de substitution, comme le révèlent déjà les coupes apportées à certains budgets, dénoncées au parlement européen. D’ailleurs, la France a annoncé que les 40 milliards du plan européen feront partie du plan de 100 milliards. En clair, en partant du principe que seulement la moitié viendra en additionnel, ce plan n’apportera sans doute qu’un supplément de budget de 0,2% du PIB sur la période, seulement à partir de 2021. Totalement dérisoire sachant que le PIB va reculer de 10%...
 
En outre, si un montant de dépenses a été fixé, le principe de rembourser avec de nouvelles ressources propres à l’UE est extravagant. Il faudra l’accord des 27 pour y arriver. La taxe plastique est anecdotique et une taxe sur les GAFA plus qu’hypothétique, entre une Irlande qui se fera leur avocat et une Allemagne soucieuse de ne pas fâcher Washington… Bref, dès 2027, il y a fort à parier que les Etats devront contribuer en plus pour rembourser les 390 milliards. Plus globalement, cette négociation montre que l’UE n’est pas le bon cénacle pour agir à l’échelle européenne. Devoir se mettre d’accord à 27 est trop complexe et impose trop de circonvolutions pour aboutir à des accords à la portée dérisoire. Au final, les « frugaux » ont cédé contre de l’argent, et une baisse de leur contribution nette.
 
En somme, l’UE n’a pas évolué depuis quarante ans quand Margaret Thatcher voulait qu’on lui rende son argent. A ce titre, la position de Macron est profondément révoltante d’un point de vue de l’intérêt national. Il est sans doute le dirigeant européen qui a le moins défendu son pays. En acceptant un fond de 390 milliards, dont la France n’en récupèrera que 40, de facto, parce que notre pays représente environ 20% du PIB de l’UE, il a signé un chèque de 40 milliards à ses partenaires  ! Ce point est insuffisamment mis en avant dans notre pays. Et son satisfecit sur l’agriculture est aussi prématuré qu’excessif. Aujourd’hui, le budget de la PAC est seulement stabilisé, mais la condition agricole montre qu’il est insuffisant et les prochaines négociations risquent de le mettre en danger.
 
Au global, c’est tout le discours dominant autour de ce plan qui est révoltant. Outre l’oubli de la facture potentielle qu’il représente pour notre pays, qui semble le seul à se désintéresser du coût de l’UE pour lui, toute la présentation est biaisée. Parler de subventions ou de dons venus de l’europe est ridicule : ce n’est pas de l’argent magique et même si c’est l’UE qui emprunte, in fine, la France en garantit bien plus. C’est un simple transfert, où quand nous touchons 1, nous assumons le double… En outre, avec des marchés prêts à nous payer pour prêter à la France (les taux à dix ans sont à -0,2%), nous n’avons aucun besoin de l’UE. En outre, les négociations sont loin d’être finies dans cette construction extraordinairement complexe et baroque, qui nous fait faire peu, de manière compliquée.
 
Il faut être Le Monde pour croire qu’en s’endettant ensemble pour 30 ans, les Etats membres disent leur volonté de rester ensemble. Bien sûr, il y a un petit pas fédéraliste, d’autant plus choquant que le peuple n’a pas son mot à dire, mais ce pas est petit et très prudent puisque tout est prévu si l’UE ne parvient pas à trouver de nouvelles ressources, bien hypothétiques.
 

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