Citoyen européen, et alors ?

par reveillerleurope
mardi 4 mars 2008

L’Union européenne ayant marqué un progrès dans son organisation et ses instruments de décision, l’attention des responsables politiques et du public doit se porter sur les vrais problèmes, ceux qui touchent les domaines sensibles des identités. L’indépendance du Kosovo nous incite à cette réflexion.

Troubles de la citoyenneté et
malaise identitaire en Europe.

La citoyenneté dans la civilisation des États nations

L’homme du début du XXe siècle se recevait comme un « citoyen » du pays où il était né ou qu’il avait choisi par immigration. Il savait qu’à l’intérieur du cocon national, il avait des droits et des devoirs et il se sentait lié par des sentiments forts de solidarités qui ont été jusqu’au sacrifice de sa vie dans les guerres. La nation - on disait plutôt la « patrie » - était exigeante, mais elle traitait toutes les questions de relations de puissance et aussi de recherche de confort, liées à la vie intérieure et aux échanges avec le voisinage. Les frontières étaient sous contrôle. Elles protégeaient par une perméabilité « régulée » contre les excès de la circulation des personnes, des biens, des idées et de l’argent. À l’intérieur, les personnes avaient le sentiment d’être en proximité, solidaires et il leur était naturel de respecter certains devoirs. Un pouvoir de référence s’exprimait au niveau de l’État qui n’était pas sans rappeler l’ancestral pouvoir paternel dans une famille.

La citoyenneté dans la civilisation des réseaux

Avec le XXIe siècle, la situation change du tout au tout lorsque les progrès de la communication viennent abaisser les frontières sans qu’il soit possible - et de loin - de réguler les flux d’échanges tant dans les domaines de la connaissance des idées, des services et de l’argent que dans celui de la circulation des personnes et des biens. Le cocon protecteur est percé. La concurrence pour la production et la diffusion des biens et des services devient mondiale. La notion d’État protecteur s’efface et le concept de citoyenneté doit être revu dans l’abandon d’une grande partie de l’activité des filtres que constituent les frontières.

Le « citoyen européen » dans la crise actuelle

Un européen du XXIe siècle est un citoyen du monde lorsqu’il considère ses responsabilités au regard de grands phénomènes dont le réchauffement climatique est un exemple emblématique. Il est un citoyen européen lorsqu’il applique les directives de l’Union européenne. Il se situe néanmoins - le plus souvent fortement - comme un citoyen de sa nation d’origine.
Troublés par cette multiplicité d’appartenances qu’ils hiérarchisent difficilement nos contemporains tendent à se retourner vers une citoyenneté régionale faite de traditions et de coutumes locales au point d’aller parfois jusqu’à la revendication d’une autonomie politique reconnue. Perdus aujourd’hui dans cette complexité des citoyennetés, les Européens restent attachés à la simplification que donnait la seule considération du lien national car ils ne sont pas pénétrés par l’idée que les questions cruciales sont dominées par leur dimension planétaire et que, sauf rares exceptions, aucune d’entre elles ne trouvera de solution à l’échelle d’un État isolé.

Les politiques ne peuvent pas être seuls les tuteurs...

L’Union européenne a donc besoin d’une forte assistance pédagogique pour faire comprendre à ses ressortissants les mutations qui sont intervenues dans l’humanité. Il est nécessaire que les responsables politiques examinent avec soin dans quelle mesure leurs décisions peuvent violer les diversités culturelles et, en parallèle, ils ne pourront se dispenser de mettre en œuvre une stratégie de symboles, d’hymnes, de drapeaux, de fêtes et de dialogues pour « faire aimer » l’Europe.
Ces souhaits resteront cependant vains si les citoyens de l’Union ne réfléchissent pas à leurs responsabilités et à leurs engagements personnels. Chacun devra faire un effort pour discerner son rôle et apporter sa contribution au changement qu’exige l’adaptation au monde en émergence. Les responsables politiques ne peuvent pas être seuls les tuteurs de cette mutation ! Ils sont limités par l’extraordinaire complexité des phénomènes socioéconomiques devant lesquels ils ne sont pas tellement mieux armés que ne l’étaient les médecins de Molière. Ils ne pourront rien faire sans un consensus général.


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