Constitution de Lisbonne : c’est décidément non, et c’est tant mieux !
par Francis
mardi 17 juin 2008
Ainsi, donc le Traité de Lisbonne a été rejeté par le seul peuple dont le gouvernement était contraint par sa Constitution à le consulter. Etrange coïncidence qui voudrait que les gouvernements arrivent à s’entendre entre eux, mais lorsqu’on demande au vulgum pecus, ce dernier serait opposé à toute forme de compromis.
Certains voudraient y voir la tentation des gouvernements des pays de l’UE à s’entendre sur le dos des peuples, mais ce serait vraiment voir le mal partout.
Le résultat est pourtant sans appel : 53,4 %contre 46,6 %, qui plus est, avec un taux de participation supérieur à 50 % dans chacune des circonscriptions.
Je vois d’ici les réactions du camp béniouiouiste : "ingrats", "inconséquents", "assassins de l’UE", et j’en passe... L’Irlande a certes bénéficié d’importantes subventions par le passé, mais, à ce compte-là, pourquoi le Portugal, également bénéficiaire de subsides conséquents, n’a-t-il pas décollé économiquement ? Peut-être est-ce le réseau télécom qui n’a pas supporté un trop grand nombre de call centers ? Etonnant comme lorsqu’on est contre une proposition européenne on est nécessairement antieuropéen. Manque de bol, j’ai deux nationalités, inutile donc, de me ranger dans la case "franchouillard isolationniste".
Il y a cependant quelque chose que ne veulent pas admettre les tenants de ce texte, ainsi qu’une partie des nonistes : l’Europe ne pourra pas, de toute façon, se construire contre les peuples, tout simplement parce que l’UE, en tant que superstructure politique, se doit d’être au service des citoyens européens, sinon elle n’est tout simplement pas légitime et doit être renversée. Or, c’est loin d’être le cas jusqu’à présent : qu’ils fassent donc leur preuve en matière sociale et fiscale, nous verrons ensuite s’il convient de leur accorder plus de pouvoirs.
La principale erreur des tenants de cette constitution bis aura été de vouloir maquiller le même texte en l’éclatant en divers articles renvoyant à des renvois ! Autant cela pouvait passer auprès des peuples qui n’étaient pas appelés à voter ("l’Europe c’est compliqué : autant laisser ça aux professionnels de la politique"), autant lorsqu’on demande à un citoyen de signer un contrat qui est inintelligible, il y a peu de chance qu’il y adhère. Franchement, vous avez vraiment jeté plus qu’un œil au Traité de Lisbonne ? Vous trouvez ça lisible, alors qu’une présentation simple aurait été possible comme le démontre le projet de Constitution de 2005 ? Comment accorder la confiance à un vendeur qui vous loue un produit manifestement vicié ? Il est certain que l’excès de franchise du Premier ministre irlandais, qui affirmait il y a peu ne pas avoir lu le texte du Traité aura également eu des conséquences néfastes pour son camp.
L’Europe est morte, vive l’Europe !
Il serait grand temps que les "UMPS" d’Europe écoutent un peu ce que souhaitent les Européens. A commencer par des droits politiques qu’on leur dénie en refusant des référendums sur un texte de cette importance. Que l’objectif de l’UE ne soit pas la "concurrence libre et non faussée" comme avec Lisbonne, mais l’augmentation du bien-être matériel et intellectuel de ses habitants, une reprise en main de la BCE, etc. Pour les alternatives au modèle ultralibéral de l’UE, je vous laisse chercher sur le web il y en a plein... De ce point de vue, il va être assez amusant d’observer les contorsions de ceux qui, hier encore, nous disait qu’il n’y aurait pas de second vote (Encore ? Vous ne vous lassez pas depuis 2005 ?), et qui maintenant vont tenter de faire revoter les Irlandais d’ici un an ou deux (nul doute que ces grands démocrates réclameront un nouveau vote en cas de victoire du oui).
Et puis, avouez, le hasard faisait mal les choses : comment ne pas souligner la manipulation politique, lorsque "comme par hasard", trois parlements nationaux votaient le traité hier ? C’est un peu gros comme ficelle, non ?
A trop jouer avec le feu de "l’entente entre personnes du même monde", l’UE s’est brûlée, et c’est tant mieux pour la santé de notre démocratie !