Crise de l’euro : ce qui devait arriver arrive.....

par Philippe Vassť
lundi 6 décembre 2010

La crise de l’euro n’a cessé de se développer et de s’approfondir pendant que les autorités politiques et monétaires européennes, avec des médias tout aussi aveugles, se voilaient les yeux face aux réalités que nul économiste, même débutant, ne pouvait ignorer.

Aujourd’hui, plus personne ne nie cette crise qui menace l’euro en tant que monnaie collective, l’Union européenne derrière et, enfin, chaque Etat du groupe pris individuellement.

Les discours officiels ne cachent plus l’angoisse qui monte et surtout qu’effectivement, l’avenir de la monnaie euro est bien menacé.

La spéculation, Moloch destructeur des économies et des Etats de la zone euro
 
En février 2010, j’avais donné les lignes directrices de la crise de l’euro, en spécifiant bien qu’elle était un maillon, une partie de la crise du système économique et financier mondial, comme la crise qui affecte, d’une autre manière, le dollar américain. Pour rappel et appréciation de la vérification des pronostics par les faits :
 
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/crise-de-l-euro-panique-69745
 
En mai 2010, j’avais précisé, en me fondant sur les évènements survenus en 3 moins, les processus en cours. J’avais donné les tendances générales qui s’en dégageaient de manière évidente, dès lors que l’on observait les faits avec objectivité, sans se laisser abuser par des discours qui ne pouvaient en rien modifier le cours réel des évènements :
 
http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/crise-de-l-euro-l-engrenage-74421
 
Comme il est naturel, surtout en France, nombre de personnes, dont l’honnêteté n’est pas en cause, ont tenu à entrer dans le déni absolu, voire dogmatique des réalités, ce que certains commentaires ont manifesté à l’époque.
 
A les lire avec le recul des faits survenus, force est de constater que ces commentateurs ont été cruellement démentis par les évènements depuis lors.
 
Résumons de nouveau, de manière encore plus simple, les paramètres de la situation : le système économique est malade de longue date, ce qui a infecté en profondeur le système financier, les deux étant intrinsèquement liés ou, si l’on préfère, inter-dépendants.
 
Depuis 2008, les crises se succèdent au niveau mondial, de plus en plus désastreuses et coûteuses pour les sociétés. Les principales parités monétaires varient sans cesse, sans direction claire, comme des yoyos, en fonction notamment des tendances spéculatives du moment.
 
La spéculation se nourrit de l’argent des budgets des Etats, et maintenant, des grandes banques centrales, ce qui, loin de la faire reculer, ne fait que la renforcer, ce qui était d’une terrible prédictibilité.
 
Ce que j’exprimais à l’époque n’était qu’un constat qu’un enfant aurait pu faire s’il observait l’économie mondiale avec des yeux ouverts, à savoir que la spéculation à outrance, ne suivant que des logiques de plus grand profit immédiat potentiel, est devenue LE mode de fonctionnement exprimant la maladie mortelle du système économique et financier mondial.
 
Dans ce contexte, rien, ni personne, ne peut stopper cette machine infernale, sauf sa destruction par la société qui ne peut plus supporter cette course aux désastres sociaux à répétition, ces politiques d’austérité à l’infini, qui, en définitive, ne peuvent rien régler.
 
En effet, ces politiques ne font que nourrir le Moloch spéculatif qui détruit l’économie réelle, anéantit les structures sociales, vole l’argent des Etats, ruine les populations et à la fin, se soumet Etats et gouvernements à ses seules fins exclusives..
 
La crise de l’euro n’est donc que l’expression, au niveau de la zone concernée, de la logique destructrice de ce processus, fou en apparence, mais cohérent comme symptôme de la maladie incurable du système.
 
Il résulte de cette analyse d’une aisance enfantine pour qui sait voir sans s’aveugler soi-même, que, plus les gouvernements et les Etats de la zone euro abondent en fonds toujours plus gros le Moloch spéculatif, plus celui-ci, engrangeant les budgets publics et les nouveaux financements de la BCE, s’attaque en profondeur aux structures économiques, sociales, puis politiques de chaque Etat et de l’UE toute entière.
 
La conclusion est limpide comme un soleil de Provence en plein ciel bleu : nourrir sans fin le monstre spéculatif ruine Etats et sociétés, mais ne peut sauver rien, ni personne.
 
Austérité, chômage, précarité : ce processus menace toutes les sociétés.
 
L’euro est aujourd’hui, très objectivement, de manière médicale, le vecteur essentiel du développement incessant du Moloch spéculatif dans la zone euro. Qui nie cette évidence s’interdit toute compréhension claire des faits, donc toute possibilités d’action curative sur eux.
 
Le virus spéculatif utilise l’euro, monnaie commune de 16 Etats, comme arme fatale contre des Etats dits « affaiblis » que les Etats « à affaiblir » devraient aider afin de devenir eux-mêmes des proies plus faciles à agresser à leur tour.
 
Tant que l’euro lie ensemble, pour les rendre tous exsangues, ces 16 Etats, chacun et tous les 16 courent droit à des désastres répétés, sans solution aucune car la spéculation est la SEULE forme actuelle inévitable, irrésistible, par laquelle le capital peut se reproduire et se développer au mieux.
 
En clair, la spéculation est le coeur et le sang du système mondial qui est atteint de cette maladie incurable, donc mortelle.
 
Soyons encore plus précis : chaque saignée brutale dans les budgets des Etats affaiblit tous et chacun des Etats de la zone euro.
 
Pire encore, chaque décision de réduction des dépenses sociales et productives des Etats engendre une tendance mécanique à la baisse tendancielle de la consommation populaire, donc conduit à l’appauvrissement-affaiblissement commun des Etats et des peuples, alors qu’elle nourrit en même temps la bête spéculative.
 
Conclusion : les gouvernements livrent d’une part leurs citoyens à une austérité sans fin, à une précarité sans bornes, à un chômage sans limites, donc à une pauvreté qui devient ainsi un cercle vicieux infernal, et d’autre part, ils deviennent uniquement des apporteurs de capitaux publics toujours plus énormes à la spéculation qui ne connaît aucune limite d’aucune sorte, sauf à être stoppée net et définitivement par des politiques de rupture radicale avec ces processus.
 
L’euro meurt et ses assassins crient à tue-tête « vive l’euro, l’euro va vivre ».
 
Dans la situation actuelle, ceux qui parlent dé défense de l’euro, de sa sauvegarde, de sa pérennité, ceux qui crient « vive l’euro, l’euro va vivre, sauvons l’euro » sont en fait ses assassins.
 
Car la réalité, évidente, incontestable, matérielle, mathématique est là:chaque euro d’argent public des Etats ou venant de la BCE rapproche l’euro de sa mort.
 
Dans les opinions publiques de la zone euro à qui l’on promet depuis 2008 des améliorations de leur situation et qui ne constatent qu’une rapide dégradation sans fin visible de leurs conditions de vie et de travail, avec son corollaire, une instabilité financière, sociale et économique croissante, la haine et le rejet de l’euro, ressenti avec raison comme le vecteur majeur de tous ces reculs sociaux et économiques, ne cesse de croître.
 
Les récents sondages en Allemagne où l’euro est maintenant rejeté par les habitants du pays tout entier, d’Est en Ouest, indiquent de ce point de vue une évolution que les articles cités plus haut prédisaient logiquement.
 
http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE6B20T020101203
 
Deux logiques totalement antagoniques et incompatibles s’affrontent désormais et vont occuper de plus en plus l’espace politique dans les 16 Etats de la zone euro :
 
d’un côté, l’orientation de soumission des politiques qui entendent contraindre les peuples de la zone euro à un déclin sans fin, ceci pour continuer à nourrir le Moloch spéculatif, parce que ces politiques se refusent à abandonner l’euro qui est en voie de tuer les économies de la zone, une après l’autre ;
 
de l’autre, la nécessité pour les peuples, de l’Irlande à l’Allemagne, de la Finlande au Portugal, de sauvegarder leur existence digne, leurs emplois et salaires (y compris différés comme les retraites), leurs structures sociales, l’avenir des jeunes générations.
 
Au milieu, l’euro, monnaie vue comme génératrice de catastrophes sans cesse nouvelles pour les peuples, va devenir la cible politique principale dans les débats publics.
 
La raison principale en est que son caractère dangereux et destructeur des économies, des emplois et des systèmes sociaux nationaux, se manifeste de plus en plus clairement.....
 
Ainsi, la demande politique de sortie de l’euro, de son abandon, de la rupture avec cette monnaie condamnée à terme de toute façon par les deux camps en présence, va s’amplifier dans les prochains mois et risque même de s’inviter, comme hôte surprise, dans les échéances politiques à venir dans les 16 pays de la zone euro, donc aussi en France.

Lire l'article complet, et les commentaires