Idée reçue sur la construction européenne : « l’Europe c’est la paix »

par Maldoror
mercredi 22 septembre 2010

On entend souvent de la part de nos élites médiatiques, politiques, européistes, la ritournelle suivante :

"L’Europe, c’est la paix ; si depuis la fin de la seconde guerre mondiale nous n’avons pas connu de guerres entre les pays européens, c’est grâce à la construction européenne !".

 En quelles circonstances entend-on ce genre de catéchisme ?

Généralement il s’agit de déjouer une quelconque critique adressée à l’encontre de l’Union Européenne. Quand on en vient à invoquer cet argument c’est généralement qu’on est en mauvaise position dans le débat et qu’on a besoin de faire diversion pour discréditer l’adversaire, on a alors rapidement tendance à atteindre le point Godwin.

On remarque également que cette rhétorique est utilisée à dessein pour légitimer des politiques qui n’ont que peu de chose à voir avec une soi-disant sauvegarde de la paix ; ainsi derrière cet alibi de la défense de la paix et de la démocratie en Europe l’application de politiques néolibérales non consenties devient plus aisée et bénéficie d’une caution humanitaire.

Sur le fond, est-ce bien vrai que la construction européenne expliquerait à elle seule la sauvegarde de la paix depuis la seconde guerre mondiale ? Et d’ailleurs, est-ce bien vrai que l’ "Europe c’est la paix" ?

 Voici deux arguments qui vous permettrons de mettre à jour la vacuité de ce sophisme européiste :

les européistes se passent bien d’évoquer le rôle majeur joué par la dissuasion nucléaire dans le maintient de la paix en Europe :

Acquisition de l’arme nucléaire :

  • Etats-Unis : lors de la seconde guerre mondiale (utilisée à deux reprises sur les japonais).
  • URSS : 1949
  • Royaume-Uni : 1952
  • France : 1960

Ainsi, en Europe, l’éventualité d’une guerre est de fait de plus en plus limitée par l’acquisition de l’arme atomique par l’Union soviétique, le Royaume-Uni et la France. Ces pays veilleront à ne pas s’attaquer entre eux, conscient du risque qui serait alors encouru, tandis que le risque que des Etats ne possédant pas cette armement redoutable attaquent ceux les possédant est encore moins réaliste ! Par conséquent, on peut aisément considérer que le maintien de la paix en Europe doit être attribué, non pas à la construction européenne ( même si celle-ci contribue à une "solidarité" économique des Etats fondateurs de la Communauté économique européenne (1) ), mais essentiellement à l’avènement de la dissuasion nucléaire.

 

récemment on a vu les guerres d’Afghanistan et d’Irak, auxquelles des États européens ont pris part sous l’injonction des Etats-Unis, et ce sont au contraire des États comme la France suivant encore pour un temps une politique étrangère un tant soit peu indépendante, qui s’opposèrent aux États européens qui majoritairement se sont ralliés à George W. Bush. On sait également que des pays d’Europe centrale ont collaboré avec les agences secrètes américaines pour la détention de prisonniers soupçonnés de "terrorisme".

Voici à ce sujet l’extrait d’un article ( "L’UPR et Dominique de Villepin") écrit par François Asselineau de l’Union populaire Républicaine et qui met bien en évidence l’allégeance du système européen envers les Etats-Unis sur le sujet de la guerre en Irak  :

"M. de Villepin a eu, il est vrai, le mérite immense de prononcer à l’ONU, en 2003, un discours mémorable contre le projet américano-atlantiste de guerre en Irak. Ce discours, conforme au droit international et à la justice, a valu instantanément à la France un immense regain de popularité et de sympathie à travers le monde. Nous ne l’avons pas oublié et nous estimons toujours, sept ans après les faits, que M. de Villepin avait défendu haut et fort la grandeur de la France, en en faisant le porte parole de la liberté et de la dignité des peuples face à l’hégémonie américano-atlantiste.

Détail fondamental, jamais souligné ni à l’époque ni depuis, la position française développée à l’ONU par M. de Villepin a violé les dispositions du traité sur l’Union européenne, dit traité de Maastricht. Celui-ci prévoit en effet, dans la partie V concernant “la Politique Etrangère et de Sécurité Commune” (PESC), que “Les États membres qui sont membres permanents du Conseil de sécurité [clause visant expressément la Grande Bretagne et la France] veilleront, dans l’exercice de leurs fonctions, à défendre les positions et l’intérêt de l’Union.” (article J5, alinea 4). Or, en 2003, à part la Belgique et l’Allemagne qui avaient gardé une attitude d’apparente neutralité, tous les autres Etats membres de l’Union européenne soutenaient ardemment la position américaine. La position française a donc violé cet article J5. Cela a fourni au passage la preuve que la construction européenne, loin de nous assurer la paix, nous pousse tout au contraire dans la voie de guerres néo-coloniales injustes et contraires au droit international public.

Nonobstant cet exemple grandeur nature, M. de Villepin a cependant appelé ensuite à voter OUI à la Constitution européenne en 2005, et ne s’est jamais déclaré publiquement contre le traité de Lisbonne qui l’a remplacée après le référendum de 2005.

Or, en créant un poste de président de l’Union européenne et un poste de ministre des affaires étrangères de l’Union européenne, et en prévoyant la création d’un véritable service diplomatique “européen”, le traité de Lisbonne a verrouillé encore un peu plus la liberté de manoeuvre et de stratégie de la France, en enfermant la patrie de Jaurès et de De Gaulle dans cette camisole belliciste euro-atlantique qu’est l’UE."

Pour finir, si vous avez suivi l’actualité récente vous constaterez qu’on assiste à la purge de notre diplomatie française : réduction dramatique du budget du ministère des affaires étrangères, ventes de consulats un peu partout dans le monde, au profit de quoi ? D’un appareil diplomatique européen, et qui bénéficie à qui et à quoi ? A une politique d’allégeance atlantiste évidemment...

A quoi assiste-t-on ? A la perte d’influence mondiale de la France qui brade ses biens et sa diplomatie, ainsi, le rayonnement de la France est troqué pour une diplomatie européenne servile et qui ne représente personne d’autre qu’un appareil technocratique coupé des aspirations pacifiques des peuples.

(1) A noter que le libre échange n’est absolument pas incompatible avec la guerre ; la guerre économique a souvent été menée par son biais.

Article également publié ici.


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